VOICI TA MÈRE

Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Voici ta Mère (Ebreuil)

F

rères et sœurs, nous célébrons aujourd'hui un des plus grands mystère de la Vierge Marie, celui de Marie au pied de la croix. Il est curieux de voir que la piété populaire reste fidèle à des habitudes, quand nous célébrons l'Annonciation, la Visitation, ou même un mystère qui n'en est pas un comme la Présentation de Marie au Temple qu'aucune page d'Écriture ne nous présente, quand nous célébrons ces fêtes et à plus forte raison l'Assomption, l'église est pleine et tout le monde est là, quelles que soient les occupations que nous avons par ailleurs.

Quand il s'agit de Marie au pied de la croix, nous sommes un petit groupe, peu nombreux, comme les jours ordinaires, ce qui prouve que cette dévotion qui n'en est pas une, qui est une contemplation du mystère, n'a pas encore atteint le cœur et la pensée des fidèles qui n'ont pas encre saisi l'importance de cette fête. La fête de la Compassion de Marie, on dit aussi parfois Notre Dame des douleurs, est un mystère extrêmement important avec celui de l'Annonciation et celui de l'Assomption il résume la vie de Marie, comme l'Annonciation, la croix et la résurrection résument la vie du Christ.

Marie a porté dans son sein le Fils de Dieu. Elle a vécu ce mystère incroyable d'être la Mère de Dieu lui-même. Là ne s'arrête pas son mystère, elle a suivi le Christ pendant toute sa vie et elle se retrouve au pied de la croix pour partager la douleur et les souffrances de son Fils, sinon les souffrances physiques, du moins les souffrances morales d'une mère qui voit son enfant, et quel enfant, mourir dans la dérision et la déréliction. Comme nous le chantions tout à l'heure : "Comment ne pas pleurer d'amour en contemplant ce double abîme, cette souffrance qui grandit à voir ainsi l'Autre souffrir". Oui, la souffrance de Marie c'est de voir souffrir Jésus. Cette souffrance fait qu'elle participe à la rédemption du monde, pour laquelle Jésus a été envoyé et pour laquelle il meurt, la rédemption du monde, elle y participe comme co-rédemptrice, d'où cette fête de la Compassion. Si Marie est co-rédemptrice, cela veut dire qu'elle participe avec son Fils Jésus à ce mystère de transfiguration de la souffrance humaine, par l'amour de Dieu, et Jésus meurt, mais il meurt par amour et donc, il meurt pour vivre éternellement.

Ce mystère de la Compassion de Marie se double d'un événement que nous venons d'entendre dans l'évangile : "Au pied de la croix se trouve Marie, avec la femme de Clopas, Marie-Madeleine et le disciple que Jésus aimait". Jésus va dire à Marie en lui montrant le disciple : "Voici ton fils". Cette souffrance d'une certaine manière s'ajoute encore à celle de la mort de Jésus, non seulement elle perd son enfant, mais encore il lui en propose un autre à sa place. C'est le mystère de la protection de Marie sur l'Église. Elle est la Mère de Jésus, la Mère de la chair humaine de Jésus, et donc elle est la Mère aussi de tous ceux qui font partie du corps du Christ, tous ces hommes qui sont partie prenante de la vie de Jésus Dieu et homme. Marie est donc la Mère qui nous met au monde en mettant au monde son Fils et qui accepte d'échanger son Fils contre tous les disciples car ce n'est pas simplement saint Jean qui reçoit Marie comme Mère, mais à travers saint Jean, ce sont tous les disciples, vous et moi qui sommes tous enfants de Marie, frères de Jésus.

"Voici ta mère", dit Jésus à Jean, "Voici ta mère" nous dit-il à chacun d'entre nous. C'est ce mystère de Marie qui, dans la souffrance engendre le peuple de Dieu que nous célébrons en ce jour. Que cette profondeur du mystère touche notre cœur et nous permette de comprendre le rôle de la Vierge Marie dans l'histoire du Salut.

 

AMEN