CONFIGURÉ À LA CROIX DU CHRIST

2 Co 4, 10-18; Lc 6, 27-38
St Jean Chrysostome - (13 septembre 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

e texte de la première lecture fait écho à un des principaux aspects de la vie de saint Jean Chrysostome durant les dix dernières années de son épiscopat à Constantinople où il a été l'objet de multiples et permanentes tracasseries, persécutions. Ces persécutions, ces tracasseries sont venues du pouvoir temporel, cela on pouvait s'y attendre, ce n'était pas nouveau à l'époque et ce ne l'est pas encore aujourd'hui, mais aussi de l'intérieur de l'Église ce qui pourrait paraître plus étonnant. A ce propos, un auteur écrivait ceci : "Jean Chrysostome fut une image parfaite et accomplie de l'évêque véritable qui doit toujours être préparé au martyre. Dieu rendit sa persécution beaucoup plus célèbre que son épiscopat. Jean Chrysostome trouva autant de cruauté en des évêques très catholiques, en un empereur et une impératrice qui paraissaient fort dévots et zélés pour la foi et la religion, que ses prédécesseurs en avaient trouvé dans les ennemis du nom chrétien. L'envie de ces prélats, la crédulité de ce prince, l'animosité de la princesse furent plus cruelles envers lui que n'avaient été les Barbares même brutaux et hérétiques qu'ils étaient".

       Saint Jean Chrysostome s'est ainsi accompli dans cette identification à la croix du Christ. Et ceci n'est pas une vérification lointaine de l'histoire. Lui-même l'a décrite en des termes qui peuvent paraître étonnants mais qui sont lourds de sens c'est-à-dire de souffrance, lorsque pour la deuxième fois, il est parti en exil d'où il ne revint pas vivant. Au cours de cet exil, il écrivait à une de ses grandes amies, une de ces grandes femmes de l'Église primitive qui ont fait pour la foi autant que certains prélats de l'époque et qui s'appelait Olympias. Dans une de ses lettres il lui disait que le clergé, les chrétiens et spécialement les pauvres devaient se méfier beaucoup de évêques et des femmes. Vous ne verrez là aucun sentiment de misogynie ni de révolte contre l'autorité ecclésiastique, mais ceci vaut la peine d'être relevé. Cependant je ne m'y attarderai pas. Il n'est pas nécessaire de refaire toute l'histoire des persécutions et des souffrances de cet homme à cause du nom de Dieu. A partir de quelques passages de ses nombreuses homélies, c'est celui qui, en Orient, a probablement le plus prêché, du moins quant à ce qui nous reste de ses œuvres. Je voudrais simplement que nous comprenions comment cet homme de santé fragile, et qui d'ailleurs a dû pour cela quitter la vie érémitique car il était malade pour venir à Antioche où son évêque l'a ordonné diacre et prêtre, comment cet homme a pu traverser cette épreuve avec autant de sérénité, autant de paix, autant de bonté et sans animosité ni rancœur vis-à-vis de ses persécuteurs. Je crois que cela tient au sens qu'il avait reçu de l'au-delà, du ciel. Voici ce qu'il disait dans une homélie sur le psaume 118 : "Un chrétien se considère toujours sur la terre comme un étranger. La réflexion continuelle qu'il fait sur cette qualité est le fondement et la racine de toutes sortes de vertu car celui qui aura vécu ici-bas comme un étranger sera citoyen dans le ciel. Ceux qui vivent dans une terre étrangère font et négocient toute chose pour retourner dans leur pays et ils se hâtent avec un empressement extrême de revoir le lieu qui leur a donné la naissance. Ainsi ceux qui ont un grand amour pour l'autre vie ne se laissent pas abattre par les afflictions qui arrivent ici-bas, les prospérités ne sont pas capables de les élever, mais ils passent les unes et les autres sans s'y arrêter comme un voyageur qui ne pense qu'à avancer sur son chemin. C'est pour cela que Dieu nous oblige à lui dire dans la prière : "Que ton règne arrive !" afin que nos esprits étant occupés de l'ardent désir de ce dernier jour, et que nous le représentant sans cesse devant les yeux, nous ne daignions pas regarder les choses présentes."

       C'est donc ce regard très lumineux, très clair et ce très fort désir vers le ciel qui a permis à saint Jean Chrysostome de passer par toutes ces épreuves et de vivre cette caractéristique du chrétien qu'il nous rappelle aujourd'hui : nous ne sommes que de passage, donc nous ne nous arrêtons ni aux meilleures choses ni aux pires. Mais il ne suffit pas d'avoir une claire vision intérieure du ciel, il faut aussi en trouver sur notre propre chemin, celui qui nous y conduit. Et cela c'est cet immense, très délicat et très profond et très intime amour que Jean Chrysostome a eu pour le Seigneur. On pense parfois que les anciens dans la foi avaient une expression de leur prière, de leur amour de Dieu un peu grossière. C'est complètement faux et je me demande même si ce n'est pas l'inverse. Écoutez : "Lorsqu'un chrétien combat pour Jésus-Christ, il s'élève au-dessus des flots et des tumultes de cette vie, il s'établit en un lieu dont la sûreté est égale à l'élévation. Et quelle plus grande sûreté ou quelle plus haute élévation pourrait-on se procurer que de n'avoir qu'une seule inquiétude : chercher tous les moyens de plaire uniquement à Dieu.Un chrétien s'estime beaucoup plus honoré d'avoir Jésus pour Tête que s'il portait lui-même la couronne sur la tête".

 

       AMEN