LA CROIX ET LA GLOIRE
Nb 21, 4b-9; Ph 2, 6-11; Jn 3, 13-17
Exaltation de la Sainte-Croix - (14 septembre 1988)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
Israël avait découvert la gloire de Dieu à travers les révélations qu'il avait reçues, les manifestations de son nom, à travers la longue histoire de fidélités et d'infidélités envers son Dieu qui avait commencé entre Israël et son Dieu. Et Dieu avait commencé à montrer cette lumière comme s'il ouvrait doucement son cœur pour dire qui Il était et ce qu'Il voulait. Quelquefois dans un buisson, dans ce fragile buisson où Il révèle un feu qui ne brûle pas mais qui éclaire le cœur de l'homme et qui va déverser cette loi pour amener pédagogiquement le cœur de l'homme à communiquer, à communier et à épouser le cœur de Dieu. Que ce soit dans les différents signes qu'Il donnera tout au long de ce lent travail de modelage du cœur d'Israël, Dieu va révéler sa gloire. Et même lorsque Israël sera déporté, la gloire du Seigneur se fera elle aussi mobile, c'est dans la vision du char d'Ezéchiel, pour suivre, au loin, le peuple qui est parti. La gloire c'est ce poids immense que Dieu met dans l'histoire humaine afin de renverser l'histoire humaine pour en faire son histoire à Lui, pour en faire son peuple à Lui. La gloire c'est un poids, c'est ce qui pèse lourd, c'est tout ce que Dieu veut mettre pour sauver.
Et le poids final sera la croix. L'un comme l'autres sont comme des désirs de monter vers Dieu. La croix nous aide à lever les yeux vers le ciel comme la gloire qui resplendissait dans le ciel forçait les Israélites à lever les yeux vers le Dieu qui les cherchait. De même la croix, arbre dérisoire planté sur un crâne désolé, sur une terre de malédiction, signifie pourtant que nous devons relever les yeux vers celui qui nous attire à Lui vers ciel. Comme la pluie qui tombe du ciel, la croix est la pluie qui vient du ciel, la clé qui ouvre le royaume qui offre de nouveau ses bienfaits à ceux qui demandent de croire.
Mais n'allons pas si vite lorsque dans une célébration nous constatons que la croix est objet de gloire de notre foi. Cela signifie aussi que dans ce monde d'aujourd'hui, tout objet de dérision, de raillerie, tout objet maltraité, blessé, tout ce qui est en-dessous, tout ce qui est petit, misérable, abîmé est aussi porteur de gloire. Là aussi, nous devons apprendre à lever les yeux pour voir qu'il est l'occasion de la gloire de Dieu. Et fêter l'exaltation de la sainte croix, c'est fêter comme en un seul morceau, et la gloire et la croix. Et à cause de la croix du Christ, que toute chose maltraitée en ce monde, est l'occasion de la gloire de Dieu. Nous aurions, comme les autres, détourné les yeux de l'infamie de la croix. Ne croyons pas que nous serions restés comme Jean ou comme Marie capables de vivre, le cœur percé par le glaive de douleur. Nous aurions peut-être raillé pour défier la douleur ou l'insupportable vision. Aujourd'hui, à travers les misères de ce monde, nos propres misères aussi, il nous est demandé d'y voir l'occasion de la gloire de Dieu. Et ces occasions de misère, ne nous ferons pas baisser les yeux vers la terre mais nous font lever les yeux vers Celui qui offre sa vie en totalité. Enfin la croix est offerte en totalité à chacun de nous. Nous avions besoin de la totalité de la souffrance du Christ pour être sauvés. L'intégralité de la Passion est nécessaire pour chacun de nous. C'est là le don qui n'est pas fait pour nous rendre honteux du don qui nous est fait, mais pour nous rendre amoureux de ce Dieu qui a voulu confondre sa gloire et sa souffrance.
AMEN