INTRANSIGEANCE OU MISÉRICORDE ?
2 Co 4, 7-15 ; Jn 17, 11b +14-23
SS. Corneille et Cyprien - (16 septembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, Corneille et Cyprien que nous fêtons aujourd'hui n'ont pas vécu le martyre le même jour, la même année, en même temps. Corneille, pape à Rome est mort en exil en 253 après un épiscopat très bref de quelques années, et c'est en 258 que Cyprien a été exécuté à Carthage lors de la persécution de Valérien, persécution au cours de laquelle l'Eglise de Rome a souffert, puisque c'est pendant cet été que le fameux diacre Laurent a été aussi mis à mort.
Ce qui réunit ces deux personnages, c'est le comportement qu'ils vont avoir comme pasteurs vis-à-vis des chrétiens qui leur sont confiés. En effet, face à une persécution, les chrétiens se sont mis à réagir de manière très différente. Il y a ceux que nous célébrons en rouge dans l'Église, ce sont les martyrs, ceux qui sont morts pour le Christ. Il y a une autre catégorie, peut-être un peu moins connue, ce sont les confesseurs, ce sont ces chrétiens qui ont confessé leur foi mais dont on n'a pas enlevé la vie et qui après la période de persécution se trouvent libérés. Et il y a enfin une troisième catégorie, ceux que nous appelons les lapsis, ceux qui sont tombés ceux qui ont fauté, les pécheurs, ceux qui face à l'autorité romaine ont plié et ont ainsi adoré les divinités. Il y a plusieurs manières d'être lapsis. La pire des catégories, ce sont ceux qui offraient une victime ou un animal à l'empereur ou au culte de l'empereur. Il y avait aussi une deuxième catégorie des lapsis, ceux qui laissaient tomber quelques grains d'encens devant une effigie de l'empereur, et une troisième catégorie de lapsis, ceux qui réussissaient à avoir un papier, une sorte de certificat dans lequel était spécifié le fait qu'ils avaient sacrifié à l'empereur, même s'ils ne l'avaient pas fait.
Vous imaginez bien qu'une fois que la période des persécutions a été passée, que faire de tout ce bon peuple ? Que faire de tous ces lapsis dont bon nombre venaient frapper à la porte de l'Église ? Ce qui est important, c'est que Cyprien est celui qui a toujours voulu garder un équilibre à la fois entre la miséricorde que l'Église doit avoir vis-à-vis du pécheur, mais aussi un respect dû à la vérité et au fait que ces gens étaient fautifs. Cyprien s'est retrouvé face à un homme qui s'appelle Nova, et son diacre, Félicisinus qui étaient en fait laxistes et qui ont décidé qu'il fallait réintégrer tous les lapsis très rapidement, sans leur poser aucun problème, aucune question, sans qu'il y ait de leur part un geste, ou au moins un moment assez long de demande de pardon. Cyprien a tenu bon contre Nova et contre son diacre, d'autant plus que paradoxalement, Nova était soutenu par les confesseurs, c'est-à-dire ces gens qui avaient souffert, qui avaient été torturés en prison, qui avaient été libérés, et pour certains, peut-être se sentant au-dessus des lois, se permettaient d'écrire des billets de réconciliation aux lapsis sans faire attention à qui ils donnaient ces billets. Cyprien se retrouve face à une coterie extrêmement laxiste qui est prête à brader la vérité ou le sens de la faute au prix d'une charité immense.
De son côté, le pape Corneille lui, va avoir affaire à un autre courant, le courant extrême, le courant des purs, ceux qui vont être menés par Novatien et qui vont décider qu'aucun pardon n'est possible vis-à-vis des lapsis. Corneille et Cyprien vont d'ailleurs se retrouver dans cette ligne modérée dans le sens où il faut laisser le temps au temps, il faut accompagner les pécheurs pour un jour pouvoir les réintégrer dans l'Église.
Je crois que ce comportement suivi par Corneille et Cyprien nous invite à méditer ce matin sur deux points. Le premier point, c'est le problème de la faute : on ne peut pas comme le fait Novatien à Rome, on ne peut en aucun cas réduire le pécheur à sa faute, car à ce moment-là, on est tous pécheurs, on est tous fichus, et autant se jeter tout de suite dans la Touloubre ! Mais en même temps, on ne peut pas suivre la ligne de l'autre parti en disant : ce n'est pas grave, tu as fauté, ce n'est pas possible ? Car nous savons très bien que toute faute a des conséquences dans notre vie, dans la vie de notre famille, de nos amis, et dans la vie de l'Église. On ne peut pas passer par-dessus ces fautes. C'est le premier enseignement que nous donnent ces deux évêques, c'est que nous avons à assumer ces fautes même si nous pouvons évidemment compter sur la miséricorde de Dieu, et la miséricorde de l'Église.
Le deuxième point sur lequel je voudrais attirer votre attention, c'est que Corneille et Cyprien par rapport à cette question des lapsis, avaient à cœur l'unité de l'Église : effectivement, comment faire l'unité de l'Église face à des lapsis ? Là aussi, on ne peut pas faire l'unité de l'Église en oubliant les fautes, mais on ne peut pas non plus faire l'unité de l'Église en passant notre temps à exclure les autres.
Alors, frères et sœurs, que ces deux pasteurs, Corneille et Cyprien qui sont morts pour le Christ, morts pour la foi et la charité, nous aident à méditer sur le véritable sens de la vérité et du pardon.
AMEN