LE COURAGE ET LA DROITURE
2 Co 4, 10-18; Lc 6, 27-38
St Jean Chrysostome - (13 septembre 1993)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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es textes que nous avons lu aujourd'hui parlent d'identification au Christ dans sa passion, d'amour des ennemis et de supporter la persécution et la souffrance. En effet, la vie de saint Jean Chrysostome a été difficile, remplie d'épreuves et de souffrances jusqu'à sa mort en exil, mort pour la foi, mort pour la défense des pauvres et de l'Église du Christ qui fait qu'en réalité nous devrions célébrer cette fête en rouge car saint Jean Chrysostome est véritablement un martyr.
Il est un des Pères de l'Église dont nous nous réclamons dans notre vocation de moines apostoliques. Tout jeune encore il a été moine dans l'Église d'Antioche et moine d'une façon extraordinairement sévère, vivant seul en ermite dans un dénuement absolu, dans les montagnes de Syrie et se privant de tout avec un excès dû a sa jeunesse jusqu'à se priver de dormir couché, restant constamment assis ce dont il a d'ailleurs encouru une maladie qui l'a suivi pendant toute son existence puisqu'il avait de la difficulté à se tenir debout et à marcher, résultat de ses excès monastiques. Puis il a été appelé par son évêque pour devenir prêtre de l'Église d'Antioche. Il s'est plaint amèrement de cet appel qui le détournait de la vie monastique, qui le détournait de la rencontre de Dieu dans la solitude et la pénitence et il a cru que s'il était obligé par obéissance de répondre à cet appel, c'était d'une certaine manière une injustice commise à son égard. Il a obéi, il est devenu prêtre de l'Église d'Antioche, il y est resté de nombreuses années. Sa prédication enflammée, pleine de passion, la même passion qui l'avait conduit à ces excès dans la vie monastique, l'a rendu célèbre à tel point qu'il a été élu patriarche de Constantinople, la plus grande ville d'Orient, la capitale des empereurs, poste d'une très grande importance. Il a porté cette charge avec un dévouement inlassable et plein d'un grand courage car il devait défendre les pauvres contre les exactions innombrables que les riches et en particulier les puissants, à commencer par l'empereur et l'impératrice, leur faisaient subir. Il a fait cela en s'opposant nommément et directement aux souverains eux-mêmes. En même temps il devait subir la jalousie du patriarche d'Alexandrie qui aurait bien voulu avoir le poste de Constantinople ou du moins la même influence qu'un patriarche de la capitale. Et au milieu de toutes ces coteries, de toutes ces médisances ou calomnies qui se sont répandues, l'impératrice a fini par vouer une haine profonde à saint Jean Chrysostome à cause de son courage, de son intrépidité, de son incapacité a quelque compromission que ce soit. C'est pour cela que saint Jean Chrysostome a été exilé, traité de façon abominable car les soldats l'ont traîné à travers toute l'Asie mineure, le faisant marcher à pied comme un esclave. Finalement il est mort d'épuisement dans cet exil à cause de son Église.
Saint Jean Chrysostome a découvert deux choses. La première, il l'a dit lui-même, c'est qu'il était plus important de s'occuper du troupeau comme un pasteur que de rechercher tout seul la sainteté dans le désert. Lui qui avait eu tant de mal à se laisser arracher à sa solitude et à la prière perpétuelle de la vie monastique pour devenir prêtre puis évêque, il s'est rendu compte que c'était là, la véritable vocation chrétienne, la véritable vocation que le Christ lui demandait et demandait aussi aux autres. Non pas rechercher seul la sainteté mais se dévouer, corps et âme, jour et nuit, sans cesse toujours davantage au peuple de Dieu. Et d'une façon étonnante, ce qu'il avait maladroitement cherché au début de son existence religieuse, cette sorte de macération du corps, de pénitence, c'est dans la vie apostolique qu'il l'a trouvé puisqu'il est mort martyr. Non d'un martyre qu'il se serait infligé lui-même mais un martyre subi à cause du Christ, à cause du peuple de Dieu, à cause du peuple de Constantinople dont il était le pasteur. Au moment de partir en exil il dit à son peuple : "Je n'ai peur de rien, je n'ai pas peur de la mort car pour moi la vie c'est le Christ et mourir c'est retrouver le Christ également. Si je désire ne pas partir c'est pour rester avec vous parce que vous êtes le peuple que Dieu m'a confié. Mais de toute façon que je sois présent avec vous ou que je sois en exil, l'amour qui m'unit à vous fait que vous serez présents avec moi et que je resterai présent avec vous." Il comprenait parfaitement que les souffrances, les persécutions et la mort qu'il allait subir c'était en union d'amour qui le rendait présent avec son peuple. "Vous êtes mes enfants, vous êtes mes pères, vous êtes mes frères, vous êtes mon corps." Voilà comment, au terme de son existence, il a réalisé la vie monastique dont il rêvait quand il était jeune. Il l'a réalisée en se donnant tout entier pour son corps qui était l'Église.
AMEN