OSER LA PRIÈRE DE DEMANDE
Za 6, 9+11-13 ; Lc 11, 1-13
(26 septembre 2003)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, la lecture de l'évangile, comme aussi la fête que nous célébrons, saints Côme et Damien, nous invitent à réfléchir quelques instants sur la prière.
Je voudrais attirer votre attention sur deux points. Le premier, lié à la fête des saints Côme et Damien, des médecins, invoqués par la piété populaire pour la guérison des maladies, nous invite à comprendre que le Royaume des cieux, le salut qui nous est promis, n'est pas simplement une affaire d'âme, d'esprit, d'intériorité, mais que le corps aussi fait partie de ce salut qui nous est promis. Non seulement, les saints Côme et Damien ont été invoqués pour des guérisons des maladies corporelles, mais tout l'évangile nous montre le Christ attentif aux malades, attentif aux blessés, aux aveugles, à tous ceux qui ont atteints dans leur chair. Il existe dans la vie de l'Église un sacrement, le sacrement des malades, qui a pour objet propre d'apporter le salut, c'est le rôle de tous les sacrements, très précisément dans les circonstances d'une maladie corporelle. Par conséquent, nous ne devons pas imaginer que notre foi, notre religion sont affaires purement intérieures, purement mentales et psychologiques, mais il y a aussi une dimension essentielle du salut qui intéresse notre corps, notre chair, et dans ses souffrances les plus matérielles, les plus humbles, celles dont nos pourrions être tentés de penser qu'il faut bien supporter quelque chose et que l'essentiel n'est pas là, ainsi pour le Christ aussi, l'essentiel passe par là, nous sommes appelés au salut dans notre âme et dans notre corps, et aucune des souffrances de l'homme, y compris les plus matérielles, les plus concrètes, les plus corporelles, n'est étrangère à ce salut. Nous sommes appelés à la résurrection de notre corps, et pas simplement à une survie de notre esprit. C'était ma première réflexion.
La deuxième porte sur l'efficacité de la prière. "Demandez et vous recevrez, frappez et l'on vous ouvrira". Si l'on prend ces phrases au pied de la lettre, on peut imaginer que la prière quoique nous demandions sera toujours exaucée. Or, l'expérience nous montre qu'il n'en est rien, sinon, toutes les fois que nous prierions pour la guérison d'une maladie, la maladie disparaîtrait et plus personne ne mourrait, parce que, bien entendu, il y a toujours quelqu'un pour demander qu'un proche, quelqu'un qui vous est cher, ne meure pas. Or, nous mourrons tous. Comment faire coïncider cette expérience avec la confiance dans l'efficacité de la prière ? Comment la prière peut-elle être efficace si de fait, nous constatons qu'elle n'est pas toujours suivie d'effets ? Je pense qu'il faut comprendre que ce que nous demandons dans la prière n'est pas toujours ce qui est nécessaire pour notre salut. Ce n'est pas toujours la guérison de telle maladie, le fait d'échapper à la mort qui est le salut qui nous est promis. Aussi bien, dans la page d'évangile que nous lisons, après avoir dit : "Demandez et vous recevrez, frappez et l'on vous ouvrira", Jésus prend une série de comparaisons, Il dit à celui qui demande du pain, et le père de famille qui donnerait un pierre : "A celui qui demande un œuf, quel est le père de famille qui donnerait un scorpion"? Dieu est plus qu'un père de famille, il est plus proche encore de nous, alors nous nous attendrions à ce que Jésus termine en disant : "Quoi que vous demandiez, vous l'obtiendrez". Que dit-Il ? "Comment le Père ne donnerait-Il pas l'Esprit saint à ceux qui le lui demandent". Autrement dit, quand nous prions Dieu, Il nous donne l'Esprit Saint, c'est-à-dire sa présence, c'est-à-dire son amour, c'est-à-dire la puissance de vie qui est en Lui et que nous appelons l'Esprit Saint, la troisième personne de la Trinité. Nous ne devons donc pas imaginer que notre prière est suivie toujours de l'effet que nous avions souhaité. Nous ne connaissons pas toujours ce qui est le plus nécessaire pour nous. Ce que Dieu nous donne, c'est sa présence, c'est sa venue, son Esprit, c'est-à-dire son amour pour transfigurer notre vie, y compris transfigurer nos épreuves, ce qui ne veut pas dire nécessairement les faire disparaître. Le salut de Dieu, ce n'est pas "tout va très bien madame la marquise", ce n'est pas cela le salut de Dieu. Mais le salut de Dieu, c'est la venue de Dieu au cœur de notre vie pour lui donner tout son sens, pour lui donner toute sa vérité. Cette vérité que Dieu donne à notre vie, c'est aussi la vérité de la souffrance, c'est aussi la vérité de nos épreuves, c'est aussi la vérité de notre mort. Il ne s'agit pas que souffrance, épreuves et mort nous soient épargnés, mais que souffrance, épreuves, mort prennent un sens d'amour, de vie, de résurrection.
Ceci ne contredit pas ce que je disais au début, car si Dieu ne nous donne pas immédiatement ce que nous avons cru devoir demander, cela ne veut pas dire que l'Esprit saint va compenser les souffrances physiques, et qu'elles sont peu de choses par rapport au don de l'Esprit. Cela veut dire que même les souffrances de notre chair, même les souffrances de nos maladies, même les souffrances de notre mort peuvent prendre un sens qui les transfigure et qui nous permet d'arriver à ce mystère de la Résurrection, encore une fois, de la résurrection de notre chair aussi bien que de notre esprit. Recevoir l'Esprit Saint, c'est recevoir la force divine qui donne sens, qui transfigure, qui transforme tout ce que nous vivons.
En face de la maladie, en face de la mort, ne demandons pas simplement que cela nous soit épargné, demandons que cela prenne un sens dans notre existence, que cela transfigure ce que nous sommes, et nous conduise au salut, c'est-à-dire à la présence de Dieu, qui nous rend heureux, qui est notre béatitude.
AMEN