COMPASSION, MYSTÈRE DE COMMUNION
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassion de la Vierge Marie - (14 septembre 1999)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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lle est debout près de la croix, seule au plus haut de la douleur".
C’est ce que nous chantons dans le Stabat Mater qui a été l’hymne d’ouverture de notre célébration, cela pour commémorer la compassion de la Vierge Marie. C’est un grand mystère que celui de cette compassion, mais peut-être qu’il faut l’approfondir, parce qu’au premier abord, la compassion comme le signifie le mot, c’est "souffrir avec", dans la passion même, et c’est pour cela que Marie s’associe à la souffrance de Jésus qui meurt sur la croix. Cela dit, en somme rien de plus normal. Une mère digne de ce nom ne souffrirait-elle pas de voir son fils mourir ? Est-ce qu’une mère voyant la douleur et la souffrance qui déchire le corps de son enfant ne ressentirait pas au plus profond d’elle-même, dans ses entrailles la douleur et la souffrance de son enfant ?
On pourrait dans ces cas-là poser la question, Mais je crois que le mystère de la compassion de la Vierge Marie est plus large que de dire : Marie souffre avec son Fils. Pas simplement parce qu’il y aurait des rites ou des mérites à souffrir ou à ne pas souffrir par rapport à son Fils qui meurt, mais parce que la souffrance de Marie, sa compassion, peut nous ouvrir à une réalité qui au premier abord semble paradoxal : cela nous ouvre à la communion.
Le mystère de la compassion est un mystère de la communion, et chaque chrétien est appelé en célébrant aujourd’hui ce visage de la mère du Christ qui meurt en croix, à une communion profonde. Le texte de l’évangile que nous avons entendu, très court, recèle en fait le secret même de cette fête. Quand vous en faites l’expérience, quand nous souffrons, nous avons l’impression d’être seul au monde, "elle est debout près de la croix, seule au plus haut de la douleur". La souffrance, la douleur, ça enferme. Quand profondément, nous sommes atteints dans notre corps et parfois plus encore dans notre cœur, dans notre esprit, nous avons l’impression qu’aucune consolation n’est possible. Rien ne semble pouvoir atteindre le cœur de celui qui souffre : la première réaction c’est de se replier, c’est de penser qu’effectivement nous sommes désormais tout seul ! Et je crois que c’est vrai la souffrance et la douleur sont impartageables. Mais voilà. Qui ou quoi pourrait nous séparer de l’amour du Christ ? On pourrait répondre : la souffrance, la douleur, peuvent en premier lieu nous séparer de l’amour du Christ. Dire à quelqu’un qui souffre : "le Christ a souffert pour vous" cette personne peut répondre : "Je n’en ai rien à cirer, c’est moi qui souffre !" La Vierge Marie justement accomplit profondément cette parole de saint Paul aux Romains : "Rien ne peut me séparer de l’amour du Christ". Et c’est cela le mystère de la compassion, la mort de son Fils, la douleur et la souffrance auraient pu séparer Marie de l’amour du Christ, elle n’était pas dispensée de la foi, elle n’était pas dispensée de la confiance et de la fidélité à Dieu, et le dessein de Dieu est quand même incompréhensible, le Fils de Dieu, du Dieu vivant éternel et Tout Puissant mourant sur une croix, son Fils Jésus, cela peut séparer de l’amour de Dieu. Et le vrai mystère de la compassion, c’est que même là, Marie n’est pas séparée de l’amour, et je reviens à l’évangile, par ce que le cœur de Marie est obligé de s’ouvrir à la souffrance de son Fils et à la souffrance de ceux qui aiment son Fils, le visage le plus typique en étant l’amour de saint Jean pour Jésus. Et de saint Jean aussi, nous pourrions chanter : "il est debout près de la croix, seul au plus haut de la douleur". Quand on aime, peu importe que l’on soit parent, ami ; époux ou autre chose, l’amour c’est ce qui bouleverse le cœur et Marie n’était pas seule à souffrir au pied de la croix. Et voilà que Jésus ouvre à la compassion : "Femme, voici ton fils. Voici ta mère". A partir de cet instant, l’un pour l’autre sont porteurs du don de Dieu et de son amour, l’un pour l’autre sont le reflet de ce que saint Paul décrit : nous devenons l’image du Christ qui n’oublie pas et qui ne s’enferme pas lui-même dans la douleur puisqu’il s’ouvre perpétuellement aux autres comme il s’ouvre à son Père : "Père, pardonne-leur". (Aux autres) "Père entre tes mains je remets mon Esprit", au Tout-Autre, à son Père. Et c’est ce qu’il propose à Marie, c’est ce qu’il propose à saint Jean, c’est que cette souffrance et cette douleur qui pourraient nous replier et nous enfermer, qui pourraient même à la limite nous faire douter ou nous faire croire que nous sommes séparés de l’amour, cette souffrance n’est que le lieu et le creuset où l’or se purifie.
Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, en célébrant Marie, mère de toute compassion nous sommes appelés nous-mêmes à avoir cette ouverture du cœur malgré notre souffrance et malgré notre détresse, cette ouverture du cœur au visage de l’autre, non seulement de ceux qui souffrent mais aussi de ceux qui se réjouissent, mais surtout que cette ouverture du cœur nous permette de dire que dans le don qui nous est fait, il y a encore pour nous une possibilité de réponse.
Et si Marie avait dit non à la proposition de son Fils, en disant à sa Mère : "Voici ton fils", nous n’en serions pas là où nous en sommes... Nous serions nous-mêmes incapables aujourd’hui, non pas comme si la douleur ou la souffrance n’existaient pas, mais de dire au cœur même de cette douleur et de cette souffrance que la compassion est possible, autrement dit, que l’amour peut avoir le dernier mot.
AMEN