LE COMMENCEMENT DU SALUT
Rm 8, 28-30; Mt 1, 1-16 + 18-23
Nativité de Marie – Année B (8 septembre 2012)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Nativité de Marie (Vertus)
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rères et sœurs, la femme n'est-elle faite que pour enfanter ? Est-ce là la simple raison pour laquelle elle doit venir au monde ? Il faut reconnaître qu'il n'y a pas dans les textes canoniques une quelconque référence à la nativité de la Vierge, mais dans l'oraison du début de cette célébration, tout est comme attiré par la nativité de Jésus : "Puisque la nativité de la Vierge Marie fut pour nous le commencement du salut, que la fête de sa nativité nous apporte un surcroît de paix". Même en célébrant la nativité de Marie, on ne peut pas s'empêcher de penser à la nativité de son Enfant. Dans cette oraison, ce qui est indiqué c'est que la maternité est le commencement du salut, et que ce que nous célébrons aujourd'hui devrait simplement nous apporter un surcroît de paix.
Est-ce seulement cette paix dont il est question ? La nativité de la Vierge est-elle uniquement un surcroît de paix en attendant liturgiquement l'Annonciation et le fait que Marie va accepter de recevoir le Fils de Dieu ? Dans le texte de la première lecture proposé aujourd'hui dans la liturgie, on voit que la fête du jour nous aimante une fois encore vers la maternité de la vierge Marie en laissant de côté sa nativité et cette lecture pourrait nous attirer vers la prédestination en disant : comme une femme est faite pour enfanter la vierge Marie était donc prédestinée à enfanter le Fils de Dieu.
Il y a un mot que j'aime particulièrement, et je laisse le mot de prédestination de côté, et je m'attarde plus particulièrement sur le début : "Nous savons qu'avec ceux qu'il aime, Dieu collabore". L'Église a été traversée dès saint Augustin avec Pélage, ensuite avec Érasme et Luther par le problème de la prédestination et du libre arbitre, mais il faut toujours veiller à ne pas tomber dans l'excès contraire. Autrement dit, à force de vouloir combattre Pélage qui considère que l'homme a une certaine autonomie dans ses choix et que c'est lui qui dès le départ détermine si oui ou non il veut rentrer dans le plan de Dieu, et de l'autre côté, on est tellement dans la grâce qu'on en oublie la présence de la liberté et de la collaboration dans le plan de Dieu. Là aussi, on pourrait ne garder de cette lecture que la prédestination en laissant de côté le fait que lorsque Dieu aime quelqu'un, il ne le considère pas comme une marionnette qui est prédestinée à faire ce que Dieu veut contre la volonté de cette personne, mais que ce que Dieu veut dans son plan, c'est de faire collaborer à la fois la grâce qu'il accorde et en même temps l'individu maître de sa liberté.
C'est là qu'on en revient à l'intérêt de cette fête d'aujourd'hui, ce n'est pas simplement un peu de surcroît de paix parce qu'il fallait bien que la Vierge naisse pour devenir la mère de Jésus, mais cette fête nous interroge sur un tout autre problème : le corps est-il vraiment objet de salut ? Il est abîmé, il est pécheur, il est malade, il va se détériorer et disparaître, mais à travers la mort et la résurrection de Jésus, notre corps en tant qu'objet va être sauvé par Dieu. Or je crois que dans la fête d'aujourd'hui nous ne célébrons pas uniquement le corps en tant qu'objet de salut, mais nous le célébrons en tant que lieu de salut. C'est fondamental dans notre société et pas uniquement dans l'Église et chez les chrétiens parce qu'il est traditionnel de dire que les chrétiens détestent le corps alors que c'est faux puisque nous avons la théologie la plus élaborée sur la question du corps, mais aujourd'hui paradoxalement nous sommes aussi dans une société moderne qui désire éluder le corps par tous les moyens. On essaie de faire en sorte que nous ayons à nous passer de plus en plus de notre corps pour devenir autre chose !
L'intérêt de cette fête recentre le corps en le remettant à sa place. Ce n'est pas un objet passif qui va recevoir plus tard le salut de Dieu, mais le corps est réellement le lieu du salut. Il est le lieu de rencontre entre notre intelligence, notre capacité, ce que nous sommes et la grâce de Dieu. Que cette fête de la nativité de la vierge Marie nous aide à reconsidérer le rapport que nous entretenons avec Dieu à travers notre corps. Puissions-nous découvrir que même si c'est la grâce de Dieu qui prime, il n'empêche que Dieu qui nous aime désire collaborer avec chacun d'entre nous à travers le corps que nous avons reçu.
Frères et sœurs, que ce corps qui est le nôtre soit aussi un lieu d'éclosion de la grâce du salut et de l'amour que Dieu nous donne pour le partager avec ceux que nous aimons et à l'Église.
AMEN