Job 30, 26-31 ; Matthieu 22, 1-14
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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eaucoup sont appelés, mais peu sont élus!" Voilà une phrase difficile de l'évangile où il semble qu'il y ait comme un obstacle ultime à notre entrée dans le Royaume de Dieu. A l'occasion de la fête des saints Côme et Damien, nous pourrions réfléchir sur la façon de refuser l'élection que Dieu voudrait pour nous.
Quand on parle d'élection dans le Nouveau Testament, cela signifie que nous avons été mis à part, prédestinés, choisis pour sa gloire, pour être séparés des autres. La seule façon de bien le comprendre c'est de savoir que nous sommes tous choisis, que nous sommes tous mis à part, bien différenciés les uns des autres pour que nous portions, chacun de nous, la part qui nous incombe de ce salut du monde. Dieu demande notre coopération. Et notre refus à cette coopération du salut fait que nous pourrions être appelés mais que nous ne serions pas élus.
Lorsque Côme et Damien, dans leurs travaux de médecins, ont conçu qu'en soignant les corps ils pouvaient aussi toucher les âmes, leur force de foi était elle qu'ils étaient prêts à donner leur vie, et c'est ce qu'ils ont fait. Ils avaient pris conscience que le moindre des gestes qu'ils pouvaient poser avait une dimension, avait un retentissement plus large que l'endroit même où ils posaient ces actes. Et que lorsqu'on se découvre chrétien, porteur du Christ, mis à part par Lui, appelé et donc élu, c'est découvrir dans sa vie que les actes que nous posons n'ont pas une pure valeur temporelle, immédiate, locale, mais qu'au contraire chacun de nos actes, de nos pensées mêmes, peut avoir une portée universelle par laquelle leur propre balance du bien et du mal dans ce monde pourrait s'en trouver modifiée.
Nos pensées les plus secrètes, nos péchés même, interviennent dans cet équilibre fragile dans lequel le Christ nous demande d'intervenir dans ce monde. Ce que nous sommes a valeur d'universel en raison même de la communion qui nous relie les uns aux autres, non seulement nous les vivants mais nous aussi avec les morts. Nous avons à reprendre conscience que le moindre de nos gestes couvre l'ensemble de l'histoire de l'humanité puisque c'est le Christ qui l'accomplit avec nous.
Ainsi c'est la force, la certitude qui animait le cœur des saints Côme et Damien que le don de leur vie pouvait participer à celui du monde. Sans hésiter un instant, sans orgueil de leur part, ils ont versé leur sang pour que, à la suite du Christ, ce sang participe à ce grand rachat que Dieu veut pour le monde. Qu'à leur exemple nous considérions notre vie non plus pour nous-mêmes, localement, corporellement et pauvrement, mais en vertu de ce que Dieu veut pour elle, valeur universelle, valeur pour le monde entier, à cause du Christ.
AMEN