PREMIER MOT D'AMOUR
Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous célébrons en ce jour la décision de Dieu de commencer, par cette femme, l'avènement de son Fils. Lorsque au tout début de la création Dieu avait non sans quelque humour laissé l'homme un peu seul afin d'attendre un peu quelle serait sa réaction, Il avait eu soin de faire passer devant l'homme, comme en un immense panorama de la création toutes les bêtes, tous les animaux, tous les oiseaux du ciel, afin que l'homme, en leur donnant un nom, se distingue d'eux. Dans le récit de la création, l'homme est d'abord seul et quand il voit passer devant lui les chameaux, les dromadaires, les baleines, lions ou hippopotames et autres animaux et leur donne un nom, cela signifie qu'il n'est pas comme eux puisque lui-même désigne ce qui est différent de lui. Mais l'homme était dépité de l'absence de compagne qui lui soit comme un face à face, qui soit à la fois comme lui et différent de lui. Dieu manque peut-être d'inspiration, Il a attendu que l'homme soit endormi. Il a fait tomber sur lui cette torpeur que l'on trouve en maints endroits de la Révélation biblique, la plus célèbre étant celle qui tombe sur les apôtres au moment de l'agonie de Jésus, cette torpeur curieuse que Dieu va utiliser pour faire de son rêve ou de son extase la femme, car mesdames, vous êtes les extases ou les rêves des hommes, ceci d'après la révélation. Et non seulement Dieu attend que l'homme dorme mais encore Il récupère du bas des côtes de l'homme un peu de sa chair qu'Il va simplement affiner, arrondir, pour créer celle qui va jaillir de son côté, puis être face à lui. Alors l'homme s'écriera de façon majestueuse et pourtant très charnelle : "Tu es l'os de mes os et la chair de ma chair, tu seras appelée "femme","isha',' car je suis homme "ish".
Remarquez d'abord que le premier mot de la création de l'homme n'est pas adressé à Dieu, n'est pas un Alleluia ou un gloire à Toi, Seigneur pour m'avoir donné une si belle créature, mais c'est un cri conjugal, un cri d'amour. Il ne parlait pas à Dieu, il parlait à sa femme, comme si, dès le début de la Révélation, Dieu s'inscrivait dans ce mot d'amour entre l'homme et la femme. Et si je reprends de si loin l'histoire de la création c'est parce qu'en ce jour nous fêtons un autre mot d'amour prononcé en secret dans le ventre d'une femme qui est la mère de Marie. Dieu choisit de prendre pour épouse Marie.
Ce premier mot de la création inaugure et préside tout ce qui est au fond des discours de Dieu pour son peuple, pour l'humanité. Dieu n'a d'autre cesse que d'ouvrir son cœur à l'humanité qui sera son Épouse. C'est pourquoi l'histoire n'est que la simple répétition de ce mot d'amour prononcé en inaugurant le monde par Adam à sa femme Eve et qui continue à se faire entendre à travers toute l'histoire de l'humanité jusqu'à la fin des temps, lorsque le Christ accueillera l'humanité nouvelle que nous sommes qui est l'Épouse et à qui Il dira : "Me voici, Je viens !"
Ces mots d'amour de l'homme et de la femme, de Dieu pour l'humanité à travers Marie, du Christ pour son Épouse qui est l'Église, ces mots conjugaux encadrent définitivement toute notre histoire. Nous sommes précédés par ces mots et nous terminerons sur les mots d'amour du Christ pour son Église. C'est pourquoi, en ce jour, nous entendons prononcer, mais discrètement, comme préparant l'avènement final, le choix de Dieu pour une femme, pour que cette femme, issue de la chair, de la chair d'homme, de cette femme sorte la chair divine du Verbe.
Alors c'est dans la joie que nous fêtons la naissance de Marie qui inaugure et continue à inaugurer l'entrée triomphale et pourtant humble de Dieu dans notre terre qui est encadrée par ces mots d'amour si simple qui nous permettent de goûter et de peser le cœur de Dieu comme le cœur d'un Époux qui s'élance vers son épouse.
AMEN