LE LIEN D'AMOUR DU FILS ET DE SA MÈRE
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassionde la Vierge Marie - (14 septembre 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ette fête de la Compassion de la Vierge Marie s'inscrit dans le mystère même de la Pâque du Seigneur, dans sa passion qui, au bout de trois jours après sa mort l'amènera à ressusciter. Mais contrairement à ce qu'ont dit certains penseurs, il n'y a pas, dans le Christ, de pirouette pour se dire que, trois jours après sa mort Il ressusciterait malgré sa mort car le Christ s'étant inscrit profondément dans notre humanité par son Incarnation, a réellement souffert la Passion, la souffrance et la douleur.
Mais au pied de ce signe de déréliction qu'est la croix, il y a pour le Christ une certaine consolation, si consolation il peut y avoir, c'est celle de voir les êtres qui L'aiment. Il me semble en effet que quand quelqu'un souffre profondément avoir à côté de lui ceux qu'il chérit et qui l'aiment profondément permet de saisir davantage le lien qui peut nous unir aux êtres chers. C'est pourquoi ceux qui aiment et qui voient souffrir leur amour, peuvent connaître aussi profondément cette douleur qui envahit celui que l'on aime. Ce n'est peut-être pas de l'ordre de la douleur physique mais de la douleur morale mais plus profondément cette espèce d'incapacité et d'impuissance à pouvoir soulager réellement celui qui est atteint dans son corps et dans son âme.
Et pourtant il y a consolation car il y a vraiment, dans ces cas-là, compassion. Seul l'amour peut nous aider à saisir le lien entre Marie et Jésus, entre Jésus et Jean et entre Jean et Marie. C'est cette capacité de se laisser affecter par la douleur de l'autre et d'autant plus douloureuse qu'elle nous laisse sans mots, sans capacité de soigner, de guérir, de soulager. Le mystère de la Compassion de la Vierge Marie nous fait saisir à quel point ce qui nous permet aujourd'hui, dans l'Église, de dire qu'on puisse être attentif au pauvre ou à celui qui souffre, c'est ce lien d'amour qui nous permet de compatir.
Ainsi tout ce qui, pour nous, semble être de l'ordre de la charité, c'est profondément de la charité c'est-à-dire de l'amour. Dans ces cas-là, il ne faut pas nous laisser égarer et penser que l'on fait la charité, mais il faut être charité Il ne faut pas croire que l'on a de la pitié pour les gens, mais il faut réellement les aimer et c'est à ce titre là qu'on pourra, réellement, compatir à ce que vivent et à ce que sont les gens. Ainsi le visage même de Marie nous apprend ce mystère d'amour et ce mystère unique de lien entre son Fils et Elle. Il me semble qu'il y a quelque chose d'inattendu au pied de la croix. Marie a donné naissance à Jésus, elle a donné la vie à Celui qui est le Vivant, le Fils de Dieu, Celui qui est dès l'origine Siméon lui avait prédit qu'elle aurait le cœur transpercé, mais Jésus renverse et bouleverse même l'ordre des choses au pied de la croix. En regardant ceux qui sont au pied de la croix, Jean et Marie, Il les appelle à la vie, Il les appelle à un changement dans leur cœur, non plus à s'arrêter à la douleur, à la mort ou à la souffrance, mais à être désormais, pour les hommes, pour l'Église, signe de sa vie, signe de son amour et du don qu'Il fait sur la croix. En effet Jésus voyant sa mère, malgré la souffrance, Il regarde au-delà de Lui-même. Il dit : "Femme, voici ton fils ! Et portant un autre regard sur le disciple bien-aimé, Voici ta mère !" Il change tout le mystère de compassion, tout le mystère de la douleur, en un mystère de vie et d'amour. Marie devient le signe de cette Église qui, aujourd'hui, doit continuer à compatir pour engendrer à la résurrection, à la vie éternelle tous ceux qui doivent passer des ténèbres à l'admirable lumière du Seigneur, de la mort à sa vie. Et nous tous, comme saint Jean, nous pouvons croire encore aujourd'hui que Marie reste ce signe par excellence de la compassion, cet archétype du mystère d'amour qui doit remplir chacun de nous pour les hommes qui souffrent, et qui malgré tout, parce que cette espérance est inscrite en nos cœurs, sont appelés au-delà d'eux-mêmes à la vie. C'est ce que Marie nous livre aujourd'hui. Elle est à ce titre réellement mère, elle peut comprendre la douleur et la compassion de chacun et elle reste la plus belle manifestation de ce que doit l'Église qui aime les hommes parce qu'elle aime Dieu.
AMEN