SERVIR LES PAUVRES ET CONTEMPLER DIEU

1 Co 1, 26-31; Mt 18, 12-20
St Vincent de Paul - (27 septembre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Champeix : Saint Vincent de Paul

N

 

ous connaissons saint Vincent de Paul comme celui qui s'est préoccupé de ces ouvriers qu'il fallait envoyer dans la moisson du Seigneur, de ces prêtres indispensables pour ces foules lasses et fatiguées "sans berger" ainsi que vient de nous le rappeler l'évangile. Nous connaissons plus encore saint Vincent de Paul comme celui qui s'est dévoué corps et âme et à tous les instants de sa vie, pour les pauvres, pour les malades, pour ceux qui étaient abandonnés de tous. Ce que nous connaissons peut-être moins c'est que saint Vincent de Paul est aussi un grand spirituel et que, précisément, il n'y avait pas chez lui de différence entre le "service des pauvres" et la contemplation de Dieu et qu'il réélisait constamment, dans sa vie, et il enseignait à ceux qu'il formait pour continuer son œuvre après lui, à ne jamais séparer cet amour de Dieu, cette recherche de Dieu et le service des plus humbles, des plus pauvres, le service du peuple de Dieu.

Je vais vous lire un passage d'un entretien de saint Vincent de Paul avec ses Filles de la Charité qu'il a fondées pour être, après lui, les servantes des pauvres dans le peuple de Dieu.

"Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres !" O Dieu, qu'il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans l'estime que Jésus-Christ en a faite. Dieu aime les pauvres, et par conséquent, il aime ceux qui aiment les pauvres, car lorsqu'on aime quelqu'un, on a de l'affection pour ses amis et pour ses serviteurs.

Il ne faut pas du retardement en ce qui est du service des pauvres. Si, à l'heure de votre oraison le matin, vous devez aller porter une médecine, oh, allez-y en repos. Offrez à Dieu votre action. Unissez votre intention à l'oraison qui se fait à la maison ou ailleurs et allez sans inquiétude. Si, quand vous serez de retour, votre commodité vous permet de faire quelque oraison ou lecture spirituelle, à la bonne heure, mais il ne faut point vous inquiéter ni croire avoir manqué, car on ne perd pas l'oraison quand on la quitte pour un sujet légitime. Et s'il y a un sujet légitime, c'est bien le service du prochain, car ce n'est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu. C'est-à-dire une œuvre de Dieu pour en faire une autre qui soit peut-être de plus grande obligation ou de plus grand mérite. Vous quittez l'oraison ou la lecture, vous perdez le silence pour assister un pauvre : sachez, mes filles, que faire tout cela c'est servir Dieu. Car, voyez-vous, la charité est par-dessus toutes les règles. Il faut que toutes les règles se rapportent à celle-là, car la charité est une grande dame et il faut faire ce qu'elle commande. Allons donc, et employons-nous avec un amour nouveau à servir les pauvres. Et même cherchons les plus pauvres et les plus abandonnés. Reconnaissons, devant Dieu, que ce sont nos seigneurs et nos maîtres et que nous sommes toujours indignes de leur rendre de petits services".

Frères et sœurs, souvent nous sommes pris par beaucoup de soucis. Peut-être que ce qui nous détourne de Dieu c'est que ces soucis sont nos soucis, le souci de notre bien-être ou de nos préoccupations. Mais quand les soucis qui nous assaillent sont le souci de nos frères, et surtout le souci des plus pauvres et des plus démunis d'entre les frères, reconnaissons Dieu en eux et sachons, comme vient de le dire admirablement saint Vincent de Paul que "on ne quitte pas Dieu pour Dieu" et que si nous allons rencontrer Dieu dans nos frères, nous ne le quittons pas.

Sachons donc reconnaître la présence de Dieu dans toutes les dimensions de notre vie et si nous ne savons pas la reconnaître, il faut peut-être nous rendre compte que notre vie n'est pas assez tournée vers l'amour de Dieu pour nos frères qui sont présence de Dieu pour nous, qu'il n'y a non pas distraction mais égoïsme dans notre vie et que c'est pour cela que nous ne pouvons pas être sans cesse en présence de Dieu. Mais si c'est vraiment pour l'amour de nos frères que nous vivons et que nous agissons, alors nous ne quittons pas véritablement la présence de Dieu. Nous sommes toujours avec Lui et nous devons savoir, à chaque pas, le reconnaître.

 

AMEN