LA CROIX GLORIEUSE
Nb 21, 4b-9; Ph 2, 6-11; Jn 3, 13-17
Exaltation de la Croix - (14 septembre 1987)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Reims : Christ en gloire
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I |
nstruits par le Christ Lui-même qui, dans le passage d'évangile que nous venons de lire, comparait son élévation sur la croix à celle du serpent d'airain par Moïse dans le désert, les Pères de l'Église et la liturgie se sont plu à rechercher dans l'Ancien Testament des figures de la croix du Christ. La liturgie de cette fête en a retenu deux.
Celle que nous venons de lire dans le Livre des nombres rappelle ce qui s'est passé dans le désert quand des serpents "brûlants", c'est-à-dire venimeux se sont répandus dans le camp "à cause du péché d'Israël", nous dirions plutôt comme symboles de ce péché qui dévore et qui détruit. Pour guérir les israélites piqués par ces serpents Moïse a été invité par Dieu à façonner un serpent en airain, en bronze élevé sur un étendard. Et tous ceux qui regardaient ce serpent de bronze étaient sauvés.
L'autre texte se rapporte au combat des Israélites dans le désert contre Amalec, une peuplade hostile qui voulait barrer à Israël la route de la Terre Promise qui est l'image du paradis. Josué dirigeait la bataille pendant que Moïse se tenait sur la montagne avec Aaron et Hur. Moïse tenait les mains élevées en croix vers le ciel et aussi longtemps que ses mains restaient élevées, Josué avait la victoire, mais quant les mains de Moïse retombaient à cause de la fatigue, Amalec l'emportait. C'est pourquoi Aaron et Hur firent asseoir Moïse sur une pierre et chacun, à droite et à gauche, soutenait ses bras en croix, jusqu'à ce que la victoire soit complète.
Que nous apprennent ces deux récits sur la croix du Christ ?
L'image du serpent est très étrange. C'est le symbole des puissances du mal dont la morsure représente le péché ou plutôt les conséquences du péché qui détruit l'homme pécheur. Voilà que pour sauver l'homme de son péché, c'est l'image du mal qui devient moyen de salut si on la contemple. En quoi cela nous annonce-t-il la croix du Christ ? Jésus Lui-même nous saint Paul, "en se faisant péché Lui-même", Jésus ne nous a pas sauvés du haut de sa sainteté, mais en prenant sur Lui notre propre péché. Il s'est fait péché pour nous. De même que pour sauver les israélites de la morsure des serpents Moïse avait façonné un serpent, Jésus s'est fait péché pour nous sauver de notre péché. C'est-à-dire que Jésus s'est identifié à toute notre déréliction. Il a pris sur Lui toute notre malice, toute notre faute, pour que son amour, allant ainsi jusqu'aux extrêmes de ce qui est imaginable, vienne guérir notre plaie, là où elle suppure. Ce n'est pas de l'extérieur que Jésus nous sauve, c'est en se faisant notre semblable, jusqu'au tréfonds du tragique de notre refus, de notre égoïsme et de notre haine. C'est en se faisant semblable à nous d'une façon mystérieuse, car Jésus est amour et en Lui il ne peut rien y avoir de semblable au péché, que Jésus s'est fait péché pour nous sauver de notre péché C'est cela le premier versant du mystère de la croix, cette mystérieuse identification du Christ à l'homme pécheur, cette mystérieuse prise, par le Christ, sur ses propres épaules, de notre péché afin de nous en délivrer.
L'autre versant est symbolisé par Moïse en prière sur la montagne, les bras étendus en forme de croix et assurant la victoire de Josué sur Amalec. Amalec qui s'opposait à la marche d'Israël symbolise aussi les puissances du mal et Josué, victorieux d'Amalec, c'est l'Église, c'est Jésus. Moïse a assuré cette victoire en montant lui-même sur la croix. C'est dire que Jésus nous associe à sa croix. Il nous fait participants de son sacrifice. Lui-même s'est identifié à nous pécheurs, et nous qui sommes pécheurs, Il nous identifie à Lui le Sauveur. Moïse participe, par avance, à la croix du Christ en montant sur la montagne pour étendre les bras en forme de croix, pour porter le poids de ce péché de cette bataille. C'est pour cela que ses bras fatigués retombaient. Aaron et Hur soutenaient les bras de Moïse comme les bras de la croix soutenaient les bras de Jésus. Ainsi Moïse participe, par avance et de façon figurative, à l'œuvre de salut du Jésus en croix, annonçant que, nous aussi, nous serions associés à cette œuvre de salut. En effet, tout ce que nous vivons d'amour, tout ce que nous vivons d'offrande, tout ce que nous vivons de sacrifice peut s'unir au sacrifice du Christ, à l'amour du Christ, à l'offrande du Christ pour le salut du monde. C'est cela que nous célébrerons particulièrement demain en la compassion de Marie qui, au pied de la croix, a uni sa souffrance à celle de son Fils, pour le salut du monde, préfigurant ainsi ce que toute l'Église et chacun de nous peut faire : unir nos souffrances à celles du Christ pour notre salut et celui de nos frères.
Ainsi, dans un sens comme dans l'autre, c'est une identification qui s'opère par la croix entre le Christ et nous. Il se fait pécheur comme nous et même péché mystérieusement et Il nous fait sauveurs comme Lui en nous associant à son œuvre de salut.
Rendons grâce au Seigneur qui nous a tant aimés.
AMEN