LA SOUFFRANCE DU CHRIST, OUVERTURE A LA COMMUNION
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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'est toujours pour l'Église, une grâce de célébrer la Vierge Marie lorsque nous trouvons dans l'évangile ce qui a trait à la fête que nous célébrons. Nous aurions pu choisir pour cette fête de la Compassion de la Vierge Marie, aussi ce passage de l'évangile de Luc où il est dit : "Un glaive de douleur transpercera ton âme". Cette prophétie de Siméon, c'est ce que nous avons entendu en écho lorsque l'évangile que nous venons de proclamer de saint Jean, Jésus meurt sur la croix, et Marie est au pied de la croix. Il est presque évident, à moins d'une sorte d'inhumanité qu'une mère soit touchée par la mort de son fils, surtout quand elle assiste à cette mort si horrible, si difficile, du sacrifice de la croix. Il est vrai que cette fête de la Compassion de la Vierge Marie nous fait saisir à quel point Marie se trouve même avec toutes les grâces dont elle a été la récipiendaire, se trouve parfaitement humaine face à la douleur et à la souffrance. Elle n'est pas dispensée de voir le spectacle de son Fils souffrant, elle n'est pas excusée par une quelconque grâce de ne pas pleurer, elle est là, elle souffre en silence, et certainement, elle pleure. Cette fête de la Compassion de la Vierge Marie, pourrait si on en restait là, nous apparaître presque mortifère. Il est vrai que notre manière de réagir lorsque nous-mêmes nous connaissons ou sommes appelés à connaître la souffrance, nous fait faire une expérience que :la Vierge Marie a peut-être partagé. C'est que face à la douleur, face à la souffrance ou à la détresse, nous restons seuls. Personne semble-t-il ne peut consoler, celui qui souffre au plus profond de lui-même, que ce soit une souffrance physique, ou une souffrance morale. On se retrouve seuls face à une certaine déréliction. On pourrait en rester effectivement à cet aspect-là et dire qu'ensuite, il est normal qu'une mère voyant mourir son fils souffre et en reste isolée dans cette souffrance. Pourtant, cette fête de la Compassion de la Vierge Marie me semble remplie d'espérance, une espérance inattendue, parce que ce que vit Marie est comme transfiguré par l'acte que Jésus pose pour elle. Jésus aussi est seul en mourant sur la croix. Nous nous souvenons qu'Il va jusqu'à dire : "Père, pourquoi m'as-tu abandonné ?" Et même si c'est le commencement d'un psaume qui finit bien dans les derniers versets, Il fait cette épreuve de la solitude. Mais, Jésus n'est pas enfermé dans sa souffrance ni dans la solitude. Pour preuve, Il parle et dit une chose importante. Voyant sa mère, Il dit : "Mère, voici ton Fils". Et à l'apôtre Jean, Il dit : "Voici ta mère". Il ouvre une relation entre bien sûr, lui et sa mère qui existe et qui est face à Lui, mais Il ouvre une relation à sa mère face à ce Fils, face à l'autre. Il établit au cœur même de sa mort et de son sacrifice, Il établit une relation ou mieux encore, une communion, parce qu'il ne s'agit pas de relation superficielle, mais bien d'une engagement pour Marie à être plus que la mère du Fils de Dieu, mais à être la mère de tous les enfants de Dieu, et au fils, à reconnaître dans la maternité de Marie ce visage de l'Église, qui, si elle est bien la nouvelle Eve, n'est pas fait pour autre chose que la communion. Le mot "ecclesia" nous rappelle que c'est un appel à vivre la communion.
Oui, dans ces cas-là, la compassion de la Vierge Marie dépasse nos actes même les meilleurs que nous mettons sous les mots "sympathie", souffrir avec, ou encore "empathie" puisque cette relation qui s'ouvre à partir de la souffrance solitude de Jésus, c'est une communion, et une communion qui du coup peut nous faire dire avec l'apôtre saint Paul : "Qui nous séparera de l'amour du Christ ?" Jésus n'a pas été séparé de l'amour de son Père et Il n'a pas voulu que sa mort sépare les hommes les uns des autres. S'il est bien celui qui nous a aimés jusqu'à mourir sur une croix, Il ne l'a pas fait, mais pour nous. Il le met directement application en donnant Marie comme mère à ses enfants. C'est donc véritablement une grâce pour l'Église que de célébrer une fête de la Vierge Marie dont l'évangile nous rappelle ainsi son rôle et la signification, c'est que dans chacune de nos eucharisties, nous ne sommes pas appelés à autre chose, au-delà de nos enfermements, de nos souffrances et de nos solitudes, à la relation ou mieux, à la communion.
AMEN