L'OFFRANDE DE LA MÈRE
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 2006)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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emme, voici ton Fils". Nous trouvons beaucoup d'œuvres artistiques qui se sont plu à essayer de dessiner ou de sculpter les contours de ce moment où Marie entend la parole de son Fils : "Femme, voici ton Fils", et de ce qui suit ensuite, lorsque après avoir vu son Fils mourir sur la croix, la tradition se plaît à montrer Marie qui reçoit le corps de son Fils Jésus. Vous le savez, une des plus célèbres représentations de ce mystère se trouve à la Basilique de saint Pierre de Rome, la piéta de Michel-Ange. Cette piéta n'en est qu'une parmi de nombreuses autres représentations, comme aussi celle des tableaux, vous en avez une représentation sur cette icône, comme encore le très beau tableau de Gaudion, où Marie dessine avec ses bras la croix d'où son Fils vient d'être descendu, ce Fils structurant la position de tous les personnages, autour de lui, déstructuré. Pour notre région encore, il y a la célèbre Piéta de Villeneuve-lès-Avignon, cette femme habillée de noir avec à la fois un visage douloureux et pourtant recueilli, et ce Fils offert.
Je suis souvent frappé dans ces représentations des piétas, d'un élément essentiel, comme nous le faisons dans cette fête, nous compatissons avec Marie à la douleur qu'elle a pu vivre, mais surtout, à la douleur aussi de son Fils, dans la souffrance, la Passion et la mort. En somme, Marie n'arrête pas le regard sur elle dans ces œuvres, mais elle est souvent représentée comme à la fois tenant son Fils mort, et pourtant comme l'offrant, en même temps aux regards du passant. A tout homme de bonne volonté, qui s'arrêtant sur le chemin serait touché par la douleur de la mère, et comprendrait intimement le drame qui s'est opéré dans la contemplation d'une mère qui perd son fils. Quand Marie n'arrête pas les regards sur elle mais qu'elle donne à nouveau son Fils, elle semble accomplir un geste d'offrande au même titre que lorsque l'on va présenter le pain et le vin, nos pauvres offrandes humaines, elles vont être appelées à devenir le Corps et le Sang du Christ. C'est toute la réalité de ce corps, de ce Fils de Dieu inscrit profondément dans notre humanité, de cette chair bafouée et torturée qui est offerte à nouveau encore par la mère pour que le don de la vie soit fait à tous les hommes. Lorsque Jésus dit à sa mère : "Femme, voici ton Fils", il ne fait pas de doute que pour la tradition de l'Église, Marie a toujours représenté de manière achevée, le visage de l'Église, le visage d'une mère, non seulement capable d'enfanter dans les eaux du baptême, mais capable encore aujourd'hui d'offrir en offrande désormais à toute l'humanité, dans ce sacrifice non sanglant la croix qu'est l'eucharistie, le pain de la vie descendu du ciel et le vin de la vie qui réjouit le cœur de l'humanité.
Aussi, cette fête de la compassion nous fait comprendre à quel point tout homme peut être à l'instar de la vierge Marie, appelé à vivre ce don et cette offrande et à être ainsi configuré compassionnellement à toute offrande dans le monde. A tout homme qui souffre et qui meurt, et a porté ce regard d'espérance et cette compassion pour tous les hommes, afin que tout cela ne reste pas vain, mais soit compris dans la lumière du petit matin de la résurrection, parce que Marie a tenu dans la douleur et la souffrance, confiance et espérance, et elle est devenu encore plus mère dans cet acte même de réception du corps de son Fils et de la réception de toute l'humanité à travers saint Jean, fils, qui devient ainsi le premier signe de tout homme appelé à être enfant de Dieu et de reconnaître l'Église comme une père. En effet, être mère est une belle chose, c'est donner la vie. Mais une mère qui perd son enfant aurait pu se replier sur sa douleur et sur sa souffrance. En faisant de Marie le signe d'une mère Église, Jésus confie à sa propre mère toute l'humanité blessée, à qui elle doit s'ouvrir et donner à nouveau la vie. Ainsi Marie devient encore plus mère en ne se laissant pas enfermer dans sa détresse, mais en s'ouvrant à toutes les autres détresses.
Que nous aussi, dans les douleurs de notre existence, dans des événements parfois qui semblent être marqués par la mort, dans des choses que nous vivons qui peuvent être terribles et douloureuses, comme Marie, nous sachions ne pas nous enfermer sur notre douleur, mais au contraire, nous ouvrir encore plus pour vivre profondément le don généreux dont la maternité est le signe et dont l'acte d'offrande est la consécration.
AMEN