L'INTELLIGENCE DU COEUR
2 Co 4, 10-18; Lc 6, 27-38
St Jean Chrysostome - (13 septembre 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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i la tradition a surnommé Jean Chrysostome c'est-à-dire "Bouche d'Or" c'est certainement qu'elle avait été surprise et émerveillée par l'éloquence et la prédication de ce bienheureux docteur. Mais comprendre ce que c'est que l'élocution ou la prédication d'un pasteur, c'est comprendre comment la Parole même de Dieu fleurissait sur la bouche ou sur les lèvres de saint Jean Chrysostome.
En effet, nous nous heurtons souvent nous-mêmes, chrétiens qui lisons la Bible, a un ensemble de textes dont nous comprenons difficilement l'unité et qui nous paraissent trop diversifiés pour parler toujours de la même chose. Saint Jean Chrysostome comprenait l'Écriture comme une immense correspondance entre Dieu et l'humanité. Comme si Dieu écrivait, jour après jour, sa lettre, une lettre d'amour, une lettre éternelle, toujours la même, celle qui maintient ce lien avec l'homme, et que ces lettres rassemblées forment ce qu'on appelle aujourd'hui la Bible.
Comprendre la Bible comme un ensemble de lettres que Dieu nous enverrait, c'est comprendre qu'elle est traversée par un unique souffle, un unique dessein qui commence par la création et s'achève dans l'Apocalypse. Un immense souffle qui traverse l'histoire du monde et qui est le cœur même de Dieu : "Je vous conduirai au désert et je parlerai à votre cœur."
Mais allons plus loin. Non seulement je parlerai à votre cœur, mais cette parole qui est moi-même et qui est ma vie, va fleurir en vous-mêmes et va fleurir dans vos bouches et dans vos cœurs. Et voilà ce que c'est qu'un pasteur, comme devait être Saint Jean Chrysostome, celui qui devait mener comme un berger le troupeau qu'il aimait sur ces pâturages, sur cette riante prairie qui est cette correspondance amoureuse entre Dieu et les hommes. C'est ainsi qu'il s'exprime : "Une riante prairie nous montre une variété de fleurs de toute espèce. Ainsi la divine Écriture. Les fleurs se flétrissent vite, il n'en est pas ainsi des fleurs de l'Écriture. Voilà le juste chemin, ces prés d'herbe fraîche."
Ainsi nous sommes emmenés par saint Jean Chrysostome sur ce gras pâturage, sur ce pâturage de fleurs vivantes et toujours éternelles qui sont les mots même de Dieu qui fleurissent toujours dans son Église et dont saint Jean Chrysostome a été un moment celui qui les a envoyés et proclamés à la face du monde. C'est dans cet amour, c'est dans cette intelligence du cœur que saint Jean connaissait l'Écriture et à laquelle il voulait amener le peuple dont il avait la charge. Écoutez la fin de l'homélie qu'il a écrite avant de partir en exil, homélie si heureuse, si pleine de Dieu, si amoureuse de l'amour qu'il y a dans l'Église, de l'amour qui fleurit grâce à la Parole qui surgit et toujours s'ensemence en chacun de nous.
"Vous êtes mes concitoyens, vous êtes mes pères, vous êtes mes frères, vous êtes mes enfants, vous êtes mes membres, vous êtes mon corps, vous êtes ma lumière, et même vous êtes plus doux pour moi que la lumière. En effet, la lumière du soleil ne m'apporte rien de comparable à ce que m'apporte votre charité. Le soleil m'est utile à présent, mais votre charité me prépare une couronne pour l'avenir."
Frères et sœurs, sur ce gras pâturage de l'Ecriture, suivons notre bienheureux et saint père Jean Chrysostome, afin de nous nourrir aussi, à sa suite, de la charité.
AMEN