DE LA NAISSANCE À LA CROIX
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassionde la Vierge Marie - (14 septembre 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN
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a vierge Marie est figure de l'Église. La vierge Marie est Mère des frères du Christ dans ce mystère du salut. Cette filiation, entre nous et la vierge Marie, nous est présentée aujourd'hui à travers l'aspect de la souffrance du Christ à laquelle participe réellement sa Mère. Je voudrais méditer avec vous sur le sens de cette filiation entre nous et la vierge Marie, dans ce contexte très précis de l'évangile que je viens de lire. Mais d'abord il faut comprendre de façon juste, et ici ce n'est pas facile parce que le problème est éminemment délicat, il faut comprendre de façon juste l'accomplissement de la prophétie de Siméon à la Vierge : "Un glaive de douleur transpercera ton âme !"
Quel est ce glaive de douleur ? D'abord, de fait, il s'agit de la douleur de la mère recevant dans ses bras son fils qui meurt. Cela, de fait, ne peut pas être négligé. Mais ce n'est pas la pointe, ce n'est pas l'essentiel de l'annonce prophétique de Siméon. Le glaive de douleur qui transperce l'esprit de la vierge Marie, l'auteur de l'épître aux hébreux nous le décrit ainsi : "Vivante est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'un glaive à deux tranchants. Cette Parole pénètre jusqu'aux points de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur. Aussi n'y a-t-il pas de créature qui reste invisible devant elle mais tout est découvert et mis à nu aux yeux de Celui à qui nous devons rendre compte."
La fête de la Compassion de Marie c'est l'accomplissement, dans le cœur, dans l'esprit de la vierge Marie, de la Pâque de son Fils comme Verbe de Dieu, comme Parole de Dieu. Elle a reçu dans sa chair le Christ pour le donner au monde. Le Fils donne à sa Mère sa Pâque pour que celle-ci puisse achever le mystère dont elle est porteuse depuis son immaculée conception. La Vierge ne connaît pas la souffrance en lien direct avec le mal qu'elle ne commet pas, mais elle connaît et vit la souffrance en lien direct avec le mystère du salut, du pardon et de la guérison, dans sa chair même c'est-à-dire dans sa chair donnée au Christ qui, Lui, lui redonne l'esprit de cette Incarnation qui est le salut. La vierge Marie au pied de la croix a vécu spirituellement, dans toute la profondeur de son être créé car aucune créature ne reste insensible à cette parole de Dieu qui vient comme un glaive blesser notre vie pour y faire la part du feu, c'est-à-dire la part du salut, la part de la Pâque, pour nous faire participer à la Pâque. Et ceci dans les infrastructures les plus profondes de notre être, de notre vie, de notre sensibilité, de notre foi, de notre espérance, de notre charité, ceci qui est donné en image par le jeu d'articulations et de moelles. C'est cela le glaive qui a transpercé la vierge Marie. C'est cette Pâque du Christ qui vient brûler définitivement toute chose et tout être au feu de son amour, au feu de son salut.
Et c'est dans cette vision-là qu'il faut bien comprendre notre filiation avec Marie. "Femme, voici ton fils ! Fils, voici ta mère !" L'apôtre Jean, type de tout apôtre, type de tout disciple, type de tous ces hommes que le Christ aime. "Le disciple qu'Il aimait" mais peut-on dire qu'il y a un disciple que le Christ n'aime pas ? Jean reçoit cette filiation, c'est-à-dire il accepte d'intégrer dans sa vie, par la figure de la vierge Marie qui lui est proposée, cela même qu'est la Parole de Dieu "un glaive qui vient transpercer notre esprit" pour que nous-mêmes nous puissions vivre de la Pâque purifiante, de la Pâque qui fait mourir, de la Pâque qui fait vivre. C'est cela le mystère de la filiation dans la Compassion de la Vierge.
Tant et si bien qu'aujourd'hui, pour nous, il ne s'agit pas de ressentir la compassion de la Vierge de façon trop psychologique, trop affective. Il faut faire attentions parce que ces éléments-là qui sont très forts en nous peuvent voiler de façon grave toute la lumière du mystère intérieur qui nous est proposé dans cet évangile. Pour nous, aujourd'hui célébrer la Compassion de la vierge Marie c'est, parce qu'elle est figure de tout ce que vit l'Église et parce qu'elle est notre Mère, c'est vouloir intégrer dans notre vie, cela même qu'elle a vécu au pied de la croix, cette compassion, cette passion avec cette participation à la Pâque du Christ comme Verbe de Dieu qui vient en nous, diviser, qui vient en nous purifier, qui vient en nous guérir, qui vient en nous faire mourir tout ce qui est du vieil homme, pour que l'homme nouveau qui est le Christ ressuscité.
Voilà me semble-t-il un aspect peu développe, trop peu développé de cette fête. Il s'agit de fêter la souffrance de la Vierge Mère dans la Pâque du Christ et non pas dans nos sensibilités trop acerbes. Dans cette eucharistie, nous allons nous trouver au pied de la croix, près de la vierge Marie. Alors célébrons vraiment ce que le Christ a voulu célébrer dans sa mort et dans cette parole qu'Il a dite à sa Mère et à son disciple, pour que nous aussi, personnellement mais dans la communauté ecclésiale, nous saisissions bien que face à la Parole de Dieu qui prend chair, face au Christ qui meurt et ressuscite dans l'eucharistie, nous ayons cette certitude dans la foi que nulle créature ne peut rester invisible à ses yeux et donc que nous sommes dénudés de tout péché, de tout mal, de toute culpabilité sauvés de toute souffrance pour entrer, dès aujourd'hui dans sa Pâque.
AMEN