DEUX DÉFENSEURS DE L'UNITÉ DE L'ÉGLISE
2 Co 4, 7-15 ; Jn 17, 11b +14-23
SS. Corneille et Cyprien - (16 septembre 2008)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, nous faisons mémoire aujourd'hui deux évêques qui furent aussi deux martyrs, et qui ont marqué profondément ce milieu du troisième siècle. C'est encore la période des persécutions et notamment d'une des plus meurtrières, la persécution de Dèce aux alentours des années 253 à 255.
En fait, ce qui a d'abord rapproché Cyprien et Corneille, ce sont les conséquences des persécutions. Pendant une persécution, un certain nombre de gens flanchaient et ne tenaient pas ferme la foi et par la crainte des souffrances et des sévices, soit en livrant, d'où le nom de "traditeurs", en livrant les évangiles, les textes de la Bible, ou plus grave encore, en livrant leurs frères. Quand la paix revenait, ce qui heureusement se produisait souvent parce qu'à cette époque bouleversée les empereurs se succédaient rapidement, ils s'entretuaient les uns les autres, et ainsi le pouvoir passait constamment d'un empereur à un usurpateur, quand la persécution cessait, que faire de ces traditeurs qui avaient gravement péché et dont certains portaient la responsabilité de la mort de leurs frères ? Il y avait la possibilité de les réconcilier immédiatement avec l'Église, ce qui aurait été peut-être un peu facile. Il y avait la possibilité de la rejeter définitivement de l'Église. Tant à Carthage qu'à Rome, il y a eu une tendance stricte, que nous dirions aujourd'hui intégriste, qui était pour l'expulsion définitive de ces pécheurs particulièrement gave concernant les traditeurs, ceux qui avaient apostasié au cours de la persécution. C'est ainsi que Cyprien et Corneille se sont rencontrés une première fois parce que l'un comme l'autre, sans tomber dans une sorte de laisser aller trop facile ont cependant pensé que la réconciliation des pécheurs était possible moyennant une pénitence suffisante. De ce fait, tant Cyprien à Carthage, que Corneille à Rome, se sont attirés l'hostilité d'un parti pur et dur, un parti de l'Église qui préférait la fermeté et la justice à la miséricorde et qui s'est opposé à ces évêques sous prétexte que réconciliant les traditeurs, ils faisaient le jeu des ennemis de l'Église.
C'est à cette occasion que le schisme de Novatien s'est élevé contre le pape saint Corneille Novation était un prêtre très connu dans l'Église de Rome, qui était assez ambitieux, il aurait voulu devenir pape, mais comme il n'avait pas été élu, il s'est opposé de toute la force de son rayonnement, car c'était un penseur, un théologien, un spirituel, il drainait donc toute une grande quantité de fidèles à sa suite. saint Corneille s'est trouvé en immense difficulté à cause de ce schisme de Novatien, et Cyprien qui jouissait dans l'Église de son temps d'une grande renommée et jouait un rôle considérable, même s'il n'était évêque que de Carthage qui était le siège primatial de l'Afrique du Nord, une chrétienté florissante à cette époque, donc, Cyprien a apporté tout son soutien au pape Corneille dans cette immense épreuve de la division de l'Église de Rome à ce moment-là.
Ensuite, la persécution a repris et Corneille a été le premier, victime de la persécution de Dèce en 253 Cyprien a échappé à cette première vague de persécution, mais il sera martyr à son tour en 258, sous le règne d'un nouvel empereur qui a persécuté l'Église. Cyprien comme Corneille se sont manifestés par leur amour passionné de l'Église et de l'unité de l'Église refusant tout scission à l'intérieur de l'Église, fusse entre les vertueux qui se séparaient d'autres supposés être moins vertueux. Saint Cyprien a écrit un magnifique traité sur l'unité de l'Église dans lequel il manifeste à la fois la primauté de Rome, et en même temps, le caractère spirituel de cette primauté. Pour lui, l'évêque de Rome est celui qui préside à la charité de toutes les Églises, celui qui entraîne toutes les Églises à se convertir à cet amour infiniment miséricordieux du Seigneur Dieu qui fait cette unité.
Après la mort de Corneille, Cyprien vivra un moment très difficile avec le nouveau pape, successeur de Corneille, le pape Etienne, qui a été maladroit et peut-être un peu trop autoritaire, qui sur une question de discipline du baptême des hérétiques, a voulu ramener à l'ordre l'Église d'Afrique contre les libertés qui existaient alors et où les questions n'étaient pas encore tranchées dogmatiquement. Mais Cyprien, par amour pour l'Église refusa de s'opposer au pape et la mort comme martyr, tant du pape Etienne que de Cyprien mit fin aux divisions sur ces questions.
Ce sont deux grands évêques de leur temps que nous fêtons aujourd'hui, qu'ils nous donnent le sens et l'amour de l'Eglise et que leur intercession nous obtienne la grâce de l'unité de cette Église divisée depuis des siècles. Jésus a dit : "Qu'ils soient un pour que le monde croie". Peut-être que si le monde ne croit pas, c'est parce que nous ne sommes pas assez unis.
AMEN