CONSENTIR A L'AMOUR

Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

ette relation entre la mère et le Fils nous oblige à un immense respect, comme à une pudeur. Nous ne pouvons que baisser les yeux à la fois devant l'intensité de la douleur qui les unit, et devant l'enjeu qui se dessine pour tous les hommes, car cette première relation entre la mère et l'enfant, entre la mère et le Fils, appelle à elle toutes les autres relations d'hommes qui voyant dans la douleur du Fils le Salut définitif que Dieu a opéré pour nous. C'est pour cela qu'au pied de la croix, il y a Marie, celle qui reçoit, celle qui témoigne, celle qui souffre avec, et puis à côté, il y a Jean, qui, comme à notre place, reçoit ce témoignage, ce don que Dieu fait de sa personne.

Quelle est la souffrance de Marie ? La souffrance de Marie, c'est cette impuissance à se substituer à son Fils. Cette souffrance que les mères connaissent lorsque leur enfant souffre, de ne pouvoir souffrir à sa place, prêtes à offrir leur vie à la place de l'enfant. Cette impuissance de voir l'autre souffrir plonge Marie dans une souffrance qui la partage, qui la tue, qui la brise.

Et pourtant d'ailleurs Marie, contrairement à Marie-Madeleine, ne le retient pas. La souffrance de Marie est d'accepter que le Fils aille jusqu'au bout de la mort, de son agonie, elle le tient, elle le soutient, mais ne le retient pas. C'est là qu'elle accomplit comme à l'avance ce consentement, elle le dessine ce consentement à l'amour de Dieu. Ce qui est vu dans ce spectacle insoutenable qu'est la souffrance du Christ, et celle de Marie qui l'accompagne, c'est justement que nous devons consentir à ce que quelqu'un a pris notre place, que quelqu'un a souffert et que nous n'y sommes pas. Il y a dans cette intensité une obligation de contemplation. C'est une fête qui se reçoit les mains vides, qui se reçoit presque à genoux, comme une prière, et qui se situe sur ces hauteurs impossibles à prévoir à l'avance, qui sont les hauteurs, cette montagne où Dieu dit tout de Lui, ne cache plus rien de ce qu'Il est, presque un au-delà du Buisson ardent. Il y a Dieu qui, page après page, aurait dévoilé quelque chose de ce Salut qu'Il a voulu offrir aux hommes, et là au pied de la croix, la dernière page est écrite, celle qui termine le livre des souffrances des hommes, Il donne sa vie afin de sauver l'homme.

C'est cela qui nous est demandé, de recevoir, de méditer. Et nous ne pouvons pas imaginer que nous étreindrons ce mystère en une seule fois. A chaque moment de notre vie, les moments les plus difficiles d'ailleurs, quelque chose de ce mystère naît en nous, nourrit notre foi en Dieu, et appelle notre consentement à être autant aimé. Nous ne pouvons pas imaginer que nous pouvons en un seul mouvement consentir à tant d'amour, car le consentement à l'amour provoque en nous une sorte de surprise, d'étonnement, mais aussi une impossibilité d'en comprendre la largeur, la longueur et la hauteur. Et cette impossibilité qui se dessine devant nous, nous oblige à aller toujours de l'avant et à méditer, à recevoir. C'est pourquoi des traditions non évangéliques ont associé d'autres personnages à ce moment de la croix, à cette agonie ultime du Christ sur la croix. On y associe, ce soldat romain qui vient recevoir une goutte de sang, et c'est pour dessiner qu'il y a une sorte de méditation profonde proposée par ce mystère, par cette fête, à chacun d'entre nous, qui goutte après goutte, comme le disent les poètes, recevons non pas le goût du sang mais le goût de la vie.

Qu'en entrant dans ce mystère sur la pointe de notre âme, sur la pointe des pieds de notre âme, nous puissions avec respect, avec foi, y discerner le don de l'amour de Dieu.

 

 

AMEN