Exode 32, 30-35 ; Luc 10, 17-24

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, nous ne savons pas grand-chose sur la vie des saints que nous fêtons aujourd'hui, les saints Côme et Damien, sinon qu'ils ont été martyrisés pour le nom du Christ. Cependant, nous savons qu'ils étaient médecins, peut-être cela s'est-il développé dans la mentalité populaire à cause des nombreux miracles qui ont été opérés sur leur tombe. On dit même qu'ils étaient médecins et qu'ils soignaient gratuitement, parce que le don de Dieu ne se monnaie pas. Toujours est-il qu'ils ont été d'une grande célébrité à travers l'Église ancienne, au Moyen-Age, et c'est pourquoi ils sont nommés au canon romain, la prière eucharistique n°1 celle qui depuis une haute antiquité sert à la liturgie eucharistique de l'Église de Rome. Bien que ces martyrs soient syriens, ils ont donc travers l'empire romain et la Méditerranée pour que leur célébrité vienne jusqu'à la ville éternelle.

Ces martyrs médecins, guérissant les malades et considérant que ces guérisons étaient une grâce de Dieu, ces médecins recoupent un élément très important dans l'évangile, ce sont les nombreuses guérisons opérées par Jésus. On peut considérer ces guérisons à juste titre comme des miracles et nous émerveiller de cette gratuité du don de Dieu, mais je crois que ce qui est le plus intéressant, c'est de considérer que Jésus a estimé que le salut qu'Il apportait était aussi un salut pour le corps. Jésus est venu d'abord pour sauver l'humanité du péché et du mal, pour nous délivrer de ce mal spirituel qui régulièrement envahit notre agir et notre âme. Pourtant, ce serait une erreur de croire que le message du Christ et exclusivement d'ordre spirituel. Pour toute la Bible et pour nous-mêmes chrétiens, il n'y a pas de séparation et d'opposition entre l'âme et le corps, et le salut de Dieu s'adresse à l'être humain tout entier. C'est tout ce que nous sommes que Dieu veut appeler à la joie, au salut. Dieu ne veut pas simplement rassembler autour de lui des âmes pieuses, qui seraient désincarnées, mais Dieu nous veut vivants de sa résurrection et de sa vie, dans notre âme et aussi dans notre corps.

Nous ne devons pas dédaigner ce corps, dédaigner cet aspect matériel du monde et de notre propre vie comme si c'était quelque chose de secondaire ou de négligeable. Aux yeux de Dieu, tout ce qu'il a créé est appelé au bonheur et à la joie. Dieu n'a rien créé en vain. Il n'a pas créé nos corps, l'univers, les animaux pour les rejeter ensuite dans le néant. Tout ce que Dieu a créé est appelé au bonheur éternel et à la joie. Ceci est un élément important de notre foi chrétienne qui la distingue de beaucoup de religions dans lesquelles seul l'élément spirituel mérite attention et égards. D'ailleurs le Christ lui-même nous a sauvés par les mystères corporels de notre propre existence. Ce qui nous sauve, ce qui nous délivre du mal du corps comme du mal de l'esprit, c'est la mort du Christ sur la croix, et sa mort est un événement corporel. Ce n'est pas son âme qui est morte, car l'âme est immortelle, c'est le corps du Christ qui a souffert, qui a été flagellé, qui a été couronné d'épines, crucifié, transpercé et qui est mort. Et l'autre versant de la Pâque du Christ, sa Résurrection est aussi un événement corporel. Quand nous parlons de la résurrection du Christ, nous ne voulons pas dire que son âme a survécu à la mort, nous voulons dire que son corps qui a été enseveli après sa mort sur la croix, mort dans les souffrances, ce corps de chair, matériel, est ressuscité, a repris vie. C'est pourquoi ce que le Christ veut nous donner, ce qu'Il nous promet, c'est un salut de l'âme et du corps. Il nous promet à nous aussi la résurrection de la chair. C'est quelque chose que les chrétiens d'aujourd'hui ont quelquefois une difficulté à admettre, parce que nous avons été tellement marqués par une philosophie spiritualiste, que nous croyons volontiers que l'évangile ne s'intéresse qu'aux affaires du cœur et de l'âme. Eh bien non! L'évangile s'adresse à notre être tout entier. Et rien de ce que Dieu nous a donné, rien de ce qu'il a créé n'est négligeable, méprisable et rien ne peut être rejeté.

Alors, que ces saints martyrs qui sont en quelque sorte les prototypes de cette guérison que Dieu veut aussi apporter à notre chair nous invite à croire en un salut qui sera celui de notre être tout entier et qui transfigurera aussi bien notre âme de tous ses péchés que notre corps de toutes ses misères, ses infirmités.

 

AMEN