DEBOUT AU PIED DE LA CROIX
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassionde la Vierge Marie - (14 septembre 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a compassion telle que nous la fêtons en ce jour n'est pas un sentiment humain. Ou du moins elle est plus large, plus profonde, plus féconde que le sentiment humain. Dieu nous donne en ce jour le premier fruit de la charité qu'Il offre par sa croix, la participation non seulement à sa souffrance mais le don de sa gloire. Il a fallu qu'Il choisisse une femme, sa mère, pour prendre chair en elle, pour que cette même chair au pied de la croix, en communiant si intensément à sa souffrance, ouvre le chemin du sens de toutes nos souffrances.
La fête de la Compassion de la bienheureuse Vierge Marie n'est pas simplement une sorte de fait objectif mais une invitation profonde à la contemplation du mystère de l'Église telle que nous la vivons et la vivrons toujours en ce monde. Lieu paradoxal où se vivent encore les souffrances dont pourtant nous avons été sauvés par la mort du Christ et qui gardent leur aspect fécond et qui nous ouvrent déjà la porte du salut.
Dieu avait prévu de tout temps, dans son noble dessein, lorsqu'Il avait inscrit dans la chair des femmes cette faculté de souffrir avec l'enfant, de souffrir dans l'enfant qu'elles ont eu, Dieu avait prévu de révéler, de dévoiler ce qui serait sa façon de nous offrir le chemin de gloire. Déjà naturellement toute mère porte en elle cet élément de compassion mais ce que le Christ apporte c'est cette profondeur théologique, divine, donnée par Dieu, qu'une mère n'aurait pu inventer.
Par Marie nous sommes tous appelés à être incorporés à la Passion du Christ pour en recevoir la plénitude de sa Résurrection et de sa gloire. Et nous avons tôt fait, nous les humains, de caricaturer cette compassion divine en une sorte de sentiment humain, en condescendance. Il ne s'agit pas tellement de se pencher sur, ni de s'émouvoir au contact de, que de vivre avec, que de vivre dans. Notre compassion, cette caricature chrétienne que nous avons fait et qui souvent dénature notre propre message, n'est qu'une pâle figure de ce que le Christ vit avec nous et de ce qu'Il nous invite à vivre dans l'Église. C'est une même communion qui unit la mère et son Fils, c'est une même communion qui unit le Christ et tous ses frères que nous sommes.
Et la compassion se reçoit de Dieu, ne s'invente pas dans son cœur. Elle ne monte pas de la générosité humaine, elle se reçoit comme la foi. Elle se conquiert et se cultive pour rester digne de Dieu, à l'image de ce que Dieu vit avec nous. Méfions-nous de trouver en nous les ressorts de générosité, certes non peccamineux mais qui ont peu à voir avec cette compassion profonde qui est la façon dont le Christ épouse notre vie, épouse nos souffrances, épouse nos peines même si nous ne sentons rien, dans la profondeur de son amour, de son silence. La générosité humaine, ce sentiment humain était peut-être le marche-pied qui pouvait nous aider à comprendre, mais la compassion est de l'ordre de la révélation. Elle nous est donnée à contempler pour qu'en la contemplant nous puissions nous en nourrir et ainsi la vivre.
La compassion c'est un sentiment révolutionnaire pour l'humanité. Permettre aux hommes de vivre les uns avec les autres à cause d'une femme qui vit au pied de la croix et qui reçoit tout de Lui et qui est encore plus mère. Sentiment révolutionnaire qui a permis de briser les vrais ou faux égoïsmes ou les individualismes des personnes humaines les unes avec les autres pour offrir sur un plan plus haut, sur le plan même du cœur de Dieu, cette communion que seul Dieu pouvait offrir.
Alors nous sommes amenés à nous interroger non seulement sur notre propre façon de prendre en charge nos frères et nos sœurs, mais surtout, comme en amont, à nous demander comment, en Dieu, nous avons reçu cette faculté de compatir. Et c'est dans la prière et dans la contemplation de la croix que les saints et tous ceux qui nous ont précédés nous ont si chaudement recommandé, que nous pouvons agrandir notre cœur à ce don de la compassion. Demandons à Marie que ce glaive qui transperce son cœur nous aide à voir la marche de l'Église qui, rassemblant tous ces hommes blessés, les amènera un jour à la gloire de la Résurrection du Christ.
AMEN