DIEU RECOMMENCE TOUT À NEUF

Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

S

i nous avons lu cet évangile de la généalogie de Jésus c'est parce que la fête de la Nativité de Marie attire notre attention sur cet enracine­ment de Jésus dans l'humanité, dans la durée hu­maine, dans la succession des générations humaines, dans cette masse d'hommes qui de siècle en siècle se sont succédé et dont le Christ est venu prendre la na­ture humaine à travers la chair de Marie. Marie est le maillon par lequel le Fils de Dieu se rattache à cette chaîne des générations humaines. C'est à travers elle seule, puisque, étant vierge, elle est seule à lui avoir donné naissance, que Jésus est le Fils de l'Homme. A travers Marie, à travers la naissance de Marie prélude à sa maternité, c'est donc le lien profond, étroit de Jésus vrai homme, avec tous les hommes, plus spé­cialement tous les hommes qui ont préparé sa venue, qui ont attendu sa venue, c'est ce lien que nous célé­brons aujourd'hui : Marie, le lieu où Jésus devient homme, héritier de toutes les générations humaines.

Héritier plus particulièrement de ces généra­tions à qui était promis un Messie. C'est pourquoi dans la liturgie de ce jour on évoque tous ces textes dans lesquels à Adam dès le premier jour de l'huma­nité sur la terre, puis plus tard à Abraham, et en plé­nitude ensuite à David, a été promis un descendant qui serait un Sauveur. Quand Adam a été chassé du Paradis par le péché qui l'a détourné de l'amour de Dieu, Dieu a promis qu'un "enfant de la femme" brise­rait la tête du serpent, briserait la tête de Satan. Et à travers cette promesse encore obscure et bien loin­taine, c'est déjà la Rédemption, c'est déjà le rachat de l'humanité qui était annoncé. Quand Dieu appela Abraham et lui dit de quitter son pays pour aller là où Dieu l'appellerait, Dieu lui a promis, malgré sa vieil­lesse, malgré la stérilité de son épouse Sarah, qu'il serait le père d'une descendance aussi nombreuse que "les étoiles du ciel et le sable du bord de la mer". Abraham crut "et cela lui fut compté comme justice." Et d'Abraham naquit Isaac, et d'Isaac naquit Jacob, et de Jacob naquirent les douze Pères des tribus d'Israël, et nous avons écouté cette longue succession d'hom­mes et de femmes nés d'Abraham, nés d'Adam, qui ont porté en eux cette promesse d'un Sauveur. Avec David, cette promesse va devenir plus précise encore. "C'est le fruit de ton sein, c'est un roi issu de tes entrailles", c'est un roi à ton image qui accomplira en perfection la dignité royale que je t'ai confiée. C'est Lui qui viendra pour sauver ton peuple. Et David sa­vait bien que Salomon, son fils, n'était pas ce roi mer­veilleux promis par Dieu, que c'était bien loin de lui, à travers de longs siècles, de longues générations, que naîtra ce Sauveur.

Promesse à Adam, promesse à Abraham, promesse à David, voilà de quoi Jésus, à travers Ma­rie, est l'héritier. Et en même temps que cette pro­messe, Jésus est l'héritier de ce qui a rendu cette pro­messe nécessaire, c'est-à-dire du péché des hommes. Dans cette généalogie que nous avons entendue, il y a beaucoup de ces rois qui, par leur apostasie, par leur iniquité, par le sang répandu, préparaient la ruine de Jérusalem et plus profondément, ont accéléré la ruine du cœur de l'homme. Dans cette généalogie, il y a beaucoup de péchés accumulés, évoqués, signalés d'un seul mot. C'est de tout cela que Jésus, à travers la chair de Marie, est aussi l'héritier, parce que c'est à cause de ce péché qu'Il est venu. S'Il est le Sauveur, s'Il est le Messie, c'est parce que nous avons besoin d'être sauvé, parce que nous avons besoin d'être ra­chetés. Et c'est tout à la fois cette chair de péché et en même temps cette chair aimée de Dieu que Jésus re­çoit. Il la reçoit non pas en étant Lui-même pécheur, pas plus que Marie n'a été atteinte par le péché, mais Il la reçoit comme l'héritier de ce lourd héritage que les hommes ont accumulé à travers les siècles. "Lui qui est sans péché, Il a été fait péché pour nous sau­ver de notre péché."

C'est le mystère extraordinaire de la Rédemption qui va s'accomplir en Lui et dont la naissance de Marie est le premier jalon, la première étape. En célébrant ainsi Marie au premier jour de sa vie, en célébrant ainsi Marie "fille d'Israël", fille d'Abraham, fille de David, fille de tous les hommes qui ont attendu le Christ, et fille aussi de tous les pécheurs qui ont rendu indispensable cette venue du Christ, nous célébrons Jésus réponse de Dieu à l'interrogation des hommes. Jésus réponse de Dieu à l'inattention des hommes, Jésus réponse de Dieu au manque d'amour des hommes. Dieu est venu nous aimer d'autant plus que nous ne l'aimions pas. Dieu est venu nous apporter le bonheur d'autant plus que nous étions enfoncés dans notre propre malheur. Dieu est venu nous donner la vie d'autant plus que nous recherchions la mort.

Que cette naissance de Marie soit pour nous fête d'action de grâces, puisque Dieu est avec nous. A travers elle, Dieu se fait semblable à nous. A travers elle, Dieu se fait l'un de nous pour être notre joie et notre Sauveur.

 

AMEN