QUAND LE CHRIST NOUS VISITE
Ep 4, 1-13 ; Mt 9, 9-13
St Matthieu - (21 septembre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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Bastogne - Musée en Piconrue : Saint Matthieu
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I |
l nous semble toujours que les apôtres nous surplombent d'un privilège que nous aurions bien aimé avoir et que seuls ceux qui ont vu, touché le Verbe de vie ou vécu avec Lui, ont plus de facilité pour le reconnaître et donc pour le suivre. Si l'on en croit le texte que nous venons d'entendre, l'événement de la vocation apparaît si brutal que je me demande si Matthieu a bien eu le temps de peser le pour et le contre comme il devait peser ses pièces sur sa balance, et si la décision même qui s'est faite en son âme et en son corps, décision de suivre cet homme, n'a pas été prise sans sa raison. "Suis-Moi ! Il entendit, se leva et le suivit".
Il est un fait que nous ne pouvons pas comprendre la vocation de Matthieu et qu'il y a dans cette décision brutale et violente, peut-être une telle attente accumulée qu'elle trouve, en cette minute précise, sa raison d'être. Toutefois les apôtres ne peuvent pas nous surplomber d'un privilège pour la simple raison que nous vivons plus proches du Christ qu'eux-mêmes l'étaient. Nous avons souvent tendance à penser que lorsque le Christ était en face de nous dans sa chair d'homme, il aurait été facile pour nos propres yeux et notre propre esprit de discerner à travers cette coque l'Esprit de Dieu, la présence de Dieu. Et que nous aurions pu ainsi, librement, décider et ainsi plus facilement adhérer à ce que le Christ devait nous dire. Mais lors de l'Ascension, le Christ nous dit qu'Il ne nous laisse pas orphelins, qu'Il nous laisse son Esprit. Et cela veut dire que, plus subtilement encore, au lieu d'être cet exemple en face de nous comme Il l'était pour les apôtres, Il ne sera pas en face mais à l'intérieur. Il ne sera pas Celui qui vit devant moi et qui m'ouvre le chemin en proclamant devant moi les Béatitudes, mais Il est Celui qui, en moi, réalise ce chemin de bonheur possible que sont les Béatitudes. L'Esprit renverse si radicalement la présence de Dieu que chacun de nous, en chacun de nous, nous vivons totalement cette présence que l'apôtre, lui, devait gagner sur le fait que Jésus était autre et en face de lui, dans un autre corps. Nous avons, nous, le privilège en ce temps d'Église, de vivre une telle proximité, une proximité si pénétrante de Dieu que les apôtres doivent envier notre situation.
Alors, lorsque nous fêtons saint Matthieu, lorsque nous fêtons celui qui, brutalement, s'est levé de sa chaise où il comptait les pièces, pour suivre ce Christ, rencontrer cet homme, se pénétrer jour après jour de ce message qu'il essayait de comprendre et qui, ensuite, se désespérer par la croix, être déçu par son départ et enfin seulement être illuminé par l'Esprit saint à la Pentecôte, alors, il peut écrire son évangile, il peut transmettre la bonne nouvelle. Et par cette bonne nouvelle qu'il nous a transmise, nous vivons ce qu'il a vécu, lui à la Pentecôte, la présence infinie, fertile, éternelle de Dieu en son cœur. Nous vivons alors comme Matthieu la véritable existence de Dieu qui est comme le dira saint Paul que "le Christ vit en moi."
Nous ne sommes pas dans des temps désolés, dans des temps où Dieu est absent, dans des temps où nous aurions à regretter le temps béni où Dieu visitait cette terre. Ce temps de visite n'est pas terminé. Il est toujours vrai aujourd'hui, plus subtilement, plus secrètement, mais aussi avec plus de puissance puisque chaque homme est capable, comme Matthieu, de se lever de sa table, de répondre à son invitation : "Suis-Moi !"
AMEN