UNE HISTOIRE QUI DÉPASSE
Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ommencement ! Il s'agit bien de commencement, bien sûr ce commencement que toute vie connaît par la naissance à ce monde, et c'est pourquoi célébrer la Nativité de la Vierge Marie, c'est célébrer ce prélude à l'histoire du salut. Comme ce beau texte que nous venons d'entendre du commencement de la Bonne nouvelle de Jésus-Christ, commencement de cet évangile selon saint Matthieu qui part de Dieu pour aboutir jusqu'à Dieu, qui part d'Adam, du premier homme et de la première femme pour aboutir jusqu'au nouvel Adam dans tout évangile quel qu'il soit. C'est ainsi que c'est l'homme qui est pris dans son histoire, bien petite, mais dans l'histoire même de Dieu, ce que l'on appelle le dessein de salut.
Il nous arrive trop souvent de réduire notre monde uniquement à ce que nous voyons, ce que nous entendons, ou ce que percevons. Dieu a une autre idée. Il a pour nous une vision beaucoup plus large de notre existence que ce que nous en faisons. Dieu a une perception et un désir beaucoup plus grand et immense que tout ce que nous pouvons mettre en œuvre. Lorsque nos desseins personnels semblent vouloir contredire ce dessein de salut de Dieu, Lui, il s'arrange comme pour Joseph, de lui dire : non ne fais pas d'abord ce que tu penses, mais accueille, laisse-toi dépasser par ce qui t'arrive, accueille Marie auprès de toi car ce qui doit naître en elle c'est le salut même.
Comme Marie d'ailleurs a été dépassée elle-même par ce qui lui arrivait. Certainement elle n'avait prévu d'être la mère de Dieu, ni même de rester vierge puisqu'elle était déjà fiancée à Joseph. Elle avait comme toutes les femmes de son époque, imaginé une gentille vie avec l'homme qu'elle avait déjà pour fiancé, et elle se voyait certainement en train de faire son petit ménage quotidien avec ses enfants autour d'elle. Elle est dépassée par l'irruption de la Parole de Dieu. Elle est dépassée par le plan même du salut de Dieu, et elle va y trouver la vraie identité, la vraie résonance de sa vie, elle va saisir que depuis le début, Dieu la destine à être remplie de son amour. Elle n'avait certainement pas choisi cela, mais c'est encore mieux, elle a laissé à Dieu le soin de choisir ce qu'elle devait être.
Ainsi l'on comprend aussi ce que dit saint Paul dans cette épître aux Romains. "Avec ceux qu'il aime, Dieu collabore". Pourquoi ? Pour qu'en nous se dessine ce visage du Fils, qu'en nous soit façonné pour Marie à nouveau, une incarnation de surcroît, un Christ encore donné et manifesté à ce monde d'aujourd'hui. Si la vocation de Marie est si belle, elle n'enlève rien à notre responsabilité et à notre propre vocation, car il n'est pas réservé à Marie de collaborer au plan du salut de Dieu. Très certainement sans que nous nous en rendions compte, Dieu a un dessein d'amour bien plus grand, une miséricorde bien plus infinie, un désir de ce que nous devons être qui dépasse ce que nous pensons.
Ainsi, célébrer la naissance de la Vierge Marie c'est bien célébrer un commencement, une capacité pour ce monde et pour chacun d'entre nous de ne jamais cesser de naître au désir de Dieu, à la vocation de collaborer à son plan de salut, de commencer avec Dieu l'impossible ou le possible visage de Dieu dans notre monde.
AMEN