MARIE "MÈRE"
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassionde la Vierge Marie - (14 septembre 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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u terme de la vie du Christ, au pied de la croix, Marie est présente. De même elle était présente au début de sa vie, par la maternité de Celle qui a donné au monde le Verbe fait chair. Elle a été nommée et appelée "mère de Dieu." Maintenant, au pied de la croix, par sa souffrance Marie est encore appelée mère de Dieu car elle donne un nouveau caractère à cette maternité, elle "souffre avec".
Nous avons là les tenants et les aboutissants de la présence de Marie vis-à-vis de son Fils. Présence d'enfantement, présence de compassion qu'elle signifie avec une couleur intense et sombre dans ces évangiles qui parlent d'elle et pourtant ces évangiles restent sobres. Aucun mot n'est dit de Marie au pied de la croix. Seul le Verbe, la Parole présente Marie à Jean et Jean à Marie. Dans cet évangile extrêmement concis, nous sommes là au cœur même du mystère de la naissance de l'Église.
L'Église enfante et met au monde ses propres enfants que nous sommes. Mais aussi l'Église, dans un même silence, dans le silence de Marie, souffre avec ses enfants. Elle est mère autant quand elle donne la vie par ses sacrements que, dans un silence apparent, elle accompagne ses enfants dans la maladie, dans la souffrance, dans le désespoir et dans la mort. La maternité de l'Église ne vient pas du fait que nous disons que nous sommes ses fils et que nous sommes nés d'elle, de son côté, du côté ouvert du Christ qui a donné naissance à l'Église. Mais nous sommes aussi ses fils parce que, dans cette communion que nous formons, l'Église participe à la souffrance ultime de Dieu. Et pour donner la pleine image de cette participation, Dieu a choisi la douleur la plus intense qu'une femme peut connaître, celle de souffrir quand son fils va mourir. Je crois que, dans l'expérience humaine, il n'y a pas de souffrance plus grande que celle d'une femme qui voit son enfant disparaître. Et c'est cette souffrance-là que Dieu a choisie pour être le signe de l'intensité, de la profondeur de l'attachement de l'Église à ses enfants.
Nous fêtons aujourd'hui, au lendemain de la croix glorieuse, l'écho de la Passion dans le cœur de Marie ou plus exactement l'écho de la Passion dans le cœur de l'Église. Nous fêtons la fécondité paradoxale et presque insoutenable de la douleur du Christ, la douleur de chaque membre de l'Église. Nous proclamons que cette douleur n'est pas close sur elle-même, qu'elle n'est pas une fin mais qu'elle est ouverte sur la Résurrection et sur la gloire qui est offerte par le Christ et promise à chaque fils de l'Église.
Demandons au Seigneur qu'avec l'intercession de Marie notre Église, notre communauté s'enfonce plus profondément dans ce mystère de compassion auprès de ceux qui souffrent, auprès de nous tous. Qu'elle signifie par là qu'elle est Mère de Dieu, qu'elle est mère pour tous ses enfants et qu'ainsi tout homme peut entendre de la bouche même de Dieu qu'il est appelé à devenir l'enfant de l'Église : "Femme, voici ton fils !"
AMEN