L'ACCEPTATION TOTALE
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassionde la Vierge Marie - (14 septembre 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e mystère que nous célébrons aujourd'hui fait référence au rapport de Jésus-Christ, Fils de Dieu à sa Mère. Marie a participé de façon particulière à la souffrance de son Fils et à l'épreuve de sa mort. Ce mystère de la compassion de Marie ne signifie en aucun cas que Marie aurait ajouté je ne sais quel complément à l'action salvatrice du Christ. Non le cœur de notre foi c'est que c'est par la mort de Jésus Christ, et pleinement par sa mort, et uniquement par cette mort et cette résurrection que nous sommes sauvés. L'unique Sauveur, c'est Jésus-Christ. Ce que nous célébrons, c'est la capacité de la liberté humaine de Marie qui, appelée à participer à cette souffrance de son Seigneur, de son Fils et de son Dieu, a accepté d'y entrer librement et totalement. On ne peut pas dire qu'elle nous sauve, ce serait inexact, mais elle participe de façon la plus belle, la plus vraie et la plus entière qui soit au plan humain à la souffrance rédemptrice de Jésus Christ. En elle, sa souffrance n'ajoute rien à la souffrance du Christ, mais sa souffrance devient totalement transparence et grâce au mystère du salut du Christ.
C'est la raison pour laquelle, au moment même où Marie entre librement et totalement dans ce mouvement du Christ qui s'offre et se donne librement à son Père, et parce que Marie entre pleinement dans la Pâque de son Fils que Jésus peut lui dire, du haut de la croix, en lui montrant saint Jean : "Femme, voici ton fils !" C'est dans le cœur de Marie, participant à la souffrance de son Fils, que commence à jaillir le mystère de l'Église comme le lieu où sont rassemblés les fils de Dieu. C'est dans le cœur de Marie participant à la mort, puis à la résurrection de son Fils, que commencent à se déployer pour nous le salut et notre propre participation à la Pâque du Christ. Marie est là pour accueillir Jean comme son fils, Marie est là pour nous accueillir, chacun d'entre nous, comme ses fils.
C'est pour cela que ce mystère de la compassion de Marie est si important. Il désigne le moment où jaillit le mystère de l'Église. L'Église ne naît pas simplement parce que des gens adhéreraient à la foi au Christ, prendraient les mêmes principes de vie, adopteraient les mêmes idées sur Dieu et sur le salut. Ce mystère de l'Église s'enracine dans une personne précise, celle qui a donné sa chair au Fils de Dieu, Celle qui, la plus proche du Christ dans le mystère de sa Pâque, accepte d'être la mère de chacun de ceux qui entrent dans cette Pâque.
C'est pour cela que nous pouvons toujours prier Marie avec cette certitude qu'elle est proche de nous, non pas simplement par l'affection d'une mère, ce qui est tout à fait vrai mais Dieu s'est plu à couler la grâce de l'Église dans la grâce de la maternité divine de Marie. Et lorsque nous la prions, nous la prions sûrement certes comme notre mère, mais nous la prions surtout comme celle que le Christ nous a donnée pour mère. Nous la prions comme ce lieu, cette personne a l'intérieur de laquelle le mystère de l'Église se constitue, à l'intérieur de laquelle, dans sa chair qui a participé à la passion et à la résurrection du Christ, nous sommes là chez nous, dans la présence de Dieu, et prêts, par la grâce de notre baptême, à entrer à notre tour dans le mystère de notre propre pâque.
C'est au moment où le Christ meurt qu'Il peut dire à sa Mère : "Voici ton fils !", qu'Il peut donner à l'Église ce visage qu'Il n'avait cessé de commencer à lui dessiner, à lui tracer tout au long de sa vie terrestre. C'est à ce moment-là que nous trouvons enfin, véritablement, notre demeure. Elle est celle qui nous accueille, à qui nous pouvons dire : "Mère !", mais tout en sachant que son regard et sa présence maternelle n'ont pas d'autre raison d'être, n'ont pas d'autre sens que de nous tourner, chacun d'entre nous, vers la source même du salut, son Seigneur et Notre Seigneur, son Fils.
AMEN