LA PROVIDENCE EN ACTION
1 Co 1, 26-31; Mt 9, 35-38
St Vincent de Paul - (27 septembre 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
nfatigable fondateur, infatigable voyageur, Vincent sera ordonné prêtre à l'âge de 19 ans, cinq ans avant l'âge canonique pour des raisons que l'histoire n'a pas rapportées. Il sera emprisonné par des pirates, disparaît pendant cinq années et racontera lui-même qu'il a été fait prisonnier à Marseille, alors qu'il allait prendre possession d'une cure qu'il avait acheté. En ce temps-là les prêtres vivaient du bénéfice permanent d'une cure, parfois très pauvrement mais avec le minimum vital. Ayant vendu le cheval qu'il avait loué Vincent disparaît, probablement pour des raisons de dettes, pour échapper à ses créanciers. Détail qui montre la vitalité de celui qui va devenir le saint Vincent de Paul et qui, à la suite d'une carrière à peu près normale auprès des Gondi, rencontre un prêtre qui le troublera beaucoup à cause de l'inquiétude dans laquelle il se trouve à l'égard de la foi et de l'Église. Vincent demande à Dieu de porter en son cœur les souffrances que peu de prêtre connaîtra. A son tour, Vincent connaîtra de nombreux doutes quant à la foi et il ne trouve qu'un moyen pour les apaiser, c'est de porter sur lui le Credo écrit sur un papier jusqu'à la fin de sa vie et ensuite de visiter les pauvres.
Le credo d'une part et les pauvres de l'autre, la découverte de ce que sont les déshérités, en passant par les galériens, les enfants abandonnés, les familles démunies, c'est là que son action va se développer. Il a 36 ans, il accomplit de nombreux voyages. Avec Louise de Marillac, il fonde les Filles de la charité ou sœurs de saint Vincent de Paul à qui il écrit par exemple : "Je vous donne pour monastère, les chambres des malades, pour cellule une chambre de louage, pour chapelle l'église paroissiale, pour cloître les rues de la ville, pour clôture l'obéissance, pour voile la sainte modestie, pour profession la confiance continuelle en la providence et l'offrande de tout ce qu'elles sont."
Saint Vincent de Paul croyait que les choses allaient de soi lorsqu'on s'abandonnait à la providence, ce qui veut bien dire pour monsieur Vincent qu'il fallait agir encore plus vite. Et pour résumer cette spiritualité de l'action qui, pour lui, est une véritable prière, car la véritable prière est la perfection de la charité, je vous lis un extrait d'une exhortation à Louise de Marillac et à ses filles :
"Aimons Dieu, mes sœurs, aimons Dieu, mais que ce soit aux dépens de nos bras, à la sueur de nos visages, car bien souvent tant d'amour, de bienveillance et de complaisance et autres semblables affections et pratiques intérieures d'un cœur tendre, quoique très bonnes et très désirables, sont néanmoins très suspects quand on n'en vient point à la pratique de l'amour effectif. Or en cela, dit Notre Seigneur," mon Père est glorifié que vous rapportiez beaucoup de fruits !" C'est à quoi nous devons bien prendre garde, car il y en a plusieurs qui pour avoir l'extérieur bien composé et l'intérieur rempli de grands sentiments de Dieu s'arrêtent à cela et quand ils se trouvent dans les occasions d'agir, ils demeurent courts. Ils se flattent de leur imagination échauffée, ils se contentent des doux entretiens qu'ils ont avec Dieu dans l'oraison, ils en parlent même comme des anges, mais au sortir de là, est-il question de travailler pour Dieu, de souffrir, de se mortifier, d'instruire les pauvres, d'aller chercher la brebis perdue, d'aimer qu'il leur manque quelque chose, d'agréer les maladies ou quelque autre disgrâce, hélas, il n'y a plus personne. Le courage leur manque, non ! non ! ne nous trompons pas ! Toute notre oeuvre est dans l'action. "
AMEN