ELLE EST DEBOUT !
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 2000)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ujourd'hui c'est une fête à l'ombre de la Croix. Hier nous avons médité avec le Frère Daniel sur le fait que la Croix nous introduit de manière privilégiée à cette gloire que Dieu veut pour nous.
Ce n'est pas pour amoindrir la célébration la Compassion de la Vierge Marie, mais plutôt une mise en lumière différente projetée sur le mystère de la Passion de Jésus que cette fête a été instituée. Au contraire, elle nous permet de vivre ce qui se passe sur la Croix et autour de la Croix.
Comme l'évangile nous le rapporte, il y a plusieurs personnes autour de la Croix, et en particulier le visage de Marie, le visage d'une mère dont on comprend la souffrance et la difficulté, car une mère qui a donné la vie a du mal à voir Celui qui meurt sur la Croix et qui est de sa propre chair. Il y a un lien indéfectible entre Marie et Jésus, qui ne peut être coupé. Il est d'abord d'ordre biologique ou physique, mais il est aussi profondément lié à tout ce que Marie a pu donner et transmettre à son Fils Jésus. La mort est toujours vécue comme une séparation. Dans l'expérience de Marie c'est ce qui coupe les liens les plus vitaux qui existent entre elle et son Fils. La mort semble arrêter tout ce qui a été tissé tout au long d'une vie, pour elle, la mort n'est pas seulement du côté physique, comme d'ailleurs pour tous les hommes. Il y a une fin qui s'inscrit dans la mort, ne sorte de distance qui fait comprendre combien la douleur est encore plus vive, car elle rend impuissant devant la séparation imminente. Devant la mort de son Fils en Croix, la souffrance de Marie va au-delà de la séparation. Au regard des hommes la cassure est bien là, mais au regard de Dieu se tisse à ce moment-là un lien bien plus profond, une Alliance fondamentale entre Jésus et Marie, et entre Jésus et tous les hommes. A l'instant où Celui qui est l'auteur de la Vie, le Créateur de toutes choses, Lui qui n'est pas fait ni pour souffrir ni pour mourir, à cet instant Dieu dans l'humanité de son Fils exprime sa plus grande proximité avec touts les hommes. En Jésus, Il partage le sort de l'humanité tout entière, sort que connaîtront tous les humains, la mort, et parfois la mort précédée de la souffrance.
Jésus établit en mourant un lien avec toute humanité souffrante et vouée à la mort. Dans cette fête de la Compassion de la Vierge Marie, il y a une autre façon pour Jésus de se rapprocher de chacun des hommes, et même de sa Mère. Lorsque nous-mêmes nous souffrons, physiquement ou psychologiquement, nous avons l'impression d'être seuls au monde, et il est vrai que ceux qui souffrent sur leur lit d'hôpital peuvent paraître bien plus atteints que ce que le Christ a pu souffrir sur la Croix, c'est ce qu'ils pensent et disent : "Lui, sa souffrance n'a duré que quelques heures et moi ...!" L'isolement et la coupure du monde qui nous entoure se vérifie à l'intérieur de la souffrance et face à la mort. Or, dans sa mort, Jésus a refusé cette coupure, au contraire, il l'a rejointe dans le mal de la souffrance, dans la conséquence du péché qu'est la mort. C'est dans la souffrance et la mort que l'Amour de Dieu et sa miséricorde nous rejoignent le plus profondément, et Marie n'y échappe pas, sa souffrance de mère ne disparaît pas, mais elle est rejointe par la souffrance et la mort même du Dieu de la Vie.
Il y a là pour nous une vision toute particulière de cette fête de la Compassion de la Vierge Marie. Elle devient l'icône de ce que Jésus lui donne comme mission : être mère, et c'est la vocation et la mission même de l'Église. Non pas mère de gens beaux, intelligents, parfaitement adéquats avec la règle de n'importe quel acte ou phénomène religieux, fut-il catholique, mais elle est mère de tous les hommes appelés à connaître dans leur vie la souffrance et la mort, pour qu'ils ne se retrouvent pas isolés mais au contraire tirés dans ce dynamisme et ce mouvement d'amour auquel Jésus veut faire participer tous les hommes. On peut alors comprendre mieux pourquoi l'Église est mère de ceux qui sont les plus pauvres, et qui a donné à une certaine époque cette expression d'un engagement plus particulier : l'option préférentielle pour les pauvres. Mère de ceux qui souffrent, abandonnés ou malades, car elle exprime de cette façon la nécessité qui prévaut pour l'homme, c'est de vivre une Alliance de Salut. Or, le salut ne peut exister que si l'on a besoin d'être sauvé, au moins que le chrétien est fait pour être sauvé.
Ce mystère de Compassion, ce mystère d'Amour de la Vierge Marie nous devons apprendre à la recevoir et à le vivre comme le mystère de notre Salut.
AMEN