LIBERTÉ DU CHEMINEMENT

2 Co 4, 10-18; Lc 6, 27-38
St Jean Chrysostome - (13 septembre 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Q

ue faut-il donc pour être un Père de l'Église ? Quels critères pouvons-nous utiliser pour voir si tel évêque de l'Antiquité était un grand évêque ou pas ? Alors, nous pourrions regarder la galerie de portraits des Pères de l'Église et nous dire : oui, un Père de l'Église est quelqu'un qui a su tisser les liens avec l'État, l'empereur et qui a su articuler cette grande difficulté qui est le rapport de la religion avec l'État. Nous dirions, oui, saint Ambroise de Milan a été un grand évêque à ce sujet, et il a su tenir les rênes de l'empereur Théodose. Mais saint Jean Chrysostome n'est pas de cette race-là.

Peut-être y a-t-il d'autres critères pour découvrir la valeur d'un évêque ? C'est l'intelligence théologique, citer au milieu de tas de batailles de théologie, trouver l'argument, écrire le livre qui permette de faire avancer le dogme. Oui, saint Basile le Grand, saint Grégoire de Naziance ont écrit des pages admirables sur le Saint Esprit. Alors, pour être un grand évêque, faut-il pouvoir vivre un magnifique parcours spirituel et pourvoir le retranscrire dans un livre. Saint Grégoire de Nysse l'a fait très bien avec la vie de Moïse. Comme presque par défaut, saint Jean Chrysostome, c'est celui dont on garde le souvenir au Moyen-Age de cet évêque qui a su produire toute une série d'homélies très moralisatrices. Actuellement, saint Jean Chrysostome, est celui que l'on critique à cause de prises de positions assez anti-judaïques.

Que reste-t-il donc pour saint Jean Chrysostome aujourd'hui ? Je crois que saint Jean Chrysostome est celui qui a su découvrir et utiliser très régulièrement dans la lecture de la Bible, une notion théologique que je trouve pour ma part, très belle, c'est la notion de condescendance.

Je voudrais lire avec vous ce petit passage de cette notion de la condescendance de Dieu. "La condescendance, c'est pour Dieu le fait d'apparaître et de se montrer, non pas tel qu'Il est, mais tel qu'il peut être vu par celui qui est capable de telles visions en proportionnant l'aspect qu'il présente de lui-même à la faiblesse de ceux qui le regardent. La condescendance divine, c'est la capacité de Dieu de s'adapter à la nôtre". Effectivement, qu'est-ce que la Bible ou l'histoire sainte si ce n'est ce Dieu saint, fort, immortel qui cherche à renouer relation avec l'homme et qui ne peut pas se montrer tel qu'il est face à l'homme sous peine de tuer l'homme. Dieu, dans sa condescendance, va laisser dans l'histoire de la Bible, certains aspects de sa personne se révéler auprès du peuple juif afin que le peuple juif puisse réussir à toucher quelque chose de la divinité.

Vous voyez bien que dans la définition de la condescendance, on est très loin de la définition que nous utilisons aujourd'hui, ou quelqu'un de condescendant, c'est quelqu'un qui vous regarde avec un peu de mépris. La condescendance biblique au contraire, montre toute la délicatesse de l'amour de Dieu pour l'homme en acceptant de ne pas se laisser voir totalement tel qu'Il est, et en acceptant le cheminement de chaque personne dans sa vie spirituelle.

Cette condescendance de Dieu se reconnaît aussi à la capacité de préciser les choses avec exactitude. C'est-à-dire que Dieu va laisser des éléments très précis dans sa Parole et son histoire, afin que l'homme puisse s'y référer, des choses sur lesquelles on ne peut pas transiger. Ce qui est très beau c'est qu'il y a d'abord cette condescendance, la manière dont Dieu va réussir à dire avec exactitude en même temps ce qu'Il est à l'homme, et pourquoi ? Pour qu'enfin l'homme puisse voir Dieu, le contempler. Saint Jean Chrysostome n'a pas eu une finesse politique extraordinaire, il n'a pas écrit de grands traités théologiques sur le péché originel, comme saint Augustin, il n'a pas écrit non plus de très beaux traités spirituels, mais par contre, il a su très bien faire, et c'est ce que nous entendions dans la prière d'ouverture, c'est son éloquence. Nous avons rappelé tout à l'heure, l'éloquence de saint Jean Chrysostome, et je crois que son éloquence, c'est la mise en œuvre de sa part de cette notion théologique, de condescendance. Comme Dieu a su rendre son rapport à l'homme plus simple dans l'Ancien Testament, et ensuite dans l'Incarnation, pour saint Jean Chrysostome, le pasteur doit à son tour, faire le même travail : réussir à rendre simples des choses très compliquées. C'est un vulgarisateur dans le sens noble du terme. C'est-à-dire que même s'il n'a pas inventé des choses extraordinaires en théologie, mais il a réussi à rendre simple auprès du peuple dont il avait la charge, des notions théologiques spirituelles et morales compliquées, afin que son peuple puisse véritablement en vivre. Je pense que c'est cela qu'on peut garder de saint Jean Chrysostome, la vraie éloquence qui n'est pas de se montrer capable de parler très bien devant un auditoire pour les impressionner, mais la vraie éloquence, c'est savoir toucher le cœur de l'autre, avec exactitude pour que l'autre puisse dire : ah ! j'ai enfin compris, j'ai contemplé, j'ai vu quelque chose de Dieu, j'ai vu quelque chose de la vie spirituelle que Dieu me donne à vivre.

Frères et sœurs, que cette éloquence de Dieu et de saint Jean Chrysostome soient pour nous aussi l'occasion de réfléchir sur la manière dont nous partageons la foi, et sur la manière dont nous annonçons la Parole de Dieu, que nous sachions réussir à rendre simple ce qui est compliqué.

 

 

AMEN