LA COMPASSION DE MARIE, LIEU DE SURGISSEMENT DE L'ÉGLISE
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, vous savez que dans la liturgie aussi bien d'Orient que d'Occident, le temps liturgique est comme scandé de fêtes de la vierge Marie. La plupart du temps, on imagine que ces fêtes sont comme la traduction d'un certain nombre d'épisodes évangéliques qui ont de l'importance dans les récits évangéliques et qu'on a voulu d'une certaine manière les commémorer dans la liturgie. Je dirais que c'est une conception un peu anecdotique des choses, comme si la liturgie avait simplement comme raison d'être de démultiplier les souvenirs en commémorant l'un après l'autre les événements qui se sont déroulés au moment de la révélation.
En réalité, la question est plus profonde et délicate car dans la liturgie les fêtes de la Vierge sont les fêtes de l'Église. C'est cela que le Concile Vatican II a voulu dire. Il a voulu dire que le Christ est celui qui a fondé l'Église mais que celle qui est le modèle de l'Église, le modèle des croyants, la référence même de l'existence de l'Église, c'est Marie. Il ne s'agit pas là d'abord d'une sorte de sentimentalité de l'Église pour que la maman est la mère des disciples, elle l'a été, c'est clair, mais c'est pour dire qu'elle est la mère de tous les disciples. Comme mère de tous les disciples, elle a vécu dans sa propre chair, dans sa propre vie, le mystère le plus radical, de la foi, de l'espérance et de la charité. De ce point de vue-là, Marie, quelles que soient les grâces particulières qui lui ont été données, a vécu ces grâces sur le monde même sue lequel nous le vivons nous-mêmes, dans la foi, avec toutes les questions que posent la foi, c'est ce qui se passe à l'Annonciation, "comment cela se fera-t-il ?", dans l'espérance, c'est-à-dire, c'est pour la fête de la compassion que nous célébrons aujourd'hui, c'est l'espérance que la mort de son Fils aura le dernier mot de ce qu'il est venu faire. La communion de la charité, je vais y revenir.
Pour nous les croyants, la référence première comme croyants et comme membres chrétiens de cette terre, c'est la Vierge Marie. C'est pour cela que le mystère de la compassion que nous célébrons aujourd'hui est un mystère qui concerne éminemment chacun des croyants, chacun des membres de l'Église. Pourquoi ? tout simplement pour une raison qui est évidente mais qu'il est bon de rappeler. L'Église dans le temps actuel est une communauté de sauvés, mais une communauté de sauvés qui souffre. Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour s'apercevoir que l'Église même dans ses meilleurs moments a toujours comporté et comportera toujours des membres qui souffrent. C'est la souffrance physique des malades, la souffrance des persécutions, la souffrance spirituelle de certaines épreuves, de certaines tentations, de certaines difficultés. La souffrance de Marie au pied de la croix est le prototype même et la référence absolue pour nous, croyants, de ce que peut être la souffrance. C'est une souffrance qui n'a de sens que parce qu'elle est intégrée à l'acte même de salut de Jésus-Christ. Ce n'est pas une distinction subtile de théologien, la souffrance de Jésus sauve, et la souffrance de tous les croyants, à commencer par celle de la Vierge Marie est d'abord une souffrance qui est portée par la souffrance du Christ. Elle n'est pas cause de salut, mais elle entre dans la puissance da salut du Christ.
C'est ce qui est le mystère le plus étonnant de l'Église aujourd'hui. Quand nous disons que l'Église est souffrante, et à certains moments, on a parlé de l'Église souffrante pour parler de l'Église qui est sur la terre ou de celle qui est purgatoire, peu importe, mais c'est pour dire que cette souffrance n'est pas une donnée accessoire, facultative de l'existence croyante avant la gloire du Royaume de Dieu, mais que c'est une sorte de condition presque inhérente.
Quand nous célébrons la compassion de la Vierge Marie, c'est que la souffrance de la Mère qui voit mourir son Enfant, cette souffrance prend toute sa signification et toute sa plénitude dans la souffrance même de Jésus qui est en train de mourir et de faire que sa souffrance soit la source de salut. Dans le Christ, sa souffrance est source de salut, dans la Vierge Marie, sa souffrance est participation au salut. De ce point de vue-là, c'est exactement la même chose pour elle comme pour nous. Elle est associée par ses souffrances à l'œuvre de salut du Christ. Pour la vie croyante c'est le fait que toute souffrance, au lieu de tomber dans le non-sens et l'absurde presque évident de la souffrance, pourquoi souffrir, c'est absolument terrible et nous avons envie de rejeter la souffrance, la réponse de la foi chrétienne est de dire : non, la souffrance à cause du fait que le Christ y associe ses fidèles, ses membres, les membres de son corps, cette souffrance prend tout son sens.
Cette souffrance dans le cas de la Vierge Marie a un sens tout à fait particulier. Vous avez remarqué qu'à la reconnaissance de la souffrance de Marie au pied de la croix, est associée la parole par laquelle Jésus confie Marie à Jean, et Jean à la tendresse maternelle de Marie. C'est très intéressant, car c'est la première fois qu'on a de façon aussi explicite la fondation d'une communion d'Église. Marie et Jean, d'une façon qui n'est pas exactement celle de la configuration du collège des apôtres, qui elle est une communion pour le ministère, pour l'action de l'évangélisation, ici, c'est une communion qui n'est pas pour le ministère. Marie n'est pas prêtre contrairement à ce que certains théologiens ont voulu dire, c'est la communion d'un évêque et d'une laïque, Marie. C'est donc la première figure de l'apparition de ce qu'est l'Église : un corps dans lequel il y en a certains qui exercent le ministère, d'autres qui exercent simplement la grâce de vivre de ce qui est donné par Dieu : le salut dans la communion et dans la charité.
Le mystère même de la compassion de Marie est un lieu de surgissement de l'Église. Je pense que pour nous, cela doit être quelque chose d'important, parce que chacun d'entre nous porte son lot d'ennuis, de contradictions, de souffrances. Au lieu de le prendre à rebrousse-poil en se disant qu'on subit, essayons de voir dans quelle mesure la souffrance des uns ou des autres peut être une source de communion comme elle l'a été dans ce cas précis lorsque Marie et Jean se tenaient ensemble au pied de la croix, et qu'ils ont reçu cette parole de fondation de l'Église : "Voici ta mère, voici ton fils". C'est la parole de la communion par excellence, de la rencontre de deux êtres dans l'unique amour du Christ.
AMEN