MARIE, MÈRE DE L'ÉGLISE
Rm 8, 28+31-39 ; Jn 19, 25-27
Compassionde la Vierge Marie - (14 septembre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Lavaudieu : Piéta
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n saint Jean, dans ce texte de l'évangile, c'est nous tous qui sommes donnés à Marie comme fils, par Jésus sur la croix. En ce jour, c'est le mystère de cette filiation que nous avons par rapport à la vierge Marie que nous célébrons.
Nous pouvons nous demander pourquoi c'est au moment de sa mort sur la croix que Jésus nous donne comme enfants à Marie et qu'Il nous donne Marie pour mère. Pourquoi est-ce dans le mystère de sa Pâque que Marie devient la mère de tous les chrétiens ? C'est bien de cela qu'il s'agit. Intentionnellement, dans son évangile, saint Jean précise : "A partir de cette heure, le disciple (Jean) la prit chez lui", et il ne s'agit pas là d'une notation anecdotique. Cette heure, c'est l'heure de Jésus, cette heure que Jésus avait déjà annoncée à Marie aux noces de Cana, cette heure dont il est dit au début du récit de la cène que "Jésus sachant que son heure était venue". C'est donc au moment de "l'heure de Jésus" que Marie, la mère de Jésus, devient notre mère.
Marie est la mère du Christ dans sa chair. C'est charnellement que Jésus est le fils de Marie. C'est dans sa chair que Marie a porté le Fils de Dieu, elle lui a donné sa propre chair pour être la chair du Verbe de Dieu. Quand Jésus dit à Marie, en lui montrant saint Jean : "Voici ton fils !" nous pensons qu'il s'agit d'abord d'une filiation spirituelle, d'une maternité spirituelle. et en un premier sens, c'est spirituellement que Marie est notre mère, qu'elle va nous engendrer. Mais que cette maternité de Marie à notre égard soit liée à la Pâque du Christ nous invite à aller plus loin. Si Marie devient notre mère, c'est parce que, dans la Pâque du Christ, nous allons devenir véritablement membres du corps du Christ, nous allons devenir réellement participants du corps du Christ qui est l'Église. Et il ne faut pas prendre ici ce mot corps en un sens vague et purement imagé. Nous sommes réellement la chair de sa chair, ou plus exactement nous sommes en train de le devenir. Si l'Église est le corps du Christ c'est parce que réellement, à travers la Pâque du Christ, et à travers notre propre Pâque, nous allons devenir réellement une seule chair avec le Christ. Et ainsi Marie, qui est mère charnelle de la chair de Jésus-Christ, va devenir la mère des membres du corps du Christ, c'est-à-dire de chacun de nous qui sommes véritablement la chair de la chair du Christ.
Ceci va s'opérer à travers la Pâque. Dans sa Pâque, le Christ meurt en portant le péché du monde, en portant la souffrance du monde, en portant tout le mal du monde. Mais le Christ ressuscite en donnant la vie au monde, en donnant une vie nouvelle qui n'est pas prolongation ou reprise de la vie antérieure mais qui est une vie radicalement neuve, la vie de la résurrection à laquelle nous sommes appelés, nous aussi, au-delà de notre propre mort. Quand nous ressusciterons, nous ne ressusciterons pas pour reprendre la vie quittée au moment de la mort, nous ressusciterons pour une vie neuve qui sera la vie même de Jésus ressuscité et nous serons membres, pleinement, de son corps, pleinement vivants, ne faisant plus qu'un avec Lui, dans une continuité aussi profonde, aussi vraie, aussi radicale qu'une continuité physique. Si l'Église est le corps du Christ en devenir, et est parce qu'elle sera éternellement le corps du Christ, réellement, dans un même Esprit-Saint et dans une même chair ressuscitée.
Marie, au moment où sa propre chair meurt sur la croix, nous enfante à cette vie nouvelle dans laquelle, par la résurrection, nous serons réellement membres de la chair du Christ. Cet enfantement de Marie se fait à travers la croix. A travers la croix de Jésus d'abord, qui est le chemin de sa Pâque vers sa résurrection. A travers la croix de Marie qui l'associe étroitement à cette souffrance et à cette mort de son fils, et c'est cela le sens de la Compassion de Marie, de cette passion vécue avec le Christ, de la croix de Marie qui, elle aussi, la conduira à ne plus faire qu'une seule chair ressuscitée et glorifiée avec son Fils, dans le mystère de son Assomption. A travers notre croix à chacun de nous car, quand Marie nous enfante dans la douleur, c'est à travers l'épreuve de notre vie, à travers les souffrances, les maladies et finalement la mort qui nous configurent pleinement, par l'intercession de Marie au Christ souffrant pour être configuré pleinement au Christ ressuscité et pour entrer dans la vie même de Jésus ressuscité, dans la vie de la chair du Christ ressuscité.
C'est dire que toute notre vie chrétienne, et plus particulièrement toute la croix qui est dans notre vie, toutes les épreuves, toutes les souffrances, toutes les maladies, tout ce que nous vivons en union avec le Christ, nous le vivons avec Lui, pour le salut du monde. C'est la rédemption du monde qui s'accomplit dans la chair du Christ, dans la chair de Marie, dans notre propre chair, de telle sorte que même au-delà de cette passion et de cette croix, la résurrection du monde s'opère dans notre propre chair comme dans celle de Marie et dans celle de Jésus.
Telle est la maternité douloureuse et glorieuse de Marie sur chacun d'entre nous et sur l'ensemble de l'Église. C'est pour cela que Jésus, dans sa Pâque, du haut de sa croix, associe Marie au mystère de cette Pâque parce que, elle qui l'a enfanté, va enfanter ceux qui sont les membres de son corps pour que, véritablement nous ne fassions plus qu'un avec Lui, comme Marie ne fait qu'un avec Lui.
Que dans cette fête de la Compassion, nous entrions plus avant dans cette communion avec Jésus dont Marie est en quelque sorte le moyen, l'instrument privilégié. Remettons-nous entre les mains très douces de la mère des douleurs pour qu'elle soit aussi la mère de toute joie.
AMEN