VOICI TA MÈRE …
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassionde la Vierge Marie - (14 septembre 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Bar-sur-Aube : Marie au pied de la croix
|
A |
partir de cette heure, le disciple la prit chez lui." Ce thème de l'heure est d'une grande importance dans l'évangile de saint Jean. Déjà aux noces de Cana, quand Marie demandait à Jésus de venir en aide aux époux qui n'avaient pas suffisamment de vin pour leurs convives, Jésus répond : "Mon heure n'est pas encore venue." Et à plusieurs reprises, au cours des différentes altercations de Jésus avec les pharisiens, il nous est dit : "Ils ne purent pas mettre la main sur Lui, parce que son heure n'était pas encore venue." Et voilà qu'au début de la cène, Jésus "sachant que l'heure de passer de ce monde à son Père était venue" Jésus se lève, prend un tablier et lave les pieds de ses disciples. C'est donc l'heure de Jésus.
Cette heure c'est aussi celle du prince des ténèbres, C'est Jésus Lui-même qui l'a dit quelques jours avant sa passion, juste au moment où Il venait de dire aux grecs : "Si le grain de blé jeté en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s'il meurt il porte beaucoup de fruit".
"Voici venue l'heure du prince des ténèbres." Le verset "à partir de cette heure, le disciple la prit chez lui !" nous révèle que cette heure qui est celle du prince des ténèbres, qui est aussi l'heure de Jésus, est enfin, également l'heure de Marie. D'abord parce qu'elle achève, en quelque sorte de mettre au monde son Fils. Certes, Jésus est né depuis de nombreuses années. Le temps du mystère où elle portait Jésus dans son sein est achevé, mais une mère continue de mettre au monde ses enfants tant qu'ils ne sont pas parvenus à la plénitude de leur vie, tant qu'ils ne sont pas parvenus jusqu'au terme, à l'accomplissement de cette vie. Quand Marie est au pied de la croix et qu'elle voit son fils dans la douleur puis dans la mort, elle l'enfante réellement une deuxième fois.
C'est l'heure de Marie parce que c'est l'heure où s'accomplit sa maternité divine, maternité de joie, mais en ce jour aussi maternité de souffrance, maternité de peine, de douleur. En même temps que Marie achève de mettre au monde son fils, elle est invitée par Lui à une mission nouvelle. Jésus ayant accompli l'œuvre pour laquelle Il était venu, ayant parcouru toute sa route, donne à Marie un autre fils. Prenant saint Jean, prenant le disciple bien-aimé, c'est-à-dire le disciple par excellence, celui en qui se réalise pleinement ce à quoi nous sommes tous appelés, être les disciples bien-aimés de Jésus, Jésus dit à Marie : ''Voici ton fils !" Voici donc que Marie commence une nouvelle maternité, et c'est un autre aspect de l'heure de Marie. Au moment où Jésus meurt sur la croix, Marie devient la mère de Jean, et à travers Jean, la mère de tous les disciples, la mère de tous les frères de Jésus, notre mère à tous. Elle met au monde l'Église. Marie devient ainsi la mère universelle de tous les chrétiens, toujours parce qu'elle est une mère de douleurs. C'est parce que Jésus, du haut de la croix, a fait de tous les hommes pleinement les enfants de Dieu, parce que en donnant sa vie pour eux Il accomplit leur mise au monde spirituelle, véritable, à la vraie vie, que Marie reçoit aussi ce rôle maternel à leur égard. Mère de Dieu, Mère du Fils de Dieu, elle est associée par Lui à la mise au monde de tous ces enfants, de toute cette universalité des enfants de Dieu que nous sommes et que sont toutes les générations des chrétiens qui naîtront aussi de la Passion du Christ, de sa Pâque qui nous donne la vraie vie en nous délivrant de la mort du péché.
Non seulement Marie est mère du Christ, non seulement elle est mère des membres du Christ que nous sommes, mais encore elle communique à l'Église cette maternité. En étant la mère de tous les enfants de Dieu, Marie façonne l'Église, ébauche l'Église et communique ce pouvoir maternel à l'Église, car nous aussi, non pas individuellement mais en tant que nous sommes l'Église, nous recevons, à travers Marie, cette fonction maternelle, cette mission d'engendrer le Royaume de Dieu, car, en nous-même et autour de nous, dans ce même mystère de la Pâque, c'est-à-dire dans cette participation à la croix de Jésus, nous sommes appelés à cet enfantement, à cette mise au monde du monde nouveau. Et c'est ainsi que le mystère de l'heure de Marie, le mystère de cette compassion de Marie, mystère de sa participation à la croix de Jésus, à la participation rédemptrice de Jésus, devient aussi notre propre mystère, à la fois parce que nous sommes le fruit de ce mystère, fruit de la mort du Christ et fruit de la compassion de Marie unie à la mort de son fils, et en même temps nous sommes aussi participants de ce mystère, nous sommes appelés à entrer dans la Passion du Christ à prendre part à la passion du Christ pour son corps qui est l'Église, pour ce corps qui est constitué de nous-même et de nos frères et que, dans notre participation à la souffrance du Christ par nos propres souffrances, nous mettons nous-même au monde, avec Marie et par elle.
Qu'en cette fête de la Compassion nous vénérions d'abord le Christ sur sa croix, nous rendions grâce pour Marie associée si étroitement au salut du monde, et aussi que nous nous sentions investis par cet appel du Christ à participer, nous aussi, au salut du monde, à la rédemption de nos frères, au rachat de tous les pécheurs, au pardon de l'humanité tout entière.
AMEN