BOUCHE D'OR

2 Co 4, 10-18; Lc 6, 27-38
St Jean Chrysostome - (13 septembre 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et soeurs, saint Jean Chrysostome que nous fêtons aujourd'hui est une des figures les plus complètes de ce que peut-être un chrétien et plus particulièrement un ministre de l'Église.

Il a d'abord voulu vivre comme moine dans la solitude, sa santé ayant été détruite par ses excès d'ascèse il a été rappelé par son évêque dans la ville d'Antioche pour y devenir diacre et ensuite prêtre. Devenu un grand prédicateur, un pasteur extraordinairement attentif à chacun de ceux qui lui étaient confiés. Il a été choisi pour être patriarche de Constantinople la grande capitale de l'empire romain d'Orient fondée quelques décennies plus tôt par Constantin. Il a été le pasteur de la cour impériale, de toutes les notabilités qui peuplaient cette ville, mais aussi et d'abord le pasteur des pauvres. Toute son œuvre de patriarche de Constantinople a été la défense des pauvres contre les exactions des riches et des puissants. Il s'est attaqué à tous ceux qui mettaient la vie de leurs frères en danger, par leur manque de générosité, y compris à l'impératrice et c'est ce qui lui a valu la dernière image du parfait chrétien qu'il a assumée, celle du martyre. Nous ne le fêtons pas comme un martyr, mais cependant on peut considérer qu'il est mort martyr de la foi et de l'amour des pauvres.

En effet, ses prédications extrêmement fortes, puissantes qui allaient jusqu'au cœur des problèmes, lui ont valu la haine de tout le monde, de son clergé qu'il avait voulu réformer à cause de ses mœurs un peu légères, des riches et des bourgeois, des aristocrates de la cour impériale, tant et si bien qu'il a été exilé loin de sa ville épiscopale, à deux reprises. La première fois, l'impératrice l'avait fait rappeler parce que son enfant était tombé malade et que superstitieuse, elle croyait que c'était à cause de saint Jean Chrysostome que l'enfant était malade. Les hostilités ont repris et l'exil a été à nouveau promulgué contre lui, sa santé étant fragile, l'exil lui ayant fait traverser toute l'Asie mineure, la Turquie actuelle, jusqu'aux frontières de l'Arménie et de la Géorgie, il finit par mourir d'épuisement en chemin.

Les textes que nous avons lus sont une illustration de sa vie. Les quelques versets du psaume que nous avons chanté : "Je ne vois plus dans cette ville, que discorde et violence. De jour et de nuit au-dessus de ses remparts rôdent le malheur et le crime. Au cœur de cette ville règne le malheur et la mort, sans relâche, la fraude et l'oppression ne quittent plus ses rues". C'est Constantinople dont saint Jean Chrysostome a été l'évêque, cette ville, ce peuple qu'il a profondément aimés et pour qui il a voulu donner sa vie car c'étaient les pauvres qui étaient ses préférés. Dans l'épître de Paul aux Corinthiens, (saint Jean Chrysostome a aimé saint Paul par-dessus tout et il s'en est constamment nourri au point de pouvoir répéter avec lui : ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi), dans cette épître, l'allusion aux souffrances correspond parfaitement à ce que saint Jean Chrysostome a vécu. Le nom même de Chrysostome veut dire "bouche d'or", il n'a cessé de proclamer la foi et les conséquences de la foi, cet amour qu'il a vécu, cet amour des pauvres qu'il a tant reproché aux riches de ne pas avoir, il a parlé avec courage, il n'a pas craint la mort. Comme il le disait au moment de son départ en exil : "pour moi, la mort, je ne la crains pas car dès maintenant ma vie est auprès du Christ".

Que cette figure de saint Jean Chrysostome nous inspire une action de grâces. Il y a des grandes figures dans l'histoire de l'Église, c'est ce qui nous sauve de toutes nos faiblesses, de tous nos péchés.

 

 

AMEN