QUI EST SAINT ?

Ep 4, 1-13 ; Mt 9, 9-13
St Matthieu - (21 septembre 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

'appel de l'apôtre saint Matthieu est certaine­ment une des pages d'évangile les plus fortes et les plus originales. Aujourd'hui encore la Parole du Seigneur nous touche comme elle touche Matthieu car l'appel qui lui est adressé est pour tous les chrétiens un appel à suivre le maître. Il n'est pas réservé uniquement aux justes, aux gens dignes, aux gens sensés, aux gens qui ont toutes les qualités pour lui répondre, mais, comme pour Matthieu cet appel est adressé aux pécheurs.

Quel est l'homme qui, parmi nous, est vrai­ment saint ? est vraiment digne ? Je ne veux m'enga­ger pour aucun d'entre vous, mais il me semble que tous, nous pouvons faire cette constatation, comme le faisait saint Paul lui-même : "Le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas, et le mal que je ne voudrais pas faire, je le fais !" Si l'apôtre lui-même se recon­naît pécheur, tout de suite après, il se reconnaît sauvé, rempli de la grâce et de la miséricorde de Dieu.

Et c'est là que saint Matthieu a été atteint. C'est dans sa situation de pécheur, de collecteur d'im­pôt, d'un homme mis à bas, mis à part par les gens religieux, par ceux qui prônaient le sacrifice, la vie sainte et pure, séparée de tous ces pécheurs et publi­cains, afin d'atteindre Dieu. Et le renversement, le bouleversement que produit Jésus, c'est que Lui, vrai homme mais surtout vrai Dieu, dans son humanité, atteint profondément chaque homme car Il vient les rejoindre tous, là ou ils sont. Il les rejoint dans leur condition d'hommes limités et pécheurs. Et c'est là où réside la force et l'originalité de cette page d'évangile.

Jésus n'y va pas par quatre chemins. Il sait très bien qui est Matthieu, Il sait très bien qui sont les amis de Matthieu, des pécheurs et des publicains, des gens qui, publiquement nous le reconnaissons, ne sont pas fréquentables. Et c'est pourtant ceux-là que le Seigneur appelle. Ce dont Il a besoin, c'est de l'amour de tous ces gens qui se sont égarés, de tous ces gens perdus, loin de Lui. C'est de leur compagnie qu'Il a besoin. Il est venu non pas pour condamner mais pour sauver, et c'est de la miséricorde dont Il a besoin.

L'existence de l'Église, l'existence de chaque chrétien n'a de sens que pour rappeler ce passage de la conversion qui est un passage, une Pâque, des ténè­bres à la lumière du Seigneur, du péché à la sainteté, de la mort à la vie. Et tout le régime chrétien, toute la vie de foi du chrétien, c'est cette pâque continuelle, cet appel à sortir de soi-même, à ne pas se laisser en­fermer dans son péché, dans sa condition, mais à aller vers le Seigneur, Celui qui est la vie et qui nous ap­pelle tous, "des ténèbres à son admirable lumière".

L'apôtre saint Matthieu et l'évangile de saint Matthieu nous rappellent ce passage, cette transfor­mation intérieure et radicale. C'est pourquoi toute la vie chrétienne est marquée, en son entier, de ce pas­sage. Par notre baptême, nous passons de la mort à la vie. Dans l'eucharistie où nous célébrons le Sacrifice par excellence, nous sommes appelés de la corrup­tibilité à l'incorruptibilité. Et à la fin de notre vie, c'est bien ce qui est aussi marqué, nous devons passer de cette vie marquée par la mort à la vie qui n'aura plus de fin auprès du Seigneur. Donc finalement toute la vie du chrétien c'est de s'efforcer à vivre cette Pâque, à vivre cet appel du Seigneur qui vient nous recher­cher là ou nous sommes.

C'est pourquoi Jésus est venu parmi les hom­mes, qu'Il s'est incarné. C'est aussi pourquoi Jésus est mort sur la croix, pour que la mort qui préfigure en nous-mêmes une mort plus profonde quand c'est le péché qui nous atteint, pour que dans cette mort-là nous puissions dire, même là Dieu est présent. Même là Jésus est venu pour nous appeler même là Jésus nous appelle à ce festin des noces. Il est en compagnie des pécheurs pour le repas. C'est ce que signifie notre eucharistie aujourd'hui. C'est que ce repas est un repas de gens qui se reconnaissent appelés des ténèbres à la lumière du Seigneur, qui se reconnaissent avec le Seigneur, déjà vivants ressuscités, comme nous le dit saint Paul, dans la communion des saints pour attein­dre à la perfection et à la plénitude de l'homme parfait qui est le corps du Christ, son Église dont Lui est la tête.

 

 

AMEN