SOUCIEUX DE SALUT DES FRÈRES

2 Co 4, 10-18; Lc 6, 27-38
St Jean Chrysostome - (13 septembre 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Porter du fruit …

F

rères et sœurs, il y a eu des époques où le fait d'être évêque n'était pas simplement une course aux honneurs. En tout cas pour l'époque de saint Jean Chrysostome on peut dire que vraiment être évêque, patriarche de Constantinople c'était presqu'au sens littéral du terme, la galère.

La ville de Constantinople est une ville nouvelle. Constantin avait décidé de faire sa capitale de cette ville parce qu'il pensait avoir ainsi une position stratégique par rapport à l'Orient et à l'Occident. La vieille Rome mourait doucement, et la ville nouvelle de Constantinople était assez mal gérée du point de vue de l'urbanisme, mis à part l'urbanisme impérial, les palais, l'hippodrome, les amphithéâtres, et quelques édifices religieux. Il y a donc une première Saint Sophie qui n'est pas celle que nous connaissons aujourd'hui. Comme c'est une ville où réside l'empereur, cela provoque un afflux de population incroyable. Cette situation générait une grande misère, une course à l'argent par n'importe quel moyen, on imagine difficilement ce que cela représentait. Le seul qui était recruté, c'était l'évêque, et ce n'était pas une situation de tout repos. La visite de l'empereur n'était pas un cadeau, et l'impératrice qui était une parvenue, n'arrangeait pas le tableau.

Saint Jean Chrysostome est originaire d'Antioche, orphelin de père assez tôt, élevé par sa mère, il décide assez rapidement de partir au désert. Antioche était une ville beaucoup plus prospère que Constantinople. Mais on a vite repéré les grandes capacités de saint Jean Chrysostome et l'évêque lui a demandé de devenir prêtre à Antioche. Ses prédications lui ont valu assez rapidement son surnom de Chrysostome c'est-à-dire "bouche d'or". C'était le plus beau surnom qu'on pouvait vous donner. Sa réputation parvient à Constantinople où l'on recherche un patriarche, et l'empereur le mande dans sa ville impériale. Et c'est le début de ses malheurs.

Saint Jean Chrysostome est scandalisé par ce qu'il voit. Il veut immédiatement se mettre à l'œuvre en véritable évêque conscient de ses responsabilités et cherche à convertir cette population. Il n'a jamais surfé sur les honneurs : son problème était de constituer une communauté chrétienne authentique. Dans un écrit assez éclairant, saint Jean Chrysostome essaie d'expliquer à ses fidèles comment il faut transformer la société. "Rien n'est plus froid qu'un chrétien indifférent au salut d'autrui". Nous, après des siècles de jansénisme, nous pensons plutôt qu'un chrétien est préoccupé de son propre salut. Ici, il dit que le pire pour un chrétien, c'est d'être indifférent au salut des autres. "Tu ne peux pas prendre des excuses en disant que tu n'as pas le génie des apôtres, de Pierre, de Paul, qui étaient très généreux. Non, ces gens-là eux aussi ont été préoccupés du salut des pauvres alors qu'ils étaient dans la même situation que vous, ils avaient une naissance roturière. Les apôtres aussi étaient des gens obscurs, d'origine obscure. Tu ne peux pas mettre en avant ton ignorance car eux aussi étaient ignorants. Tu ne peux même pas non plus alléguer que tu es mal portant, car Timothée était dans le même cas, Paul dit qu'il avait de fréquents malaises". On est donc obligé quand on est chrétien, d'être préoccupé du salut des autres. "Comment s'occuper du salut des autres ? chacun peut aider son prochain s'il veut accomplir ce qui est à sa portée". C'est le début de la théologie du devoir d'état. "Ne voyez-vous pas les arbres qui ne donnent pas de fruits ? ils sont vigoureux, beaux, bien développés, feuillus et hauts". Il pense aux cèdres, dans la Bible c'est le symbole même de l'orgueil des rois. "Pourtant, si nous avions un jardin, nous préférerions beaucoup avoir des grenadiers et des oliviers qui donnent du fruit". Ce n'est pas la taille de l'arbre qui est le critère de l'utilité de l'arbre. "Les autres arbres sont destinés à l'agrément et non à l'utilité, s'ils en ont une, elle est mince. Tels sont ceux qui ne s'intéressent qu'à leurs propres affaires. Ils essaient d'être des grands arbres qui montent très haut et qui font de l'ombre aux autres. Même ils ne sont pas comparables car il ne peuvent servir que de bois à brûler, tandis que les arbres dont nous parlions peuvent servir à la construction pour la charpente et les boiseries. Il faut présenter une vie sans désordre. Comment un tel homme peut-il être chrétien ? réponds-moi. Si le levain mêlé à la farine ne la transforme pas tout entière, en lui communiquant son action, est-ce que c'est encore vraiment du levain ? ou encore si un parfum ne répand pas sa bonne odeur sur ceux qui en approchent, est-ce que nous appellerons cela du parfum ? Donc ne dis pas : il m'est impossible d'influencer les autres, car si tu es chrétien, il est impossible que cela ne se produise pas. De même que ce qui est dans la nature est incontestable, de même ici c'est un fait qui appartient à la nature même du chrétien".

Pour saint Jean Chrysostome il fallait quand même avoir beaucoup de courage pour oser dire à cette société qui cherchait à faire sa place au soleil qu'il fallait se soucier du salut des autres quand on est chrétien. Mais saint Jean Chrysostome s'est tellement préoccupé du salut de ses frères que cela lui a valu de l'exil et il est mort en exil, quasiment comme un martyr, même s'il n'est pas fêté comme tel. Il a tenu sa parole jusqu'au bout, il a compris qu'en étant évêque, serviteur de l'Église, il devait s'occuper du salut de ses frères, et qu'il lui fallait donner l'exemple.

 

AMEN