APPARTENANCE, OBÉISSANCE, CONSTANCE

2 Co 4, 7-15 ; Jn 17, 11 b+14-23
SS. Corneille et Cyprien - (16 septembre 1993)
Homélie du Frère Michel MORIN

Herculanum : jarre fragile

L

 

e passage de l'épître aux Corinthiens nous rappelait que saint Cyprien et Corneille furent objets de persécution, objets de violences et vécurent le martyre par l'oppression d'un pouvoir politique discrétionnaire. L'évangile nous rappelle qu'ils furent choisis comme évêques, comme pasteurs, à la suite du Christ, qu'ils furent consacrés dans la vérité pour annoncer son Royaume, pour travailler à l'unité de l'Église, à l'image de l'unité de la communion trinitaire. Trois mots pourraient nous aider à graver dans notre vie cet évangile, cette Parole de Dieu.

D'abord le mot appartenance. Nous sommes des vases fragiles dit saint Paul, mais la puissance qui nous est donnée appartient à Dieu. Et si nous la recevons, et nous l'avons reçue par la grâce baptismale, nous lui appartenons. Nous appartenons au Christ, le Christ appartient à Dieu. Il nous faut renouveler souvent cette spécificité de la vie chrétienne qui est bien une liberté et la plus grande des libertés parce qu'elle est fondée sur l'appartenance essentielle à Dieu, comme Créateur d'abord, comme Rédempteur ensuite. Nous appartenons à quelqu'un, nous appartenons à l'amour de Dieu, nous appartenons à la charité du Christ, nous appartenons au règne de Dieu, nous vivons sous son Règne. Nous n'appartenons pas au monde, nous ne sommes pas du monde bien que nous soyons dans le monde.

Le deuxième mot est obéissance c'est-à-dire la vie dans la logique, dans la fidélité, dans l'accomplissement de cette appartenance. C'est pourquoi saint Paul y revient souvent. Il dit : "Rien ne peut nous séparer de l'amour du Christ" puisque nous lui appartenons et que cette puissance d'appartenance est plus grande que toutes les tribulations que toutes les difficultés, que tous les drames, que tous les péchés du monde ou de notre vie personnelle. Vivre dans l'obéissance à l'appartenance, à ce mystère de Dieu c'est croire que "si nous souffrons avec Lui, avec Lui nous régnerons, si nous mourons avec Lui avec Lui nous vivrons." C'est cette appartenance fondamentale au mystère du Christ qui motive, qui fonde notre obéissance quotidienne dans notre vie au mystère du Christ qui doit s'accomplir en nous, qui va s'accomplir en nous, au travers et par tous les événements de notre existence, qu'ils soient choisis ou qu'ils soient subis.

Et le troisième terme c'est la constance, pas la nôtre, nous sommes trop fragiles, mais la constance de la puissance de Dieu qui nous est donnée par la présence du Christ. Je souligne simplement cette très belle promesse de Jésus à ses apôtres : "Je ne prie pas seulement pour vous mais pour tous ceux qui, par votre parole, croiront." Le Christ a prié pour nous et Il prie pour nous, parce qu'Il nous consacre en permanence dans sa Parole qui est la vérité. Nous appuyons notre foi en l'appartenance à Dieu, nous appuyons le sens de notre obéissance dans la constance de la prière de Jésus pour ses disciples et pour tous ceux qui, grâce à leur parole, croient et vivent sous son règne.

C'est dans cette conviction que chaque événement, heureux ou moins heureux, doit nous trouver. C'est dans chacune de ces situations que le règne du Christ vient s'accomplir, vient nous parfaire, vient nous achever à sa ressemblance. C'est pourquoi, et saint Paul nous le redit dans un autre passage, peu importent les tribulations, peu importent les questions, les souffrances ou les persécutions, "rien ne peut nous séparer de l'amour du Christ qui nous est donné." Dans cette confiance absolue mais qui n'est pas cependant naïve, dans cette confiance absolue, demandons et prions par l'intercession des saints Corneille et Cyprien, d'être toujours et chaque jour davantage enracinés dans cette foi de l'Église pour en porter de plus en plus des fruits d'unité, notre unité personnelle dans l'amitié avec Dieu et son Christ et l'unité de ce peuple de rachetés que nous sommes qui doit proclamer, dans le règne des empereurs ou des républiques, la présence du règne de Dieu dans lequel tout homme est appelé à vivre.

 

AMEN