CONSENTIR AUX ARRACHEMENTS
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 2005)
Homélie du Frère Yves HABERT
|
I |
l se passe dans l'évangile comme une multitude d'arrachements pour la vierge Marie. Premier arrachement de voir la naissance de son Fils? Beaucoup de femmes traversent une sorte de mélancolie de voir que quelque chose de soi, cet enfant qu'elles ont porté pendant neuf mois, s'en va, là en plus, il y a la menace d'Hérode, il y a ce climat de méfiance, ce premier arrachement. Il y a l'arrachement à douze ans, quand Jésus dit qu'il lui faut être aux affaires de son Père. L'arrachement adulte, quand Marie vient avec la parenté de Jésus en disant qu'il avait perdu le sens. C'est plutôt eux qui avaient perdu le sens, que de vouloir rattacher Jésus à sa parenté. Tous ces arrachements de la première enfance, de l'adolescence, de l'âge adulte, cet arrachement aussi des noces de Cana : "que veux-tu femme ? Mon heure n'est pas encore arrivée". Et cet arrachement ultime : il lui faut laisser partir son Fils, mais il faut aussi reconnaître son Fils, reconnaître son Dieu.
J'ai toujours résisté à du pathétique que je dirais, inutile. L'évangile nous montre autre chose. L'évangile nous montre qu'elle se tenait debout. Elle n'est pas effondrée, il n'est pas précisé dans l'évangile qu'elle est tombée en pamoison, comme dans un salon du dix-huitième, non, elle est debout. Elle a à recevoir l'ultime leçon de catéchisme, elle a à recevoir encore pour mille ans, comme dit l'Apocalypse, elle a à recevoir l'ultime vérité de cet amour de Dieu qui se manifeste dans son Fils. Elle a à contempler, elle a à ouvrir les yeux, elle a à recevoir tout ce qui doit être encore dit : " au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu, Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui tout a été fait, il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas accueilli. Mais à ceux qui l'ont accueilli, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu". Elle a à recevoir toute la profondeur de ce mystère du Verbe qui tout à coup devient silence. Elle a à recevoir beaucoup, mais elle a aussi paradoxalement, je crois, si l'on va jusqu'au bout, elle a aussi à donner beaucoup à ce moment-là. Je crois que le Seigneur a besoin d'elle à ce moment précis. Il a besoin d'elle non pas simplement comme un fils a besoin d'une mère, mais il a besoin d'elle, il a besoin de sa foi, il a besoin de sa charité, il a besoin qu'il y ait cette manifestation sur le calvaire, de cette ardente charité.
Marie, c'est l'accompagnement nécessaire. Le Christ est la mélodie sur tout l'évangile, mais Marie était l'accompagnement nécessaire, elle est ce "oui" qui s'est décliné à travers tous ces arrachements auxquels je faisais allusion tout à l'heure, et jusqu'à cet ultime arrachement. Le Christ a besoin encore une fois, du consentement de cette femme. Il a besoin encore une fois pour s'en nourrir : "ma nourriture, c'est la volonté de mon Père", Il a besoin qu'il y ait le consentement d'une créature au pied de la croix. C'est peut-être cela la grandeur de ce "oui" qui est prononcé, cet ultime consentement qui dit aussi la valeur de chacun d'entre nous, la valeur de tous nos consentements, jusqu'à l'ultime.
AMEN