MARIE, FILLE DE SION ET MERE DE L'ÉGLISE
Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 1981)
Carmel de Nazareth
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Oratoire
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rères et sœurs, cette célébration est, en quelque sorte, à la jonction entre les deux "extrêmes" de notre pèlerinage, en son centre. Nous avons, à travers le désert, marché à la suite des patriarches, Abraham, Isaac, Moïse. Nous avons refait les pas de la délivrance de l'Exode. Bientôt, nous allons pouvoir retrouver les traces de David dans Jérusalem, la Cité Sainte. Et puis, nous sommes l'Église, née du côté du Christ transpercé sur la croix à Jérusalem. Nous avons déjà trouvé le souvenir du Christ prêchant sur les bords du lac de Tibériade, du Christ ressuscité à Pâques. Or, la jonction entre ce peuple de patriarches et ce peuple de l'Église, jailli du côté du Christ transpercé, la jonction entre ces deux peuples pour qu'ils n'en fassent qu'un seul, c'est Marie dans le mystère que nous célébrons aujourd'hui : le mystère de sa naissance, le mystère de son enracinement dans la race d'Abraham, la race de David, la race d'Israël. La race à qui a été promise cette terre, à qui a été promise une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel ou le sable au bord de la mer, n'a pu devenir l'Église et s'étendre parmi toutes les nations de la terre pour la seule raison que Marie se situe à la jonction de la Promesse et de la Révélation, car elle est née d'Abraham, elle est née de David, et la généalogie que nous venons de proclamer nous le rappelle, même si cette généalogie, en raison des mœurs de l'époque, se termine par Joseph, qui est seulement l'époux de la Vierge Marie et non pas par Marie elle-même, Marie est cependant, elle aussi, fille de David et fille d'Abraham. Et ce texte nous rappelle cet enracinement par la naissance de Marie dans le foyer d'Anne et de Joachim. Et de génération en génération, c'est toute la Promesse, c'est toute la vitalité spirituelle qui, à travers la chair et le sang, sont venues jusqu'à nous. Cette vitalité spirituelle amorcée par l'appel de Dieu dans le cœur d'Abraham, dans le cœur de ses descendants. C'est cela qui a trouvé son accomplissement en cette femme d'Israël, cette Fille de Sion. C'est pourquoi nous chantions tout à l'heure : "Réjouis-toi, Fille de Sion !" Cette vitalité est venue confluer ainsi en elle dans cette nature humaine qui est la sienne, que le Fils de Dieu est venu recevoir d'elle et qu'elle lui a donnée.
Oui, cette humanité qu'elle avait reçue des générations qui l'avaient précédée, Marie l'a donnée à son Enfant. Non pas à n'importe quel enfant, mais à cet Enfant qui est le Fils de Dieu. Jésus, Fils de Dieu, assume ainsi, dans son humanité, l'humanité même que Marie lui a donnée. Il est la chair de sa chair et les cellules du corps du Christ viennent de la chair de la vierge Marie. Et toute l'humanité, même au plan spirituel, même au plan intellectuel, toute l'humanité non seulement corporelle mais toute l'humanité de l'âme du Christ viennent intégralement de l'âme de la vierge Marie, viennent intégralement de cette âme façonnée par des générations de fidèles qui l'avaient précédée. Tout ce qu'il y a d'humain dans Jésus vient de Marie et c'est parce que Jésus, Fils de Dieu, s'est fait homme, parce qu'Il a pris cette humanité de Marie pour la faire sienne, pour en faire l'humanité du Fils de Dieu que cette humanité transfigurée que nous célébrions ce matin sur le Thabor, s'est étendue jusqu'aux limites de la terre et nous a tous embrassés dans une unique transfiguration, dans une unique transformation de notre être par la foi.
Oui, nous sommes, vous et moi, de la race humaine qui est celle de Jésus-Christ et tous nous sommes rassemblés en Lui. Il nous a tous récapitulés dans sa nature humaine qu'Il tient de la vierge Marie, qu'Il reçoit d'elle, et à travers elle qu'Il reçoit des patriarches, de ceux qui ont reçu la Promesse de Dieu. Marie Fille de Sion, Marie mère de Jésus. La nativité de Marie c'est le moment où se noue cet admirable échange entre Dieu et l'homme : d'un côté, l'homme sorti des mains de Dieu et que Dieu a appelé malgré ses péchés, et, de l'autre côté, Dieu qui vient s'incorporer dans cette chair humaine pour, de l'intérieur, lui insuffler la vie.
Frères et sœurs, voilà ce que nous célébrons aujourd'hui. C'est pourquoi Marie est au cœur de notre foi, non pas pour que nous exagérions de façon sentimentale une certaine idolâtrie, mais pour que nous descendions dans la profondeur de cette humilité, que nous méditions tout à l'heure dans la basilique de l'Annonciation. Et la profondeur de cette humilité n'est pas autre chose que la profondeur du mystère, car le mystère de Dieu est un mystère d'humilité, de simplicité, de transparence et de pureté. Et si Marie devient ainsi l'arche tendue entre l'ancienne et la nouvelle Alliance, si en Marie, peuvent se trouver les fils de la Promesse et les fils de l'Alliance accomplie, c'est parce que Dieu a, en elle, préparé l'image la plus parfaite de sa propre transparence, de sa propre simplicité.
AMEN