NATIVITÉ DE LA VIERGE MARIE

Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

a tradition chrétienne s'est toujours penchée avec attention et délicatesse sur le mystère de la naissance de Marie parce que en réalité il s'agit, comme nous le dit le psaume, de savoir "comment la Vérité a pu germer de la terre." Et pour essayer de dire ce mystère de Marie qui est "la terre nouvelle" mais qui est notre terre, pour essayer de dire comment Marie a donné naissance au Fils de Dieu, la tradition chrétienne, sous l'inspiration de l'Esprit Saint, a fixé son regard sur une sorte de diptyque : il y a d'une part le mystère de Marie dans son Immaculée Conception que nous fêtons le huit décembre, et d'autre part le mystère de la Nativité de Marie que nous fêtons aujourd'hui.

Entre ces deux fêtes il y a un lien étroit, pas seulement celui que la liturgie a symbolisé par l'écart des neuf mois qui vont de la conception à la naissance de Marie, mais au sens où il y a une articulation profonde en ce qui concerne le mystère du Salut et le mystère du temps. Marie est fondamentalement "l'Eve Nouvelle" et c'est précisément ce que veut dire l'Immaculée Conception quand elle est conçue, elle est déjà conçue dans la nouveauté du Salut, elle est déjà conçue dans l'amour sauveur du Christ. Dès le premier moment de son existence, elle connaît déjà la grâce prévenante du Salut, même si elle est celle qui donnera naissance au Christ. Dieu a voulu dans son immense tendresse et son immense amour que la nouveauté rejaillisse, si je puis dire, en rétrospective sur le mystère même de l'être de Marie dans son surgissement à l'existence, à la vie en ce monde. Mais en même temps, l'Église affirme toujours qu'il y a une articulation profonde entre l'Ancien et le Nouveau, que la venue du Christ n'a pas brisé le temps au sens où la nouveauté aurait cassé et anéanti ce qui est de l'Ancienne Alliance. La nouveauté est un salut, c'est-à-dire que la nouveauté fait irruption, de la part de Dieu par son salut, pour prendre la création, pour la renouveler de l'intérieur. Mais Dieu n'efface pas tout pour recommencer. Il écrit avec ce qui a déjà été fait, avec ce qui a été déjà donné. Les dons de Dieu étant sans repentance, la Création a été un don que Dieu a fait, et par conséquent Il ne reviendra pas dessus.

Ainsi donc, lorsque nous méditons sur le mystère de Marie, nous voyons comment en elle, qui est la première à avoir reçu tous les bienfaits de la nouveauté du Salut, en elle s'inscrit l'ancienneté des alliances, l'ancienneté du désir des hommes, l'ancienneté de la création. C'est le sens de la lecture de la généalogie, En Marie, au moment où elle naît, ce qui nous vient à l'esprit, ce qui vient au cœur de l'Église, c'est de dire : c'est prodigieux ! Dans ce petit être que Dieu a façonné de manière nouvelle et déjà totalement resplendissante de la grâce du Salut, vient s'inscrire et se graver tout le capital génétique, si je puis me permettre l'expression, du peuple d'Israël, toute l'ancienneté, et Dieu sait quelle ancienneté ! Cette liste généalogique n'a rien d'une sorte d'exaltation du Christ par ses ancêtres. On connaît très bien la vie de ses ancêtres. On sait très bien qu'ils ont été pécheurs comme tout le monde, mais il n'empêche que, dans la vie de Marie, dans son être profond, c'est toute cette ancienneté, tout ce désir, toute cette attente du peuple d'Israël qui vient se graver en elle au moment où elle vient à l'existence.

C'est pourquoi il est merveilleux de voir que c'est tout le mystère du temps qui s'inscrit ainsi dans la naissance de Marie, La Bible ne compte pas le temps à travers les cycles solaires, les saisons ou les mois, (pour elle cette manière de calculer est déjà un calcul dérivé) mais l'histoire se mesure au fil, à la pulsation des générations. "Abraham engendra Isaac, engendra Jacob engendra Joseph et ses frères." C'est dire que le rythme profond du temps, c'est le rythme des générations, Et quand Marie naît sur notre terre, et quand le Christ naîtra sur notre terre, Il a voulu s'inscrire dans cette attente patiente du temps, dans cette pulsation des générations humaines qui se transmettent, de l'une à l'autre, la vie qui a été donnée par la création, la vie de Dieu, l'image de Dieu.

Puisque nous célébrons Marie dans le mystère de ce qu'elle est à la fois créature totalement nouvelle et qui reçoit en même temps dans son être et dans son existence, tout le poids, tout l'héritage de l'attente et de la foi et de l'espérance d'Israël, prions-la pour que, nous aussi, au cours de notre génération, au cours de notre temps, et plus spécialement dans nos familles, ce lieu où se transmet l'image de Dieu de génération en génération, par sa protection et sa tendresse bienveillante nous sachions vivre le temps comme ce surgissement de la nouveauté de la grâce du Christ en notre cœur, et en même temps comme cette inscription de toute l'ancienneté, de toute la beauté des promesses, de l'attente, du désir qui portaient Israël et qui nous portent encore, aujourd'hui pour que nous puissions un jour, avec Marie et par sa prière, contempler le visage du Seigneur lorsque son Royaume aura comblé notre désir, aura comblé notre attente, aura comblé tout notre temps.

 

AMEN