QUESTIONNER L'AURORE

Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

a foi procède de l'étonnement, de ce mouvement qui tout d'un coup nous surprend, la foi procède de quelque chose que l'on ne savait pas à l'avance, quelque chose qui a longuement mûri. La foi est cet étonnement très particulier qui consiste à regarder toutes choses comme venant de Dieu, allant vers Dieu, nous saisissant dans notre trajectoire. L'étonnement a besoin de temps, c'est ce que nous dit cette longue généalogie. L'étonnement a besoin de la patience et de temps pour le recevoir. C'est pour cela que vous êtes venus à cette eucharistie, c'est parce que si on avait simplement lu sur le calendrier des postes : nativité de la Vierge Marie, la naissance d'une petite fille quelque part en Terre Sainte il y a si longtemps, cela aurait été quelque chose de pas très étonnant. Mais il fallait la longue patience de l'Église, il fallait recevoir tout cela dans le creuset de notre foi, il fallait même aussi les vigiles pour entrer dans l'étonnement tel que Dieu veut qu'il en soit ainsi.

L'étonnement vient de la nouveauté. Neuf mois auparavant, il y a eu l'Immaculée Conception, neuf mois auparavant, il y a eu cette décision incroyable de choisir cette femme. Aujourd'hui, elle apparaît dans toute son humanité, dans tout ce qui fait sa fragilité, dans tout ce qui fait aussi les immenses potentialités que le Seigneur a mis en elle. L'étonnement procède de cette nouveauté, profondément. Aux hommes qui n'accueillent pas la nouveauté, là il n'y aura pas d'étonnement possible.

Quand l'étonnement nous saisit, nous sommes, je crois, en droit de poser des questions. L'homme de foi est celui qui pose des questions. Là, j'aurais presque une question à poser à l'aurore, avant de voir le jour. Ici, aujourd'hui, c'est comme l'aurore du salut et comme le jour qui se pointe, et comme devant une aurore je me pose la question de ce jour qui vient, comme devant l'aurore d'un jour, quand nous nous réveillons, nous poussons les volets, nous interrogeons le jour qui vient. Nous allons l'accueillir dans cette nouveauté, dans toutes ses potentialités, et j'interroge l'aurore. J'interroge cette jeune fille qui naît, j'interroge celle que Dieu a choisie, et je l'interroge parce qu'il y a une question qui me brûle de lui poser. Cette question c'est : "Comment Dieu peut-Il avoir besoin de nous ?" Dieu est parfait, il ne lui manque rien, alors comment peut-Il avoir besoin de sa créature ? Dieu Il a tout créé, Il n'avait besoin de personne pour exister, il ne tient pas sa vie d'un autre, alors comment a-t-Il besoin de sa créature et de sa création ? Et je pose cette question à l'aurore, parce que j'ai une partie de la réponse dans cette fête d'aujourd'hui. Dieu, Il est créateur, Dieu c'est un amant. On ne pose pas la question de la nécessité à un créateur, un créateur il n'a besoin de rien, sinon que de créer. Un amant, il n'a besoin de rien, sinon d'aimer. Et en posant ainsi cette enfance sur le trône de l'Église aujourd'hui, qui ne cesse de louer cet enfantement mystérieux qui annonce un autre enfantement encore plus mystérieux, en attendant notre propre enfantement, je pose la question du besoin, et j'ai devant moi l'image d'un Dieu créateur, qui sans avoir besoin de rien du tout, de sa propre richesse a le désir de créer cette petite fille en vue de notre salut, j'ai besoin d'un ardent amant de la beauté, besoin de quelqu'un qui pourra me dire que je n'ai pas été créé parce que Dieu avait besoin de moi, mais qu'il a besoin de moi, non pas pour exister, mais pour traduire cette nouveauté du salut dans toute ma vie dont nous sommes aujourd'hui à l'aurore.

 

AMEN