UNE HISTOIRE D'AMOUR

Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

I

l est jeune, il est beau, il a presque tous les avan­tages, sauf un, il est timide. Il l'a rencontrée un beau jour, et c'est l'amour. Elle, elle est un peu plus âgée, elle a deux sœurs, beaucoup de problèmes dans sa famille, elle l'aime, vont-ils un jour s'épouser ? C'est la trame d'un film qui est sorti, il y a quelques années qui s'appelle "raison et sentiment", où tout au long du film on a envie de dire au jeune homme : mais bon sang, dis-lui une bonne fois pour toutes que tu l'aimes et que tu veux l'épouser ! Et le film tourne, tourne, le scènes continuent, les catastrophes, les joies, les peines, jusqu'à la scène finale, où, on ne voit pas la scène d'ailleurs, elle est relatée par la plus jeune des sœurs, la plus jeune des sœurs est montée dans un arbre et elle nous dit : ça y est, il est à ses pieds et il la demande en mariage.

J'ai envie de dire que cette histoire est exac­tement celle que nous avons dans la Bible. Au sujet de la forme, du récit, nous avons aussi une longue histoire d'amour entre Dieu et l'homme. Dieu quel­quefois par timidité semble assez éloigné de l'homme, et l'homme plongé dans ses soucis ne se rend pas toujours compte de la présence de Dieu et de son amour. Et un peu comme pour ce film, on a envie de dire à Dieu :, mais pourquoi est-ce que Tu ne nous sauves pas avant, pourquoi n'agis-Tu pas avant, pour­quoi faut-il attendre des siècles et des millénaires pour qu'enfin un homme vienne, et encore, certains ne sont pas sûrs qu'Il est ton Fils ?

La conséquence de cette manière de voir l'histoire, de voir la Bible, ce serait peut-être d'une manière trop rapide, comme le sentiment qu'on a pour ce film, d'en rester à la scène finale. Tout ce qu'il y a eu auparavant, c'est intéressant, maintenant c'est fini, le principal c'est qu'il s'est agenouillé et qu'il l'a de­mandé en mariage.

Frères et sœurs, là aussi le principal est-il tenu dans le kérygme, qui est de dire que Dieu s'est in­carné, dans un homme, son Fils unique, que ce Fils est mort qu'il nous a rachetés de nos péchés. Frères et sœurs, faut-il à ce moment-là balayer l'Ancien Testa­ment, et garder uniquement le Nouveau Testament ? Le mystère de la fête que nous célébrons aujourd'hui, celle de la Nativité de la Vierge, va nous aider à com­prendre qu'il n'est pas possible de comprendre la ve­nue du Messie sans comprendre ses origines. On a lu une très longue généalogie, avec beaucoup de noms, dont on ne connaît pas exactement l'histoire, à moins de se plonger avec assiduité et passion dans l'Ancien Testament, notamment dans le livre des Rois, pour découvrir alors derrière chaque nom, toute une his­toire, toute une épopée, du sang, des meurtres, l'amour, les passions, découvrir qu'il n'est pas possible de trancher entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament. La structure de cet évangile, toute une suite de noms, formant la généalogie, en hébreu cela se dit "toledot", mot savant qui se traduit pas "géné­ration", cela veut dire aussi "histoire", et cela veut dire que comme dans la Genèse, nous avons à faire quelquefois à de longues généalogies, sur lesquelles nous passons rapidement, pour nous concentrer sur les moments les plus intéressants. Je pense en parti­culier à Genèse 11 et 12. On lit les noms, mais on veut passer au principal, Genèse 12, enfin quelque chose d'intéressant, Abraham. Dieu va se déclarer à Abraham, Il va lui dire : je veux que tu deviennes mon ami, et à partir de toi, je vais faire un grand peu­ple. Or, Abraham n'est pas compréhensible sans faire attention à ce qu'il y a juste avant. C'est-à-dire, frères et sœurs, que nous avons un fonctionnement comme un livre, avec un dos. Je dirais que le dos du livre qui permet de tenir le livre ouvert, et de faire une lecture, ce dos est fondamental. S'il n'y a pas de dos, il y a une déchirure entre le passé et le présent et ce que nous vivons. La fête de la Nativité c'est la découverte que si la Vierge a accepté dans son sein la venue du Fils de Dieu, cette acceptation de sa part a eu auparavant un don, le don de la vie. Ce qui est intéressant à rete­nir c'est que les anciens, quand ils ont "inventé" la Nativité de la Vierge, à travers les textes dits "apo­cryphes", je pense au protévangile de Jacques, les anciens, même si le texte montre qu'ils n'ont aucune connaissance de la géographie de la Terre Sainte, ce texte montre aussi que ces gens ne connaissent pas les coutumes d'Israël, même si ces textes montrent aussi beaucoup de miracles, on pourrait les passer et dire qu'ils ne sont pas importants. L'important dans ces textes qui relatent la Nativité de la Vierge, c'est que les auteurs se sont heurtés à une question : la Vierge a engendré Jésus, mais la Vierge, d'où vient-elle ? Il a bien fallu qu'elle aussi reçoive la vie de quelqu'un ? Et par conséquent, quand on remonte aux origines, on découvre qu'il n'y a qu'une seule personne qui est source de tout don et de toute vie, c'est Dieu. Dieu est à l'origine de toutes choses, et paradoxalement quand nous fêtons la Nativité de la Vierge Marie, on pourrait penser qu'on fête uniquement le fait que Jésus vient de la Vierge Marie. Mais en fait, comme par rebon­dissement, c'est pour mieux aboutir aux origines, à l'origine même qui est Dieu et qui donne toute vie.

Frères et sœurs, dans notre vie de tous les jours, en tant que chrétiens, quand nous fêtons la Na­tivité de la Vierge Marie, je crois que nous fêtons aussi cette venue du Christ, le Fils de Dieu dans notre chair. Peut-être pas dans la chair physique, comme la Vierge, mais du moins, quand nous prions, quand nous faisons une lectio divina, quand nous vivons simplement notre vie de chrétien, nous avons vérita­blement le sentiment que Dieu est au milieu de nous, en nous, présent dans notre chair. Et nous avons aussi envie de dire : c'est extraordinaire, Dieu est en moi. Dieu est arrivé, oui, mais on ne voit pas toujours exactement l'origine. Ce qui est fondamental à ce moment-là c'est de faire le lien avec notre propre histoire, découvrir que comme le Verbe s'est fait chair dans la Vierge Marie, ce n'est pas arrivé comme ça par hasard, comme une fleur, mais Il s'est incarné dans une femme qui elle-même vient d'un famille, qui elle-même a vécu. Je dirais que notre vie de chrétien, aussi est incarnée et tenue dans notre propre enfance, notre naissance et notre famille.

C'est bien connu, lorsque nous fêtons Noël, nous avons coutume de dire que Noël est la fête des familles, la fête des enfants, mais je dirais que la Na­tivité de la Vierge, d'une certaine manière, nous rap­pelle combien Dieu est à l'origine de tout bien et de toute promesse.

 

 

AMEN