POUR DIEU LA LITURGIE SE DOIT D'ÊTRE LOUANGE ET BEAUTÉ

Si 50, 1 b-5+12-19; Lc 5, 1-11
St Grégoire le Grand - (3 septembre 2011)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Grégoire le Grand - Monthermé

F

rères et sœurs, le pape saint Grégoire le Grand a donc eu la responsabilité de l'Église à une époque extrêmement troublée, c'est la fin de l'âge patristique, ce n'est pas encore la réforme carolingienne, ce n'est pas encore le Moyen Age, c'est une période de transition assez trouble. De ce fait, Grégoire a été amené à prendre soin de son peuple, à être celui qui s'occupe même des détails matériels de la vie du peuple de Rome.

Cependant, cela n'a pas pris son temps au point qu'il en oublie la vie apostolique, car si nous lisons l'évangile de la pêche miraculeuse et de la promesse de Jésus à Pierre : "Tu seras pêcheur d'hommes", c'est parce que saint Grégoire le Grand a parmi les mérites qui sont les siens, celui d'avoir pris soin de l'évangélisation et très particulièrement l'évangélisation de l'Angleterre. C'est lui qui a envoyé saint Anselme de Cantorbéry pour prêcher la Bonne Nouvelle, et c'est aussi de sa part, même si historiquement c'est plus difficile à préciser, que saint Patrick est parti prêcher en Irlande.

Nous sommes donc en face d'un pape qui s'est occupé des difficultés matérielles de son peuple, et qui en même temps n'a pas oublié de s'occuper de façon prioritaire de l'annonce de l'évangile à travers tous les pays qui n'avaient pas encore été évangélisés. C'est pourquoi vous avez entendu tout à l'heure au début de la lecture du Siracide qu'on applique à saint Grégoire, ce que le poète dit de Simon fils d'Onias le prêtre. Il s'agit de consolider l'enceinte du temple, de réparer celui-ci, c'est une manière symbolique de parler de la restauration de ce temple qu'est l'Église qui a été l'œuvre de saint Grégoire.

Saint Grégoire a encore un autre aspect, il était moine avant d'être pape, et avait un sens aigu de la contemplation, et tout particulièrement de la vie liturgique. C'est pourquoi le nom de Grégoire est resté attaché à plusieurs éléments tout à fait décisifs de la vie liturgique de Rome. C'est à lui qu'on attribue, même si ce n'est pas tout à fait exact au plan historique, la rédaction de ce qu'on appelle le "Sacramentaire Grégorien". Sacramentaire est un mot qui veut dire : livre des sacrements, il contient toutes les formules liturgiques du baptême, de l'ordination, de l'eucharistie, etc … Il a écrit, ou en tout cas, sous son influence, on a écrit ce Sacramentaire Grégorien qui sera pendant des siècles le livre de référence de la liturgie de Rome.

En même temps, il s'est beaucoup occupé, de l'éclat, de la splendeur liturgique, et particulièrement de la musique et des chants liturgiques, d'où ce nom de chant grégorien que nous employons pour parler des mélodies qui ont été composées non seulement par saint Grégoire mais aussi par ses successeurs pendant de nombreux siècles. Le chant grégorien est une des précieuses richesses que connaît l'Église de Rome et que nous ne devons pas abandonner. Ce chant grégorien, c'est donc une manière de rendre hommage à saint Grégoire le Grand, puisqu'il en a été l'initiateur, sinon toujours le compositeur. Vous le voyez, c'est une figure très complexe et très complète.

Toujours dans l'Ancien Testament, dans l'Ecclésiastique, la louange du grand-prêtre de l'époque se manifeste par une louange liturgique. "Quand il gravissait l'autel sacré remplissant de gloire l'enceinte du sanctuaire, quand il recevait des mains des prêtres les portions du sacrifice, lui-même près du foyer de l'autel, entouré d'une couronne de frères comme de leurs frondaisons les cèdres du Liban". Une autre partie du texte insiste encore sur la splendeur de la liturgie : "Qu'il était magnifique entouré de son peuple, quand il sortait de derrière le voile, comme l'étoile du matin au milieu des nuages, comme la lune en son plein, comme le soleil rayonnant sur le temple du Très-Haut, comme l'arc-en-ciel brillant dans les nuages, comme la rose au printemps, comme un lis près d'une source, comme une pousse du Liban en été, comme le feu et l'encens dans l'encensoir".

Que notre liturgie soit cette louange dans la beauté qui s'adresse à Dieu, et que ce soit comme cette nature qui se répand, se multiplie, comme l'étoile du matin, comme les nuages, comme les pousses des roses et des lis et de toutes les fleurs. Que ce soit notre manière, sans oublier la vie apostolique et la conversion de nos frères, de recueillir tous les fruits de cet apostolat pour les offrir à Dieu dans un sacrifice de louange.

 

AMEN