DANS L'UNITÉ DE L'ÉGLISE
2 Co 4, 7-15 ; Jn 17, 11b +14-23
SS. Corneille et Cyprien - (16 septembre 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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uand nous célébrons la fête d'un martyr, nous avons tendance à privilégier et c'est tout à fait légitime, cette relation très forte de communion de vie qui existe entre le Christ mort et ressuscité pour nous et le martyr qui donne sa vie. D'ailleurs, je trouve très beau, depuis trois jours la manière dont nous pouvons éclairer de différents manières cette fête de la croix glorieuse, hier la compassion de Marie, et aujourd'hui, nous célébrons le martyre de Corneille et Cyprien, (Cyprien soit dit en passant martyrisé le quatorze septembre).
Et nous oublions parfois de réfléchir sur le rapport qui existe entre les martyrs, les hommes, les confesseurs, ceux qui ont confessé la foi mais qui n'ont pas été exécutés, les autres chrétiens. Je voudrais éclairer cette question à travers le passage de l'évangile que nous avons lu, et vous le savez, ces passages pris dans l'évangile de saint Jean au chapitre dix-septième que nous entendons si souvent, auraient tendance à nous fermer les oreilles, comme si on savait déjà tout, que l'on connaissait ce passage, on se laisse alors bercer par les mots. Je ne sais pas si vous avez été attirés par cette petite phrase comme je l'ai été à l'instant même : "Je ne te prie pas de les retirer du monde mais de les garder du mauvais". J'aurais voulu réfléchir avec vous aujourd'hui sur le rapport entre ceux qui ont donné leur vie, ou du moins entre ceux qui ont confessé au risque de la mort, qui ont peut-être même été abîmés dans leur chair, la torture, et ceux qui sont tombés.
Nous avons l'habitude de rappeler dans cette fête de Corneille et Cyprien que nous célébrons, nous abordons toute la problématique du chrétien face au martyre. Soit je résiste, et je finis mangé par les bêtes, soit je résiste et pour une raison dont on ne sait pas toujours exactement laquelle, on me torture, mais on ne me tue pas, ce sont les confesseurs de la foi, soit je craque et affectivement, je vais déposer quelques grains d'encens devant la statue de l'empereur, j'ai la vie sauve mais en même temps, j'ai renié publiquement ma foi. Ce qui est intéressant chez ces deux martyrs, c'est la manière dont on a à réintégrer les fautifs. Qui est capable de dire qu'il n'aurait pas péché, qu'il ne serait pas tombé face à l'adversité, face à la menace de la mort ?
En même temps, nous avons ici cette relation entre le confesseur et les lapsi, quelque chose d'intéressant. Ce qui est très beau dans ce que nous célébrons aujourd'hui, c'est que l'adversité a tendance à nous faire partir à droite et à gauche. C'est la division l'adversité. La problématique, c'est de savoir comment l'Église doit garder l'unité devant cette adversité. Comment faire ? Cyprien est celui qui nous rappelle que ceux qui ne sont pas tombés, donc, les confesseurs, vont proposer ce qu'on appelle des "libelles", ce sont des petits papiers dans lesquels on rachète ceux qui sont tombés. Je trouve très beau de découvrir que ceux qui ont résisté d'une certaine manière, qui ont reçu cette grâce, puissent la partager dans la plénitude, la miséricorde et l'amour avec ceux qui sont tombés.
Mais il y a un piège, et c'est un peu ce que je ressentais en lisant ce passage de saint Jean : "Je ne te prie pas de les retirer du monde mais de les garder du mauvais". C'est en fait, la tentation que nous avons de nous juger les uns les autres, la tentation des confesseurs qui était de dire : moi, j'ai résisté, on ne m'a pas tué, alors, dans ma grande seigneurie, effectivement, la grâce que j'ai reçue va couler sur le pauvre lapsi qui lui, a renié. Cyprien rappelle que l'Église ne fonctionne pas comme cela. L'Église est une, comme Dieu, il y a un Christ comme nous le chantions au début de cette eucharistie, "O Fils unique", il y a une Église et cette unité que nous avons à vivre dans cette Église, dans notre communauté paroissiale ne doit pas être fondée sur cette sorte de dons qu'auraient les meilleurs d'entre nous vis-à-vis des pauvres qui n'en sont pas encore où nous en sommes, parce que nous, on est tellement meilleurs et qu'on va à la messe tous les jours.
D'un autre côté, ce qui est intéressant chez Cyprien, c'est aussi la manière dont les lapsi doivent réagir par rapport à ce don de la grâce. Effectivement, dans l'adversité, et on le vit à chaque époque, on a tendance à crier avec les loups. Nous-mêmes quand nous avons fauté, quand nous sommes pécheurs, et que nous sommes en face de quelqu'un qui a aussi péché, si notre péché a été plutôt discret, nous aurons tendance à crier aussi à l'indignation et à faire partie de ces indignés. Mais Cyprien va remettre les choses dans l'ordre. Il va dire aux confesseurs : très bien, vous avez non seulement résisté à la torture, de plus, vous n'êtes pas mort, vous n'avez pas à vous en glorifier. C'est Dieu qui a agi en vous et ce n'est pas par votre propre force que vous êtes devenus des confesseurs. De même, ce que Cyprien va dire aux lapsi qui vont être rachetés et qui auront peut-être tendance à crier après les autres lapsi : bien, vous avez péché, vous êtes tombés, mais n'en profitez pas pour attaquer ceux qui sont encore à terre.
Frères et sœurs, que ce martyre de Corneille et Cyprien que nous célébrons aujourd'hui, et que ce désir de vivre que portaient ces deux hommes en communion et en unité, nous rappelle ce que nous avons à vivre dans notre communauté de chrétiens, la manière dont chacun, où nous en sommes, nous avons à regarder l'autre non pas avec orgueil en sachant ce qu'on veut lui donner, mais au contraire de porter sur lui le regard de tendresse et de miséricorde que le Christ porte sur chacun d'entre nous.
AMEN