CONSENTIR À LA PRÉSENCE
Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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uand nous parlons de place privilégiée de la vierge Marie, cela ne veut pas dire une place exclusive, nous parlons d'exemple. Parmi nous, parmi les femmes, une femme a été au bout du bout du bout, d'un "oui", d'un "amen", un "me voici" qu'aucun autre humain n'a prononcé devant Dieu sur cette terre. J'exclus le Christ puisque la situation est un peu différente, mais avec Marie, nous avons l'exemple, à un moment donné, dans sa vie de future mère, d'un don, d'un "me voici", d'un consentement intérieur, d'une ouverture totale, sans arrière-pensée. On retrouve d'ailleurs ce "me voici" dans de nombreuses vies de saints, où il y a une sorte d'apprentissage à ce consentement que nous égrenons (c'est le cas de le dire), quand nous disons "amen". Nous balbutions, quand nous disons "amen" ce consentement que Marie a prononcé totalement, comme une épouse dit "oui" à son mari. C'est pour cela qu'il y a une analogie et un miroir qui se fait entre la fécondité de cette femme, le "oui" qu'elle prononce à Dieu. Cela veut dire que nous apprenons nous-mêmes à dire oui, nous disons, oui, oui, non, non, pour qu'un jour nous disions totalement "oui" pour que cette même fécondité symbolique en Marie, en nous, trouve le terrain pour que nous puissions naître comme l'homme nouveau que Dieu dessine à l'avance. Marie n'est pas une sorte de figurine dans une vitrine, comme à l'abri, pure, immaculée, avec une étiquette "à ne pas toucher", mais au contraire, allons-y, elle ouvre à travers ce "oui" profond le chemin de la gratuité, le chemin de la grâce. C'est le premier point.
Le deuxième point, c'est quand Dieu vient frapper historiquement, à la porte de quelqu'un. Nous trouvons toujours après, qu'Il n'est pas simplement venu là au jour de l'Annonciation, car cela semble être l'événement central, mais que cet événement était préparé comme à l'avance. Quand on relit notre propre histoire avec Dieu, on a été appelé, saisi, interpellé, il s'est vraiment passé quelque chose, et l'on découvre en relisant l'histoire de notre vie, et Israël va le faire sans arrêt, c'est l'objet de l'Ancien Testament cette relecture, on découvre qu'Il avait déjà frappé à la porte il y a bien longtemps. Cela n'avait pas été aussi pertinent, aussi décisif, mais il y a toujours une espèce d'extension de la relecture, de la présence de Dieu dans la vie. Dieu ne vient pas simplement frapper à la porte de Marie au moment où elle rencontre cet homme et à travers cet homme qui s'appelle Joseph, elle découvre l'immensité de l'amour de Dieu, ce qui ne renie pas Joseph d'ailleurs, mais à travers un homme et non pas en l'écartant, Marie découvre l'amour de Dieu, et c'est un point très important. Je serai le grand défenseur de Joseph jusqu'à la fin de mes jours. Mais Marie va relire elle-même, c'est pour cela que dans le Magnificat, elle fait attention non seulement à elle mais aussi à tous les autres hommes, elle va relire que l'événement était déjà en route, que la présence frappait déjà dans son cœur. C'est pour cela qu'on va aller du côté de sa mort par l'Assomption, et revenir du côté de sa naissance, par la fête d'aujourd'hui de sa Nativité, pour lire dans tous les événements de sa vie cette Présence, invitante qu'est Dieu. Sa naissance était déjà marquée, cela suffirait à l'Écriture, mais cela ne suffit pas à la tradition orale dont nous, les catholiques nous nous inspirons, puisqu'on va remonter jusqu'à Anne et Joachim, on n'a pas été jusqu'à la grand-mère de Marie, mais enfin on aurait pu le faire. Car c'est un peu cela le but des généalogies, c'est d'entendre le bruit que Dieu fait dans chaque génération, qui invite et prépare chacun à sa présence. Marie, à sa naissance même, est marquée non pas d'un sceau de mise à l'écart, mais est marquée de la grande invitation de Dieu. De même sa mort sera marquée de la grande invitation de Dieu.
C'est cela l'histoire. A un moment donné, on n'entend plus clairement Dieu et le bruit qu'Il fait dans notre vie, mais ce bruit nous permet de discerner les autres bruits de sa Présence que nos oreilles n'avaient pas bien discernés mais qui pourtant étaient tout aussi efficaces, en tout cas invitants.
Frères et sœurs, à travers un événement comme l'a été l'événement de l'Exode qui est le point central de l'Ancien Testament, et à travers l'Exode, Israël relit la présence de Dieu, ainsi, à travers l'Annonciation qui me paraît l'événement central, "le Verbe s'est fait chair", on relit dans la vie de Marie la présence de Dieu. Il en est de même pour chacun de nous. Quand nous rencontrerons Dieu face à face, ce qui ne se fera pas sans dommage, mais qui est notre désir le plus cher, nous brûlerons nos dernières broussailles lorsque nous le rencontrerons, nous découvrirons ce qu'Il a écrit dans nos vies, dès la naissance. Ce choix que Dieu a fait de moi, de nous, de chaque humain, c'est un choix à la fois privilégié, en ce sens que chacun est choisi personnellement de façon privilégiée. Ce n'est pas une exclusion, ce n'est pas une mise à l'écart, c'est qu'en chacun de nous se renouvelle cette plénitude du choix que Dieu dessine à l'avance dès la naissance, et qu'il conclura en m'accueillant dans sa résurrection comme Il l'a fait pour Marie au cœur de l'Assomption.
Que cette vie de Marie, tout entière sous ce don total qu'elle a réalisé dans son cœur de femme, nous permette progressivement, pour chacun d'entre nous, de nous apprivoiser avec la présence de Dieu qui ne cesse d'inventer à chaque moment la manière dont Il peut nous rejoindre et nous conduire à Lui.
AMEN