JEAN CHRYSOSTOME, DÉFENSEUR DES PETITS

2 Co 4, 10-18; Lc 6, 27-38
St Jean Chrysostome - (13 septembre 2006)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, le saint évêque dont nous fêtons aujourd'hui la mort, saint Jean Chrysostome, s'est donc trouvé dans une situation extrêmement difficile, puisqu'il était patriarche de Constantinople, la capitale de l'empire d'Orient, à la fin du quatrième siècle, il se trouvait donc en face du pouvoir impérial, et particulièrement de l'impératrice Eudoxie, une très grande personnalité, qui en fait, gouvernait l'empire. Saint Jean Chrysostome patriarche de la capitale se trouvait donc au premier rang en face du pouvoir établi. Il a toujours su se soumettre aux édits de ce pouvoir, même quand il a été condamné, suspendu de ses fonctions, envoyé en exil, et même quand le peuple de Constantinople qui l'aimait beaucoup, s'est soulevé pour le défendre, il s'est rendu aux autorités pour éviter que soit versé le sang.

Pourtant, en face de ce pouvoir, jamais saint Jean Chrysostome n'a accepté de compromission. Il n'a cessé de fustiger le luxe éfrenné de la cour, les passe-droits, les injustices. Il n'a cessé de défendre le petit peuple, les pauvres, et ceci avec une éloquence extrême qui le rendait redoutable pour les puissants, et qui lui a valu une haine implacable de la part de l'impératrice Eudoxie.

Chrysostome ne s'est jamais soumis à l'injustice, même s'il a refusé de se révolter pour son intérêt. Sans cesse il a dénoncé la folie des riches qui amassaient fortune sur fortune au détriment du petit peuple, sans cesse il a dénoncé les abus de pouvoir de l'impératrice et la cour en général et ceci lui a valu cette vie agitée à laquelle je faisais allusion tout à l'heure, puisque barricadé dans sa cathédrale, mis en prison, exilé à deux reprises, il a fini par mourir en véritable martyr à cause des maltraitances qu'il a subi. saint Jean Chrysostome est un exemple important des rapports de l'Église avec le pouvoir politique. Il ne s'est jamais mêlé de partis, il n'a jamais voulu être l'homme d'une coterie, et cependant, il n'a jamais passé sous silence ce qui devait être condamné, ce qui devait être fustigé. En particulier, quand l'impératrice Eudoxie a fait élever une gigantesque statue à son effigie, et qui coûtait une somme faramineuse, il a fait un grand sermon dans lequel il n'a pas hésité à la comparer à la reine Jézabel du livre des Rois dans l'Ancien Testament. C'est d'ailleurs ce qui lui a valu son exil définitif et sa mort.

Je crois qu'il est important de comprendre que si l'Église n'a pas à être un pouvoir politique parmi d'autres, n'a pas à être un parti et à défendre une idéologie, par contre il fait partie intégrante du devoir de l'Église de contester tous les pouvoirs humains, et en particulier les pouvoirs politiques. Contester, c'est-à-dire de savoir mesurer à la mesure de l'évangile tout ce que le pouvoir politique est amené à décider. Cela fait partie d'une manière certaine de la mission de l'Église. Ce n'est pas là une prise de position politique en faveur de tel ou tel, c'est une affirmation de ce qui dans l'évangile est indépassable. C'est pourquoi Chrysostome est l'exemple majeur pour toute l'histoire de l'Église, de la défense des pauvres, des humiliés, de ceux qui sont écrasés, de ceux qui n'ont pas de voix au chapitre. C'est pourquoi il est l'écho vivant de nombreux textes de l'Ancien ou du Nouveau Testament dans lesquels, cette préférence, ou cette défense des pauvres est affirmée.

Ce matin, nous lisions aux Laudes, un passage du prophète Amos qui est extrêmement révélateur à ce sujet. Voici ce que disait Amos : "Ecoutez ceci vous qui écrasez le pauvre : vous voudriez faire disparaître les humbles du pays. Vous qui dites : quand donc seront passées les fêtes pour que nous vendions du blé, et le sabbat pour que nous écoulions notre froment ? Nous diminuerons la mesure, nous augmenterons le prix, nous fausserons les balances pour tromper. Nous achèterons les faibles à prix d'argent et le pauvre pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu'aux déchets du froment. Le Seigneur le jure par l'orgueil de Jacob, jamais je n'oublierai aucune de vos actions". C'est une affirmation sans aucune nuance, et nous ne devons pas prendre cela à la légère. Il y a autour de nous, dans notre société, comme dans toutes les sociétés d'ailleurs, un grand nombre d'injustices et nous ne pouvons pas par notre silence en être non seulement complices, il faut savoir dire la vérité de l'évangile.

Et encore, voici un texte du Nouveau Testament cette fois, de l'épître de saint Jacques que je vous livre également : "Frères, ne mêlez pas à des considérations de personnes la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. Supposez qu'il entre dans votre assemblée un homme avec des bagues d'or, en habits resplendissants, et qu'il entre aussi un pauvre en habits malpropres. Vous tournez vos regards vers celui qui porte des habits resplendissants, et vous lui dites: viens t'asseoir ici à la place d'honneur. Quant au pauvre, vous lui dites, tiens-toi là debout, ou bien assieds-toi au bas de mon escabeau. Ne portez-vous pas vous-mêmes un jugement, ne devenez-vous pas des juges aux pensées perverses ? Ecoutez frères bien-aimés : Dieu n'a-t-il pas choisi les pauvres selon le monde, comme riches dans la foi et héritiers du Royaume qu'Il a promis à ceux qui l'aiment ?"

Je crois que cette fête de saint Jean Chrysostome est pour nous, l'occasion de méditer sur notre attitude à l'égard de nos frères, sur la manière dont nous nous comportons à l'égard de ceux qui sont dans la misère, dans la détresse, ceux qui sont dans l'épreuve, ceux qui sont injustement humiliés, et que nous devons prendre en considération notre attitude à leur égard en fonction de l'évangile qui est d'une clarté extrême à ce sujet.

 

AMEN