ELLE EST DEBOUT
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
|
F |
rères et sœurs, qu'est-ce que la vérité ? Pilate le demande à Jésus lors de son arrestation. Frères et sœurs, qu'est-ce que la vérité quand une mère de famille perd dans un accident de voiture sa fille et un plus jeune enfant dans le coma ? J'ai envie de dire que la fête que nous célébrons aujourd'hui, nous pouvons la méditer à partir de quelques miettes comme la cananéenne qui se contente de quelques miettes de la part de Jésus pour essayer de comprendre le mystère de la venue du Christ sur terre. Ces quelques miettes sont très simples, nobles, sans hystérie, sans pleurs, sans rien du tout, ce sont les deux petits versets que nous venons d'entendre tirés de l'évangile de Jean.
La Vierge est debout. Je le disais tout à l'heure au début de cette célébration, elle est debout, elle n'est pas en pamoison, elle n'est pas jetée par terre, elle n'est pas hystérique, elle ne crie pas, elle ne se lacère pas le visage, elle n'insulte pas Dieu, elle est debout. Quelle leçon de courage et de force pour chacun d'entre nous. Elle est debout, mais on peut se demander comment elle peut être debout ? Nous voyons bien que si nous sommes touchés par le mystère de la compassion de Marie en ce jour, c'est parce que nous comprenons que la compassion d'une mère pour son enfant n'est pas tout à fait la compassion que nous pouvons avoir les uns envers les autres. Bien sûr, nous expérimentons ce qu'est la compassion entre frères et sœurs, nous savons que nous avons à prêter une oreille attentive et que quelque chose qui touche le cœur d'un frère ou d'une sœur nous touche aussi. Et puis tout simplement parce que la compassion au cœur même de l'humanité entre frères et sœurs de ce que nous sommes, cette communauté de chair, elle n'est quand même qu'une communauté de chair. Très souvent notre compassion reposer il faut bien le dire sur une règle pieuse que nous avons apprise, déjà de ne pas faire aux autres ce qu'on n'aimerait pas que l'on nous fasse, et puis, avoir un peu de commisération envers les autres, parce que ce qui arrive à mon prochain peut très bien m'arriver demain. Et quand nous ne le vivons pas, nous savons que cela fait partie de notre péché le plus profond, de cette indifférence de compassion vis-à-vis des autres.
Mais vous voyez, nous ne sommes pas dans la compassion telle que Marie femme de Clopas, peut la vivre au pied du Christ en croix, ou même de saint Jean, ou Marie-Madeleine. Il s'agit aujourd'hui d'une compassion qui repose sur une communion de chair. Une chose est une communauté qui se rassemble parce que nous avons les mêmes idéaux, les mêmes envies, les mêmes hobbies, et que cela nous fait du bien d'être ensemble contre les autres. Mais cette compassion est fondée sur ce qu'il y a à la fois de plus naturel, de plus biologique, et de plus incroyable : comment une chair peut nourrir une autre chair dans le secret du sein maternel ? C'est cette compassion que nous contemplons aujourd'hui. La contemplation d'une femme d'abord qui donne la vie, ensuite comment, dans la souffrance, le Fils de Dieu donne sa vie aux fils des hommes qui sont là et le mettent à mort. La dernière donation, le don d'une mère qui donne son Fils à l'humanité, le don d'un fils qui donne sa vie à l'humanité Il y a enfin rempli de délicatesse, le Fils qui au moment même où Il va donner sa vie pour les hommes, donne sa mère aux hommes alors que ces hommes ne le méritaient pas. C'est Jésus qui se tourne vers la Vierge et vers Jean : "Jean, je te donne ma mère, maman, voici ton Fils".
Cette compassion elle est comme une coextension de ce que Dieu veut vivre avec nous. Dieu est aussi intimement lié avec nous qu'une mère peut l'être avec son enfant. Nous n'en sommes pas ici devant un Dieu qui maladroitement aurait voulu créer le monde, nous ne sommes pas dans une vision dans laquelle un Dieu aurait créé des pantins ou des serviteurs qui sont là en train de lui obéir servilement, mais nous sommes dans la découverte et dans la contemplation d'un Dieu qui nous aime comme une mère peut aimer le prolongement de sa chair. La compassion de Marie nous dit aussi profondément la compassion de Dieu pour chacun d'entre nous.
Frères et sœurs, ce dernier moment dans lequel le Fils donne sa mère aux hommes, je crois que c'est une leçon mystérieuse qui n'est pas évidente d'ailleurs à expliquer. D'abord du côté de Dieu, je l'ai dit il y a un instant, c'est la délicatesse de Dieu qui ne veut pas voir sa mère abandonnée, et puis du côté de ce que Dieu veut pour les hommes, c'est aussi de rappeler que c'est Dieu qui nous crée, que c'est Dieu qui nous recrée à son image par le don de sa vie sur la croix, mais en fait, sa mère comme servante, est étroitement associée à cette recréation de notre filiation.
Quand le Christ demande à Jean de s'occuper de sa mère, Il nous demande à chacun d'entre nous qui avons été recréés par le don de sa vie sur la croix, de pouvoir être aussi attentifs et aussi compassionnels dans le sens noble du terme, vis-à-vis de notre prochain qui est aussi dans le mystère même de Dieu notre prochain coextensif à notre chair.
AMEN