LE PASTEUR DU TROUPEAU

2 Co 4, 10-18; Lc 6, 27-38
St Jean Chrysostome - (13 septembre 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

aint Jean Chrysostome, après avoir été moine dans sa ville natale d'Antioche, plus exacte­ment dans les montagnes avoisinantes, y avoir d'ailleurs ruiné sa santé, fut appelé au sacerdoce et devint prédicateur, d'où son surnom de "bouche d'or". Mais surtout, il fut appelé à devenir patriarche de Constantinople. C'était une époque difficile. Théodose le Grand avait mis, quelques années auparavant, à l'hérésie arienne, et en quelque sorte sauvé la foi de l'Église de cette hérésie violente et très séduisante. Mais les fils de Théodose, Arcadius et Honorius, deux pauvres types se sont répartis l'empire, qui l'Orient, qui l'Occident, et c'était la fin de l'empire romain.

A ce moment-là, Arcadius est empereur à Constantinople, et c'est sa femme qui porte les panta­lons et qui gouverne, une femme ambitieuse, cruelle, violente, passionnée de richesses. saint Jean Chry­sostome arrive dans ce climat : un empereur débile, et une impératrice qui est une sorte de monstre d'ambi­tion. Dans cette Église de Constantinople, saint Jean Chrysostome va être avant tout le défenseur des pe­tits, des pauvres. Je voudrais commenter avec vous cette vie de saint Jean Chrysostome, avec quelques textes que nous avons écouté pendant l'office hier soir, ou tout à l'heure, et qui me semblent dessiner parfaitement le visage de ce saint.

Hier soir, nous lisions l'oracle d'Ézéchiel, où le Seigneur dit :"Voici que j'aurai soin moi-même de mon troupeau. C'est moi qui ferai paître mes brebis et qui les ferai reposer, dit le Seigneur. Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée, je panserai celle qui est blessée, je fortifierai celle qui est malade. Celle qui est grasse et bien portante, je veillerai sur elle. Je les ferai paître avec justice. Quant à vous mes brebis, ainsi parle le Seigneur, voici que je vais juger entre brebis et brebis. Non contents de paître dans de bons pâturages, vous fou­lez aux pieds le reste de votre pâture. Non contents de boire une eau limpide vous troublez le reste avec vos pieds. Mes brebis doivent brouter ce que vos pieds ont foulé, et boire ce que vos pieds ont troublé. Ainsi parle le Seigneur : Me voici, je vais juger entre la brebis grasse et la brebis maigre. Parce que vous avez frappé des reins et de l'épaule, et donné des coups de corne à toutes les brebis souffreteuses, jus­qu'à les disperser au-dehors, je vais venir sauver mes brebis pour qu'elles ne soient plus au pillage, je vais juger entre brebis et brebis, et je susciterai pour le mettre à leur tête un pasteur qui les fera paître. C'est lui qui les fera paître, il sera pour eux, un pasteur".

Je crois qu'on ne peut pas mieux résumer l'œuvre de saint Jean Chrysostome à Constantinople que par ces mots qu'il a vécu au pied de la lettre, exactement ce qui est ici écrit. Il a pris soin de toutes les brebis, et il a jugé entre brebis et brebis, ne se pri­vant pas de dire aux riches leur fait, et de montrer du doigt, tous, quels qu'ils soient, même l'impératrice, quand ils vivaient dans l'injustice, le luxe et ainsi, prenaient le pain de ceux qui avaient faim.

Voici maintenant, un autre passage que nous chantions hier soir, c'est un psaume, le psaume cin­quante quatre. Ce psaume nous dit exactement ce qui est arrivé à saint Jean Chrysostome : "Penche-toi vers moi Seigneur, je suis terrifié par les cris de l'ennemi. Ils m'accablent de tous les crimes, dans leur colère, ils s'acharnent contre moi. La crainte et la terreur m'ont envahi. Un frisson de peur s'est emparé de moi. Alors, j'ai dit : si j'avais les ailes de la colombe, je prendrais mon envol pour trouver le repos, je vou­drais m'enfuir loin d'ici, chercher refuge au désert. Devant l'orage qui se déchaîne contre moi, devant la tempête de leurs paroles qui voudraient m'engloutir dans l'abîme, devant le flot de leur langue qui cherche à m'emporter, comme un torrent". Car non seulement l'impératrice, mais tous les évêques de la cour se sont déchaînés contre lui et cela s'est traduit par l'exil, plu­sieurs années d'exil au fin fond de la Turquie, tout près de l'Arménie où il mourra, on devrait dire, comme un martyr. "Car je ne vois plus, continue le psaume, dans cette ville que discorde et violence. De jour et de nuit, au-dessus de ses remparts, rôdent le malheur et le crime. Au cœur de cette ville, (c'est bien Constantinople), règne la mort. Sans relâche, au cœur de la ville, la fraude et l'oppression ne quittent plus ses rues".

A cause de cela, saint Jean Chrysostome fut donc envoyé en exil et tout au long de son exil, il a écrit des lettres à ses diocésains, et en particulier à une diaconesse, Olympia, à qui il avait confié cette Église de Constantinople, privée de son pasteur et sans cesse, il a répété que le Seigneur diffusait, et qu'aucun bien dont il était privé, aucune souffrance ne pouvait l'abattre. "Nous portons partout et toujours en notre corps (c'est saint Paul qui dit cela et nous le li­sions tout à l'heure), les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans votre corps. Nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus pour que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre chair mortelle. Ainsi donc, la mort fait son œuvre en nous, et la vie en vous. Mais possédant ce même esprit de foi selon qu'il est écrit : j'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé. Nous aussi nous croyons, et c'est pourquoi nous parlons. A nous qui ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles, les choses visibles en effet n'ont qu'un temps, les invisibles sont éternelles".

Que saint Jean Chrysostome nous aide à don­ner son vrai sens à notre vie par rapport à nos frères, par rapport aux injustices de ce monde, et s'il le faut, par rapport aux souffrances que nous pourrons subir.

 

 

AMEN