ACCUEILLIR LE PARDON
Ep 4, 1-13 ; Mt 9, 9-13
St Matthieu - (21 septembre 1988)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ans le texte parallèle de cet évangile, en saint Luc, il est dit que c'est Matthieu lui-même qui a invité Jésus dans sa maison pour lui servir un repas. Et à ce repas il y avait non seulement le Christ qui venait de l'appeler et qu'il avait suivi, mais il y avait aussi toute une bande d'anciens "copains" de Matthieu, des collaborateurs, des gens qui profitaient de son métier, des "amis" qu'il avait invités lui-même à rencontrer Jésus. Je voudrais m'attarder quelques instants sur ce geste de Matthieu.
Matthieu a été appelé par le Christ et, dans son cœur, de tout son cœur, il a répondu à cet appel de façon définitive, de façon totale. C'est ce que signifie ce double geste : "Il se leva et il Le suivit !" Matthieu a été bénéficiaire de ce Salut, de ce pardon de cette guérison que Jésus vient apporter aux malades et aux pécheurs. Ce qui est très beau, c'est que Matthieu ne s'est pas contenté de cela. D'abord, il a invité le Christ chez lui, mais aussi il a invité cette bande de pécheurs. Dès l'instant où Matthieu a reçu le pardon, il n'a eu de cesse de faire rencontrer le Christ à ses anciens collègues pour que, eux aussi, puissent ouvrir leur cœur et recevoir cette grâce que lui-même venait d'accueillir.
Frères et sœurs, le pardon que nous recevons, soit par notre baptême, soit à chaque fois que nous faisons cette démarche d'accueillir le Christ dans le sacrement de réconciliation, ce pardon, s'il est bien une oeuvre personnelle et intime de Dieu pour nous, ne peut pas rester individuel. Recevoir le pardon du Christ, c'est le commencement obligatoire nécessaire d'une mission. Et cette mission, c'est de faire en sorte que les autres, et peut-être ceux par qui ou avec qui nous péchons, et ceux-là les premiers, puissent être invités à rencontrer le Christ et, à un moment ou l'autre de leur vie, recevoir cette guérison qu'Il vient leur apporter. C'est la première question que Matthieu vous pose, nous pose aujourd'hui en tant qu'apôtre, en tant que celui qui a accueilli le pardon et qui, au moment même de l'accueil de ce pardon, a voulu le partager, a voulu le faire connaître à ses "complices".
Que faisons-nous, nous-mêmes, de ce pardon que nous recevons ? Est-ce que nous le gardons intimement pour notre consolation personnelle ? pour notre joie personnelle ? Ou est-ce que nous avons, et cela fait partie du pardon, cette volonté, ce désir, ce zèle de faire en sorte que nos frères, nos plus proches frères, puissent aussi rencontrer le Christ et le recevoir ?
Et il y a un deuxième aspect. C'est bien Matthieu qui a invité Jésus à sa table. Mais le geste d'un homme est toujours la réponse à un autre geste de Dieu. Au fond, profondément, au-delà du symbole pourtant parlant du repas, c'est bien le Christ qui est venu frapper à la porte de Matthieu. Et comme l'apôtre Jean le dira dans l'Apocalypse de la part du Christ: "Voici je me tiens, je frappe à la porte ! Celui qui m'ouvre, j'entrerai chez lui, je m'assiérai avec lui à la table et nous dînerons !" Ce que Matthieu et Jésus ont partagé au cours de ce dîner, c'est d'abord la grâce du Christ dont je viens de parler. Mais le Christ attend aussi de se nourrir de quelque chose qui vient de nous. C'est notre conversion, c'est l'accueil de notre cœur à la Parole de Dieu, c'est la lente transformation, transfiguration de notre vie, selon sa Parole, selon ses commandements, selon ce qu'Il nous demande. Le Christ nous nourrit de sa présence et de sa lumière, mais nous avons à Le nourrir de notre volonté, de notre désir, de notre zèle d'accueillir sa Parole et de la propager et de l'annoncer à nos frères. La relation avec le Christ n'est pas univoque. Nous recevons tout de Lui, mais Lui attend de recevoir ce que nous, nous sommes.
Alors, là encore, saint Matthieu nous pose cette question. Il a reçu le Christ dans sa maison, dans son cœur par ce pardon, par ce salut, par cette guérison. Et, dans son zèle, il s'est levé, il l'a suivi, puis il a fait en sorte que d'autres pécheurs trouvent ce pardon. Et bien le fait que Matthieu se soit levé, qu'il ait suivi le Christ et qu'il ait annoncé ce pardon aux pécheurs, cela constitue pour le Christ une nourriture. Cela constitue pour le Christ cette fécondité de sa Parole qui nourrit son cœur, qui réjouit son cœur, qui illumine son cœur. Non pas en ajoutant quantitativement quelque chose, mais parce que comme dit un psaume : "Dieu se réjouit dans le cœur de ses saints."
Alors comme Matthieu nous nous réjouissons nous aussi de recevoir la grâce de Dieu par le pardon, par l'eucharistie, par la prière et par bien d'autres choses dont nous sommes souvent inconscients. Qu'est-ce que nous Lui partageons dans ce repas intérieur ? Est-ce que nous aimons donner au Christ cette joie qui vient de nous, de notre conversion de notre désir, de notre zèle pour l'annoncer ? Que saint Matthieu nous aide à mieux saisir à mieux vivre cette annonce nécessaire aux autres de ce que nous avons reçu et ce don nécessaire à Dieu de ce qu'Il nous a apporté et dont Il attend en nous la fécondité.
AMEN