LIVRÉ ET ÉLEVÉ

Nb 21, 4 b-9

(14 septembre 2005)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Auzon : Christ roman

F

rères et sœurs, nous célébrons dons aujourd'hui la fête de l'exaltation de la sainte Croix, de la glorification, du triomphe de la sainte Croix de Jésus.

Pour comprendre les textes que nous venons de lire, il faut nous mettre en face de cet événement fondamental : Dieu nous a créé par amour et pour que nous entrions dans son amour, pour que nous soyons heureux, parce qu'il n'y a pas d'autre bonheur que celui d'aimer. Le péché, c'est le refus de cette proposition que Dieu nous fait, c'est le refus d'entrer dans cet amour de Dieu, de se laisser envahir par cette puissance d'amour.

C'est pourquoi le péché est comparé dans le premier texte que nous écoutions à ces serpents. Le péché est comme une serpent venimeux, qui, quand il nous mord, nous brûle intérieurement, nous détruit comme un feu, et c'est pourquoi ces serpents sont dits brûlants, et leur morsure provoque la mort. C'est un symbole pour dire que la morsure du péché provoque la mort de notre cœur parce que sans amour il n'y a pas de vie.

Comment nous sauver de ce péché, comment nous sauver de ce refus d'amour, comment nous rétablir dans ce désir de Dieu pour que nous soyons heureux en entrant dans son amour ? Ce texte très ancien du livre des Nombres nous donne une solution assez étrange au premier abord. Quand les hébreux étaient mordus par ces serpents venimeux, ces serpents brûlants, donc, quand ils étaient mordus par le mal du péché, pour les guérir Moïse façonne en métal l'image d'un serpent, qu'il élève sur une perche pour que tous ceux qui sont mordus par les serpents, en regardant ce serpent d'airain, de bronze, soient guéris. Quelle drôle d'idée que de vouloir guérir de la morsure du serpent en contemplant l'image d'un serpent. Voilà quelque chose d'extrêmement mystérieux, qui ne peut se comprendre, s'éclairer, qu'à partir de l'événement de Jésus-Christ.

Qu'a fait Dieu en effet, pour nous sauver du mal et du péché ? Dieu nous a donné son Fils. Comme le dit l'évangile, Il nous a livré son Fils. Son Fils, comme le disait saint Paul, s'est anéanti. C'est-à-dire qu'au lieu de rester dans la force et la puissance de Dieu, il a voulu se faire semblable à nous, pauvre comme nous, misérable comme nous. C'est très fort de mot "anéanti", il s'est réduit à rien. Non seulement, Il a accepté de devenir faible et fragile comme un homme, c'est cela que Jésus a accompli en naissant à Bethléem, mais encore cette vie humaine il l'a vécu jusqu'au drame le plus profond, celui de la mort, et pas n'importe quelle mort, mais la mort d'un criminel, une mort sur la croix. "S'étant anéanti, se rendant semblable aux hommes" nous dit saint Paul, "il s'est humilié encore plus jusqu'à la mort, et à la mort sur la croix". C'est cela que veut dire le mot "livré", Dieu nous a livré son Fils, Il ne l'a pas seulement donné, Il nous l'a livré, Il l'a mis entre nos mains comme on livre un assassin à quelqu'un qui va le tuer. Et Jésus est mort sur la croix. Il est mort "élevé" sur la croix en prenant sur lui tout notre péché. Il n'a pas fait un acte de puissance pour nous délivrer de notre péché, par amour pour nous, Il a accepté de prendre notre péché sur lui et d'être défiguré par ce péché.

C'est tout cela que veut dire le symbole du serpent. Pour nous guérir de la morsure du péché, de la morsure du serpent, Jésus prend sur lui notre péché, par amour. Saint Paul dira même quelque part qu'Il a été "fait péché", c'est-à-dire qu'au fond, Il a pris toute cette horreur du serpent sur lui, et c'est pourquoi, quand Moïse élève le serpent sur la perche, c'est une image symbolique très mystérieuse, très incompréhensible pour ceux qui vivaient ces événements, mais qui s'éclaire pour nous, c'est une image du Christ défiguré, abîmé par notre péché quand il meurt sur la croix, et c'est de cette manière qu'il nous sauve. Son amour est tellement grand, nous dit saint Jean dans son évangile, qu'il n'est pas venu pour condamner, mais pour sauver le monde et les pécheurs, pour que nous soyons sauvés par lui, guéris par lui, arrachés par lui au mal. Pourquoi ? Parce qu'ayant pris notre mort et notre péché sur lui par amour, son amour est plus fort que le péché, il est plus fort que la mort et c'est cela être sauvé. C'est puiser dans l'amour de Jésus, cet amour infini, qui est allé jusqu'au bout, puiser la force de nous-mêmes, de sortir du mal, de sortir de notre égoïsme, de sortir de notre péché pour découvrir la vraie joie.

 

AMEN