LE RAYONNEMENT DE DIEU
1 Co 1, 26-31; Mt 9, 35-38
St Vincent de Paul - (27 septembre 1993)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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ous connaissez peut-être cette très belle anecdote qui est vraie. Saint François de Sales évêque de Genève résidant alors à Annecy avait été invité à prêcher à Paris. Déjà à l'époque c'étaient les provinciaux qui prêchaient le Carême à Paris. Il avait entendu parler de Monsieur Vincent et désirait le rencontrer. Malheureusement Monsieur Vincent était très malade. La fièvre était alors une chose terrible car il n'y avait pas de vaccin contre la grippe. Finalement Monsieur Vincent a accepté de recevoir Monsieur de Genève. Cette rencontre a dû être extraordinaire car en sortant François de Sales a simplement dit : "Qu'est-ce que Dieu doit être bon pour que le regard de Monsieur Vincent soit si bon !" Il voulait dire par là : quelle source de bonté y a-t-il dans le cœur de Monsieur Vincent pour qu'en voyant ce pauvre visage usé par les travaux et la fièvre reflète une telle bonté. Je pense que c'est cela le rayonnement de la sainteté de Vincent de Paul.
Chez lui la charité n'était pas un effort, la charité n'était même pas une conquête de soi bien qu'il se soit astreint à un horaire de vie absolument invraisemblable. Chez la charité n'était pas une sorte de réussite pour l'accomplissement d'un idéal, mais la charité était une sorte de rayonnement très simple et naturel de la bonté de Dieu. Ce n'était pas au goût de tout le monde car on sait par ailleurs que Vincent de Paul qui assistait régulièrement au Conseil de Régence, il est d'ailleurs remarquable qu'à une certaine époque, la France était gouvernée par la charité, Mazarin le détestait ce qui montre les limites de Mazarin car s'il était cardinal il n'avait rien compris à la charité.
La grandeur de Vincent de Paul c'est qu'il ait accepté que, petit à petit, la charité l'ait totalement transfigure, parce que c'est encore un peu ce que nous voyons sur les traits de son portrait. C'est une sorte de transfiguration de cet homme par la charité. Et c'était une transfiguration amoureuse parce que dans cette extrême simplicité il avait considéré que, passez-moi l'expression, la charité était sa maîtresse. D'ailleurs il l'a presque dit de cette façon-là un jour où il faisait une conférence spirituelle à ces Dames de la Charité, dont Louise de Marillac qui était un tempérament d'une anxiété, d'une nervosité extrême qui compliquait terriblement les choses.
"Il ne faut pas de retardement en ce qui est du service des pauvres. Si à l'heure de votre oraison, le matin, vous devez allez porter une médecine, allez-y en repos. Offrez à Dieu votre action, unissez votre intention à l'oraison qui se fait à la maison ou ailleurs et allez-vous en sans inquiétude. Si, quand vous serez de retour, votre commodité vous permet de faire quelque peu d'oraison ou de lecture spirituelle, à la bonne heure. Mais il ne faut point vous inquiéter ou croire avoir manqué quand vous la perdrez car on ne la perd pas quand on la quitte pour un sujet légitime. Et s'il y a sujet légitime, c'est le service du prochain. Ce n'est point quitter Dieu que de quitter Dieu pour Dieu, c'est-à-dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre, ou de plus grande obligation ou de plus grand mérite. Vous quittez l'oraison ou la lecture, ou vous perdez le silence pour assister une pauvre, ô sachez, mes filles, que faire tout cela c'est Le servir, car voyez-vous la charité est par-dessus toutes les règles et il faut que toutes se rapportent à celle-là. C'est une grande dame et il faut faire ce qu'elle commande."
AMEN